05/08/2005 à 00h:00 Par Farid Alilat
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L'homme politique algérien est décédé le 2 août à Alger.

On l'appelait tout simplement par son prénom, « El-Hachemi », tant il était connu. Ce communiste de toujours forçait l'admiration et l'estime chez tous ses compagnons et emportait le respect de ses adversaires les plus farouches, c'est-à-dire les islamistes. « Les terroristes n'ont pas réussi à le tuer malgré plusieurs tentatives. C'est le cancer des poumons qui a fini par avoir raison de lui », soupire un vieux camarade. El-Hachemi Cherif, secrétaire général du MDS (Mouvement démocratique et social), est décédé mardi 2 août dans sa résidence du Club des Pins d'Alger, là où ses amis l'avaient obligé à se réfugier pour échapper aux tueurs du GIA.

Unanime, la classe politique a salué son combat pour les libertés, la démocratie et la modernité. « C'était un patriote, tout simplement », résume un de ses amis. Né le 5 octobre 1939 dans le village de Toudja, un nid d'aigles accroché aux montagnes du Djurdjura, El-Hachemi Cherif quitte très tôt sa Kabylie natale pour s'installer à Bologhine, le quartier d'Alger cher aux pieds-noirs.
Après de brillantes études au lycée franco-musulman de Ben Aknoun, il est embauché comme assistant de réalisation à la Radiodiffusion en 1957. Mais ses engagements politiques en faveur de l'indépendance de l'Algérie lui valent rapidement quelques ennuis avec la police. Il rejoint les maquis de la Wilaya IV et devient officier de l'ALN (Armée de libération nationale). À l'indépendance, El-Hachemi Cherif entame une courte carrière dans l'administration. Nommé sous-préfet de Palestro, célèbre pour ses bois touffus, ses falaises abruptes et ses gorges qui furent le théâtre de violents combats entre Algériens et Français, c'est lui qui décide de débaptiser la ville pour lui donner le nom de Lakhdaria, en hommage à un chef de guerre mort au combat. En désaccord avec le pouvoir politique de l'époque, il quitte bientôt ses fonctions pour revenir à la production radiotélévisée. Il réalise alors Les Chiens, un long-métrage en hommage à la lutte du peuple sud-africain et de Nelson Mandela contre le régime de l'apartheid.

Ses convictions et ses engagements politiques restent cependant vivaces. El-Hachemi Cherif participe en 1966 à la création, dans la clandestinité, du Parti de l'avant-garde socialiste (PAGS), l'ancêtre du Parti communiste algérien (PCA). Officiellement interdit, le PAGS n'en apporte pas moins un soutien critique à la « politique socialiste » prônée par Houari Boumedienne durant les années 1970. L'ouverture politique née des émeutes d'octobre 1988 constitue un tournant pour les communistes algériens. Rompant avec les années de clandestinité, El-Hachemi Cherif fait alors de la politique au grand jour. En décembre 1990, il devient coordinateur du PAGS et s'illustre comme un adversaire acharné de la mouvance islamiste.
La rupture du processus électoral en janvier 1992, à la suite de la victoire des islamistes, plonge le pays dans une spirale de violence. Menacé de mort par les groupes armés, El-Hachemi Cherif renoue avec la clandestinité. Il survit pendant trois ans dans les sous-sols du bâtiment qui abrite le siège de son parti. Mais les terroristes finissent par le repérer. Le 10 avril 1994, un jeune extrémiste pointe son pistolet à un mètre de la tête d'El-Hachemi, assis dans sa voiture. Il a le réflexe de plonger sa tête vers l'avant lorsque le coup part. El-Hachemi échappe de justesse à la mort. Découragé ? Pas du tout. Il saborde le PAGS, crée le mouvement Ettahadi Tafat (« le défi et la lumière »), encourage et soutient les milices patriotes en guerre contre les groupes extrémistes. Travailleur infatigable, il a publié de nombreux articles dans la presse privée. Il s'exprimait régulièrement dans les forums étrangers et a animé meetings et réunions même au plus fort de la période violente.
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