07/11/2003 à 00h:00 Par Valérie Thorin
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On ne prononçait pas son nom. Pour tous les Rwandais, il était simplement « monsieur Z ». Protais Zigiranyirazo, tout-puissant préfet de Ruhengeri, faisait peur. Il était le beau-frère de l'ancien président Juvénal Habyarimana, grosse fortune et manières de proconsul. Malheur à qui se trouvait sur son chemin, celui de la maison d'une jolie femme, ou celui de la forêt de Nyongwe, où le cannabis pousse dans les ruches, certains soirs d'intense trafic. Intelligent, beau parleur, d'une politesse exquise, l'homme brillait dans les soirées mondaines, vêtu avec recherche, l'oreille à l'affût et le regard inquisiteur.
Dans les geôles du Tribunal pénal international pour le Rwanda (TPIR) d'Arusha, où il croupit depuis le 3 octobre 2001, monsieur Z fait moins bonne figure. Il est accusé de crimes contre l'humanité pour extermination ou assassinat, et risque la prison à vie. Son avocat canadien, Me John Philpot, aura du mal à l'en tirer.

Comment est-il arrivé là ? La faute à « pas de chance ». Le 16 juin 2001, il longe tranquillement le couloir bordé de boutiques chic de l'aéroport Zaventem, à Bruxelles. Arrivé de Nairobi, il s'apprête à s'envoler pour Paris. Mais l'oeil perspicace du policier de service s'étonne de son beau passeport français flambant neuf. Il a raison, c'est un faux. Interpellé, monsieur Z est placé immédiatement dans un centre de rétention pour les étrangers en situation irrégulière. Dix jours plus tard, il est extradé vers Arusha. Monsieur Z peut s'estimer heureux. S'il avait dû se présenter devant les juges de Kigali, nul doute qu'il y eût laissé sa tête.
Protais Zigiranyirazo est né en 1935 dans la préfecture de Gisenye, au nord-ouest du Rwanda. Après des études courtes, mais brillantes, il devient instituteur en 1957. À la fin des années 1960, il est nommé ambassadeur du Rwanda à Bonn, poste qu'il quittera en 1973 pour diriger la préfecture de Kibuye. L'année suivante, il est muté à Ruhengeri. Son beau-frère, le major-général Juvénal Habyarimana, vient de s'emparer du pouvoir à Kigali. Il veut un homme de confiance pour diriger cette préfecture qui abrite, entre autres, la prison dans laquelle croupissent les dignitaires du président renversé, Grégoire Kayibanda. Un à un, ces derniers disparaîtront. Monsieur Z « règnera » à Ruhengeri jusqu'en 1989, puis deviendra « homme d'affaires ».
Très rapidement, le nouveau préfet met en place un réseau d'information particulièrement efficace : dans les bureaux, les magasins, les écoles, les cafés, tous les murs ont des oreilles. Sur le modèle occidental (?), il entretient à grands frais l'équipe de football locale. Aucun commerçant n'ose refuser d'y « contribuer ». Membre de l'Akazu, c'est-à-dire du cercle proche du chef de l'État, monsieur Z est également suspecté d'animer le « Réseau zéro », un escadron de la mort mis en place en 1990 après les premières attaques du Front patriotique rwandais (FPR) et chargé des représailles systématiques contre les civils tutsis ou hutus opposés au régime Habyarimana.

A-t-il également trempé dans un trafic de bébés gorilles, au début des années 1980, comme le prétend le journaliste anglais Nicolas Gordan ? Est-il complice de l'assassinat de la chercheuse américaine Dian Fossey, comme le soupçonne le FBI ? Est-il acteur du trafic de drogue entre le Rwanda et le Kenya, comme se demande Interpol ? Le mandat du TPIR ne couvre que la période janvier-décembre 1994, par conséquent, l'acte d'accusation ne porte que sur les massacres commis pendant le génocide aux trois barrages érigés à proximité de ses résidences, dans les préfectures de Kigali et de Gisenyi. Il porte aussi sur les ordres que Protais Zigiranyirazo aurait donnés à des militaires et à des miliciens interahamwes pour qu'ils tuent tous les Tutsis qui tenteraient de traverser ces barrières et qu'ils fouillent les maisons pour trouver et assassiner le plus grand nombre possible de Tutsis.
Me Philpot affirme que son client est accusé à tort et que « les faits contenus dans l'acte d'accusation sont un ensemble d'erreurs et de mensonges délibérés ». C'est à voir. Pour monsieur Z, la longue attente a commencé.
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