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08/09/2003 à 00:00
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L'école qui a formé une grande partie de l'élite de l'Afrique noire francophone va être réhabilitée.

Le 24 novembre prochain, l'École normale William-Ponty célébrera son centenaire. Il y aura cent ans, jour pour jour, que le gouverneur général de l'Afrique-Occidentale française (AOF), Jean-Baptiste Chaudié, a décidé de créer cette institution qui a formé la grande majorité de l'élite appelée à prendre en main le destin de l'Afrique noire après le départ des colons : Félix Houphouët-Boigny, Hamani Diori, Mamadou Dia, Maurice Yaméogo, Ouezzin Coulibaly, Modibo Kéïta, Diallo Telli, Boubou Hama, Bernard Dadié... Mais aussi des anonymes, instituteurs, « médecins africains » et secrétaires d'administration, tous des « Pontins », comme on les appelle.
Des pionniers qui méritent d'être célébrés. L'initiative en a été prise par le président Abdoulaye Wade. Pendant tout le mois de juillet, son gouvernement a fait passer dans la presse locale des communiqués invitant tout détenteur d'écrits, de photos ou de documents d'archive sur Ponty à se faire connaître. Objectif : réhabiliter par l'image et le texte, entre autres, cet établissement qui a accueilli tant de grands noms, avant de tomber en ruine.
À une quarantaine de kilomètres de Dakar, une bretelle de la route nationale serpente entre des broussailles. Aucun panneau n'indique que le chemin défoncé mène, 300 mètres plus loin, à un site important de l'histoire de l'Afrique. Pas même cet écriteau qui se tourne plutôt vers l'avenir : « Projet de construction de l'Université du futur africain », lit-on. Au loin, on aperçoit ce qui reste de l'amphithéâtre de Ponty, dominant le village de Sébi-Ponty, comme un totem au milieu d'autres corps de bâtiments, couleur ocre. C'est cette ancienne garnison militaire qui a accueilli l'école, de 1938 à 1965, après avoir été domiciliée à Saint-Louis (270 km de Dakar), de 1903 à 1913, puis dans l'île de Gorée, de 1913 à 1938. Sa création procédait de la volonté du pouvoir colonial d'avoir des intermédiaires entre lui et les populations autochtones. Des vecteurs de « l'humanisme colonial », expliquait-on.
Vieux, aveugle et malade, Atoumane Diop, ancien employé à l'économat, puis gérant du bureau de poste de l'école, habite aujourd'hui le logement du directeur, une autorité à l'époque ! Ainsi d'Albert Raymondet, dans les années 1940. Mais les plus célèbres ont été Davesne et Demaison. Ce dernier est l'auteur des manuels scolaires Mamadou et Bineta apprennent à lire, Mamadou et Bineta sont devenus grands... Des classiques qui ont marqué nombre de petits écoliers d'Afrique de l'Ouest que l'auteur a rédigés en s'inspirant des meilleurs textes des élèves, consignés dans des livrets spéciaux : les « Cahiers de Ponty ».
Séguier et Auriol, les auteurs d'un manuel de calcul tout aussi connu, furent enseignants à Ponty en 1948. Leurs noms figurent sur la liste des signataires du procès-verbal d'exclusion d'un élève fautif de n'avoir pas enlevé son couvre-chef devant une de leurs collègues. Le courrier personnel des élèves, dont l'effectif tournait entre 250 et 300, était ouvert et lu par l'administration de l'école. Les pensionnaires avaient rarement l'occasion de sortir. En 1949, l'inspecteur général de l'enseignement en AOF se désolait de ce que « certains jeunes Soudanais ou Nigériens retournaient dans leur pays, après leur scolarité, sans avoir vu Dakar ».
Le gardien du « temple », Atoumane Diop raconte l'élève Telli Diallo, au milieu des années 1940, futur secrétaire général du gouvernement de l'AOF puis premier secrétaire général de l'Organisation de l'unité africaine, « toujours avec son morceau de coton dans une oreille. Il était régulièrement désigné par ses camarades pour les représenter dans les réunions de classe. » Il se rappelle aussi l'élève Ousmane Goudiam, futur président de la Cour suprême du Sénégal, qui se faisait un plaisir, en 1945, de dispenser des cours du soir à Diop. Ou encore « Kéba Mbaye, sorti en 1946 », et qui deviendra, lui aussi, président de la même institution sénégalaise. Mais aussi Ouezzin Coulibaly, le Malien, d'abord surveillant général de Ponty, avant de diriger l'école d'application.
Dans le village de Sébi-Ponty, créé par le personnel africain de l'École, vivent encore beaucoup de contemporains des « Pontins » qui servent volontiers de guides au visiteur. Sur le terrain omnisports, ouvert aux quatre vents et aux animaux en divagation, s'entraînait l'équipe de football. Elle eut, un moment, pour capitaine Youssoupha Ndiaye, l'actuel ministre d'État sénégalais chargé des Sports. On peut aujourd'hui y voir des gardes pénitentiaires faire leur footing. En effet, une partie des locaux de l'auguste établissement a été transformée en prison, en 1965, après le transfert de l'institution à Thiès (70 km de Dakar). L'ancien dispensaire sert de logement aux matons.
Les pensionnaires ne venaient pas seulement de l'AOF, mais aussi de l'Afrique-Équatoriale française (AEF). En témoignent, aux Archives nationales, les documents et autres lettres d'élèves camerounais sollicitant du gouverneur général l'autorisation d'aller passer les vacances scolaires auprès de leurs familles. Particularité de ces missives : la belle écriture, en pleins et en déliés, à l'encre, au moyen d'une plume, dont la plus célèbre marque, à l'époque, était « Sergent-Major ».
Venus de différentes régions d'Afrique, les élèves n'en manifestaient pas moins un « esprit Ponty ». Des membres de l'association des anciens de l'école en sont convaincus, qui le qualifient de frondeur. « Depuis des années, nous courons en vain derrière une reconnaissance de notre association. Les autorités nous ont toujours snobés. Peut-être qu'avec Abdoulaye Wade, ancien de Ponty comme nous, les choses vont changer », avisent-ils. Ils font en tout cas remarquer que le président Léopold Sédar Senghor, qui, lui, n'était pas des leurs, n'a jamais manisfesté d'intérêt particulier pour l'école. C'est sous son régime que les bâtiments de Ponty sont tombés en ruine, occupés par des « squatteurs » ou mis à la disposition des fonctionnaires affectés au village de Sébi-Ponty.
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