11/02/2008 à 15h:55 Par Pascal Airault, envoyé spécial
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Moins d'un an après la signature de l'accord de Ouagadougou le 4 mars 2007, la population s'inquiète des retards accumulés dans le processus de sortie de crise. Et attend la tenue des scrutins présidentiel et législatifs pour tourner définitivement la pag

Dans un peu plus d'un mois, le 29 mars exactement, Guillaume Soro fêtera sa première année à la tête du gouvernement. À quelques semaines de cet anniversaire, le Premier ministre cherche à entretenir la flamme née de la signature de l'accord de Ouagadougou, le 4 mars 2007. Une flamme bien nécessaire pour maintenir l'espoir chez ses compatriotes, dont la lassitude persiste au fur et à mesure des reports successifs du calendrier devant mener aux élections présidentielle et législatives. Officiellement, le président Laurent Gbagbo et le chef du gouvernement assurent que les consultations auront lieu au plus tard le 30 juin. Ce qui semble inimaginable - les experts électoraux parlent plutôt de 2009 - au regard du retard accumulé.
À eux seuls, ces deux derniers mots résument le bilan d'un Premier ministre qui ne cesse de demander aux Ivoiriens de s'armer de patience en « profitant de cette petite paix ». Déjà confronté à l'apathie d'une administration sclérosée par cinq années de crise, le leader des Forces nouvelles (FN, ex-rébellion) doit dorénavant composer avec les ministres du Front populaire ivoirien (FPI), aux ordres du président Laurent Gbagbo. Tel le ministre de l'Intérieur, Désiré Tagro, fidèle du chef de l'État et figure montante du parti, qui ne manque pas de rappeler au Premier ministre les exigences du camp présidentiel. Soro s'attendait-il à tant de résistance ? Probablement. « Personne ne connaît Gbagbo mieux que moi. Mais il ne m'aura pas ! » répète-t-il en privé.
En public, l'ancien chef rebelle préfère néanmoins mettre en avant le travail accompli durant l'année écoulée : libre circulation des biens et des personnes, réinstallation de nombreux magistrats, Jeunes patriotes sous contrôle, réouverture de trois cours d'appel (Abidjan, Daloa et Bouaké), mise en place du Centre de commandement intégré à Yamoussoukro, constitution des premières brigades mixtes, déroulement dans le calme des audiences foraines qui doivent s'achever en mars... Mais pour le Premier ministre, le plus important est d'avoir su garder la confiance du président. Ses prédécesseurs, Seydou Elimane Diarra et Charles Konan Banny, ne peuvent pas en dire autant.
Le chef de l'État lui mène pourtant la vie dure, notamment sur la question de l'identification et de l'enregistrement des électeurs. Si Soro a finalement obtenu gain de cause lors de la signature, le 13 janvier, du décret désignant l'entreprise française Sagem comme opérateur technique, plusieurs points restent à éclaircir. Véritable nœud gordien, les modalités de collaboration entre la Commission électorale indépendante (CEI), l'Institut national de la statistique (INS) et Sagem peuvent avoir une incidence majeure sur l'établissement des listes électorales ainsi que sur la maîtrise du processus. Et chacun y met son grain de sel. En théorie, la CEI, dirigée par Beugré Robert Mambé, du Parti démocratique de Côte d'Ivoire (PDCI, de l'ancien président Henri Konan Bédié), doit chapeauter le tout, mais le chef de l'État souhaite étendre au maximum les prérogatives de l'INS, qui a la réputation de lui être fidèle. Si les différentes parties ne parviennent pas à se mettre d'accord, ce sera au facilitateur, le président burkinabè Blaise Compaoré, de trancher.

Mise sous tutelle
Pour le Premier ministre, les choses ne sont guère plus simples dans son propre camp. Principal point d'achoppement : le processus d'intégration des anciens rebelles dans l'armée régulière. Alors que ces derniers ont d'abord demandé des garanties sur le maintien de leur grade acquis durant la crise, le gouvernement, lui, doit maintenant rassembler l'argent qui permettrait de payer leur solde (90 000 F CFA mensuels par personne, soit 137 euros). Ainsi que les fonds nécessaires à la réorientation du gros des troupes vers un service civique de dix-huit mois. Durant cette période, 40 000 jeunes de 18 à 35 ans, aujourd'hui sans emploi, devront suivre une formation rémunérée dans divers secteurs d'activité (construction, mécanique, agriculture, commerce, etc.). Passablement agacés par les gaspillages, les bailleurs de fonds ne souhaitent plus « financer les symboles » et demandent au gouvernement d'amorcer la pompe avant de s'engager. Or, pour l'heure, Soro ne peut compter que sur l'argent de l'État que Charles Diby Koffi, le ministre de l'Économie et des Finances, veut bien lui délivrer - souvent au compte-gouttes - sur instruction du palais présidentiel. En clair, le Premier ministre travaille sous contrôle…
Une mise sous tutelle qui irrite au plus haut point l'opposition. Se sentant de plus en plus abandonnés, y compris par la communauté internationale moins impliquée dans le dossier ivoirien, le PDCI et le Rassemblement des républicains (RDR, de l'ancien Premier ministre Alassane Ouattara) ont bien du mal à accepter le « lâchage » des FN. Et attendent avec impatience la tenue des élections. Ouattara et Bédié restent persuadés de pouvoir l'emporter - même avec des listes électorales partiellement mises à jour. Du côté du Palais, on se prépare également à la victoire. D'autant que Gbagbo, « l'enfant des élections » comme il aime à se définir, dispose, outre de tout l'argent nécessaire pour faire campagne, de l'administration et de l'armée. Depuis des mois, lui et ses hommes - Jeunes patriotes et délégation du FPI - sillonnent les provinces pour activer les réseaux et recruter des militants.
Quant au Premier ministre et à sa garde rapprochée, nul doute qu'ils cherchent aussi à se positionner. « On se bat avant tout pour nous-mêmes », peut-on entendre dans l'entourage de Soro. En tout cas, l'ancien chef de file des étudiants ivoiriens semble prendre goût au prestige que lui confère sa fonction. D'aucuns lui prêtent l'intention de vouloir rester le plus longtemps possible à la primature. Le temps, tout du moins, de lancer son propre parti politique. À moins que Soro ne réponde à l'appel du pied d'Alassane Ouattara. Lors du congrès du RDR qui s'est tenu à Abidjan du 1er au 3 février, l'ex-Premier ministre a invité l'actuel chef du gouvernement à faire alliance avec lui dans la perspective de la présidentielle.
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