10/12/2007 à 11h:45 Par Hamid Barrada
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Le premier secrétaire de l'USFP « démissionné » par les siens pour avoir voulu à tout prix participer au nouveau gouvernement.

Mohamed Elyazghi n'est plus le premier secrétaire de l'Union socialiste des forces populaires (USFP). Il a été acculé à la démission par l'ensemble du bureau politique. Abdelouahed Radi, premier secrétaire adjoint, a dû suivre pour la forme. Depuis les législatives du 7 septembre, la révolte grondait au sein de la principale formation de la gauche (voir J.A. n° 2444). On reprochait au successeur d'Abderrahmane Youssoufi le recul du parti du premier au cinquième rang, et sa volonté de participer à tout prix au gouvernement, où il sera ministre d'État sans portefeuille alors que Radi hérite de la Justice, a fait l'unanimité contre lui. Le retrait forcé d'Elyazghi a surpris - et réjoui. « C'est la première bonne nouvelle depuis longtemps », a-t-on entendu plus d'une fois. On y voit la condition préalable d'une « refondation », d'un aggiornamento de la gauche. En vérité, rien n'est joué.
La réunion extraordinaire du bureau politique s'est déroulée le 1er décembre au siège de l'USFP, à Rabat. Plus de vingt hommes et femmes sont présents, décidés à crever l'abcès. Un seul point à l'ordre du jour : la crise du parti, c'est-à-dire le sort du premier secrétaire. Le communiqué annonçant son départ est déjà rédigé. Toute la question est de savoir s'il acceptera de démissionner ou s'il sera démis. C'est le syndicaliste Tayeb Mounchid qui ouvre le feu. Fathallah Oualalou est pondéré, comme à son habitude. Driss Lachguer, hier homme lige d'Elyazghi, battu aux élections et qui n'a pu entrer au gouvernement, est très violent. Habib Malki, élu, mais qui a perdu son ministère, fait preuve d'une virulence qu'on ne lui connaissait pas. De même Fatima Belarbi, ancienne ministre. Mohamed Achaari insiste sur la responsabilité de tous… Le premier secrétaire se dit étonné. Il n'est pas convaincu que son retrait mettra fin à la crise et ne veut pas induire en erreur les militants. Il jette l'éponge au bout de cinq heures. Une précision d'importance : le débat portait sur le mode de son départ (démissionner ou être démis). À aucun moment il n'a été sommé de choisir, contrairement à ce qui a été dit et écrit, entre sa présence au gouvernement et sa présence à la tête du parti.

« Je gèle mon activité »
La démission d'Elyazghi est rendue publique le 3 décembre sous forme d'une lettre qu'il adresse aux membres du bureau politique et « à l'ensemble des militantes et militants ». Il dit qu'il partage la « grande angoisse » que ressentent ces derniers, qu'il est nécessaire d'entreprendre la « refondation du parti » et de consolider un « large pôle social-démocrate moderne » pour faire face à la « droite réactionnaire et conservatrice ». Toutes choses qui impliquent « un renouvellement de la pensée, de la ligne politique et des dirigeants ». Pas l'ombre d'une ombre d'autocritique. On chercherait en vain le mot démission. Voici les termes exacts : « Afin de préserver l'unité du parti, j'annonce que je quitte ma position de premier secrétaire et que je gèle mon activité au bureau politique jusqu'à la réunion du Conseil national. »
Le communiqué publié par Abdelouahed Radi, concis et limpide, n'a rien à voir avec ce texte alambiqué et lourd de calculs. Informé par le premier secrétaire de sa décision, le premier secrétaire adjoint se retire, puisqu'ils ont été désignés ensemble. Il continue à siéger au bureau politique et reste disponible pour toutes les tâches que ses camarades veulent bien lui confier. Le ministre de la Justice est visiblement heureux de tirer son épingle du jeu et de ne pas être appelé à assurer l'intérim d'Elyazghi.
Mais quelles sont les intentions réelles du premier secrétaire déchu ? Il a « gelé ses activités », mais chacun sait que, selon les mœurs de la gauche marocaine, c'est une manière de faire grève qui ne dure guère. La glace fond vite et l'on reprend du service comme si de rien n'était. À n'en point douter, si Elyazghi se résigne à s'éloigner de la direction du parti, c'est pour mieux revenir. Plus exactement, il ne s'avoue pas vaincu et entend interjeter appel contre le jugement unanime du bureau politique auprès de la masse des militants et singulièrement du Conseil national, le parlement du parti. Cette attitude assez étrange ne doit guère surprendre. Comme toujours, le leader de l'USFP sacrifie au déni des réalités. Ici, son « autisme » est mâtiné d'un certain mimétisme. On le soupçonne en effet d'avoir à l'esprit le retrait de Youssoufi en septembre 1993, qui sera suivi cinq ans plus tard par sa désignation à la tête du gouvernement d'alternance…

Une initiative sans précédent
Loin des fantasmagories, quelles sont les chances d'Elyazghi de reconquérir la direction du parti ? Ses propres amis reconnaissent qu'elles sont très minces aujourd'hui. En s'accrochant à son poste de ministre d'État sans portefeuille, protocolairement numéro deux du gouvernement, mais qui n'a rien à faire, il est devenu le symbole d'une certaine conception de la politique assimilée au partage du butin et à la quête des privilèges, conception qui s'est affichée pendant la formation du gouvernement El-Fassi et qui a beaucoup choqué. Ali Bouabid, qui lui est proche à plus d'un titre, l'a invité publiquement à quitter le gouvernement pour se consacrer au renouveau de l'USFP. « Plus qu'un impératif politique, c'est une exigence morale : comment rester au gouvernement où il est censé représenter le parti alors que le même parti lui retire sa confiance ? » Mais on ne voit pas l'intéressé consentir un tel « sacrifice ». « S'il en était capable, on n'en serait pas là », note un membre du bureau politique.
Qui va succéder à Elyazghi ? Formellement, selon les statuts de l'USFP, c'est le Conseil national qui désigne le bureau politique, lequel est maître de son fonctionnement et désigne en son sein le premier secrétaire et son adjoint. Le 4 décembre, il s'est réuni pour examiner la nouvelle situation. Il lui revenait de se prononcer sur la convocation du Conseil national et sur une direction intérimaire. Il était question d'un triumvirat formé de Oualalou, Malki et Lachguer. Finalement, on a préféré accorder la priorité à une large campagne d'explications. « Toute nomination paraîtrait indécente au lendemain du retrait de Si Mohamed », confie un membre du bureau politique. Un communiqué publié à l'issue de la réunion lui a rendu hommage.
Mohamed Elyazghi n'a pas la stature d'un Abderrahim Bouabid ou d'un Abderrahmane Youssoufi, mais, en l'obligeant à la démission, ses amis ont malgré tout violé un tabou. Une telle initiative est en tout cas sans précédent. Ceux qui ont le plus souhaité son départ s'abstiennent de s'en réjouir. Ils sont soulagés d'avoir atteint leurs objectifs à bon compte et tiennent à souligner « l'élégance » de leur ancien leader. D'où la volonté de ne rien précipiter pour la suite des événements. Autre préoccupation relevée chez les « tombeurs » d'Elyazghi : ils ont à cœur que le remue-ménage au sein de leur parti n'ait pas d'incidence dommageable sur les « options stratégiques ». Pas question de remettre en cause les alliances avec les partis de la majorité ou avec le palais. Mais qui peut dire si la chute d'Elyazghi n'aura que de bonnes conséquences, celles qu'on a prévues, et pas les autres, celles qu'on n'a pas souhaitées et qu'on ne contrôlera pas ?
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