Depuis le krach de Khalifa, l'avenir du secteur financier privé semblait compromis. L'annonce d'un partenariat entre une banque de la place et un gros investisseur égyptien change la donne.
La chute, en avril 2003, de l'empire Khalifa a eu des conséquences fâcheuses sur l'ensemble du secteur bancaire privé. D'autant que la liquidation de Khalifa Bank, avec un trou de 1,3 milliard de dollars, a été suivie, quelques mois plus tard, par le scandale de la Banque commerciale et industrielle d'Algérie (BCIA), dont plusieurs dirigeants se sont rendus coupables de graves malversations au détriment de la Banque extérieure d'Algérie. On avait alors frisé la crise systémique. Fort de ses 98 % de parts de marché, le secteur public n'a pas manifesté de solidarité à l'égard des jeunes banques privées. Il a même aggravé leur situation en refusant de payer les chèques qu'elles émettaient et en rejetant leurs demandes de crédits. Résultat : crise de confiance chez les épargnants, retraits massifs d'argent et fermetures de comptes.
Union Bank est la doyenne des banques privées. Depuis sa création, en 1996, elle a eu à faire face à plus de 90 procédures judiciaires initiées, directement ou indirectement, par la Banque centrale. C'est dire le harcèlement dont elle a été l'objet. La majorité des observateurs prédisaient sa chute prochaine après les affaires Khalifa et BCIA. Et voilà qu'un protocole d'accord signé, le 23 octobre au Caire, entre son président-directeur général, Brahim Hadjas, et celui du géant égyptien Orascom (télécom, industrie et finance), Najib Sawiris, met fin aux sombres prédictions.
Le protocole du Caire devrait être finalisé à Paris le 15 novembre. Il prévoit une entrée de Najib Sawiris (à titre personnel) dans le capital d'Union Bank à hauteur de 50 %. Cette opération devrait se faire le 1er janvier 2004, à l'occasion d'une augmentation de capital (curieusement refusée par la Banque d'Algérie depuis des années) qui passe de 500 millions à 2 milliards de dinars (de 5 à 20 millions de dollars). Le concours de Sawiris se situe entre 8 et 10 millions de dollars. Outre cette somme, la caution apportée par un investisseur respecté sur la place financière algéroise conforte la position d'un banquier privé devenu suspect à la suite de scandales dont il n'est en rien responsable.
Dans ce mariage de raison et d'affaires, la dot de Sawiris comprend également la gestion des comptes bancaires de l'opérateur de téléphonie mobile Djezzy, une des filiales du groupe Orascom en Algérie, qui pèse un million d'abonnés et en prévoit trois autres millions d'ici à 2007. Un abonné paie, en moyenne, 5 000 dinars (50 dollars) chaque mois. Ce qui représente un cash-flow mensuel de 50 millions de dollars. « Union Bank, estime Brahim Hadjas, devrait passer de la situation d'emprunteur à celle de prêteur. Une autonomie qui nous évite de dépendre de la Banque d'Algérie et des autres institutions publiques. »
Et ce n'est pas tout. Djezzy développe son réseau. Désormais, l'opérateur n'est plus présent dans les seules grandes agglomérations. Il s'implante dans les villes de moyenne importance. Union Bank devrait donc redéployer son réseau d'agences et prendre une nouvelle envergure. Conscient des limites de l'encadrement local, Hadjas a demandé et obtenu de son partenaire une assistance en matière de management. Par ailleurs, Najib Sawiris devrait mettre son carnet d'adresses à la disposition du groupe Union Bank et de son promoteur, véritables incubateurs d'entreprises. Parmi les projets qui tiennent à coeur à Brahim Hadjas : le complexe résidentiel Alhambra.
Situé à 8 kilomètres d'Alger, à proximité de la résidence d'État de Club des pins et de son Palais des nations, ce projet immobilier porte sur la réalisation de deux tours jumelles de soixante étages réservées l'une à des appartements, et l'autre à des bureaux. Auxquelles s'ajoutent un ensemble de villas de haut standing et un port de plaisance de deux cent huit amarres. Ce complexe prévu pour les investisseurs étrangers et locaux devrait coûter plusieurs centaines de millions de dollars. Brahim Hadjas a réussi à intéresser l'Office américain de promotion des investissements privés (OPIC), qui s'est engagé, en novembre 2002, à financer le projet à hauteur de 250 millions de dollars. Najib Sawiris est lui aussi intéressé par le complexe Alhambra. À l'issue de leur rencontre au Caire, les deux hommes d'affaires ont signé un second protocole qui prévoit une participation de l'Égyptien à la finalisation du projet initié par l'Algérien. Sawiris devrait concourir au financement, d'une part, et, d'autre part, contribuer à la réussite du montage financier en associant des investisseurs arabes et européens. En contrepartie, Orascom Construction, filiale du groupe que dirige Sawiris, devrait superviser une nouvelle étude, voire la réalisation de l'ensemble immobilier.
Autre concession de Brahim Hadjas : une fois construit, le complexe devrait être cogéré par les deux partenaires. Mais le jeu en vaut la chandelle. Ce projet a valu à son initiateur de multiples tracasseries. Les terres sur lesquelles il doit être édifié appartiennent à des paysans qui se sont associés à Brahim Hadjas pour qu'il aboutisse. Dès que le financement américain du complexe Alhambra a été rendu public, l'administration s'est curieusement empressée d'expulser ces paysans pour cause d'utilité publique, sans aucun respect des procédures légales. Raison invoquée : la résidence d'État voisine de Club des pins est trop exiguë. Nouvelle bataille juridique et désaveu de l'administration par la justice. Cela a pris quelques mois et mis en danger le projet. Le partenariat entre Hadjas et Sawiris arrive à point nommé pour que le complexe Alhambra voie enfin le jour.