Extension Factory Builder
07/11/2005 à 00:00
Diminuer la taille du texte Augmenter la taille du texte Imprimer Envoyer Partager cet article
Jets de pierres, tirs à balles réelles, voitures incendiées, scènes de guérilla urbaine entre forces de l'ordre et jeunes des cités : depuis le 27 octobre, les banlieues de la région parisienne « brûlent ». À l'origine de cette flambée de violence, un drame : la mort par électrocution de deux adolescents qui avaient pénétré à l'intérieur d'un transformateur EDF de Clichy-sous-Bois (Seine-Saint-Denis). Ils s'y seraient réfugiés pour fuir des policiers... Les circonstances de « l'accident » sont troubles, la rumeur enfle : les forces de l'ordre les auraient laissés sciemment pénétrer dans l'enceinte du transformateur, sachant qu'ils couraient un risque mortel. Clichy-sous-Bois s'embrase.
Clichy-sous-Bois, c'est 28 000 habitants, dont 50 % ont moins de 20 ans, 80 % de logements sociaux, un quart des ménages dont le chef de famille est sans emploi, un taux de chômage digne d'un pays du Tiers Monde, des jeunes, pour la plupart d'origine maghrébine ou subsaharienne, mais français, livrés à eux-mêmes, sans perspective, rejetés et cantonnés par la société dans ces nouveaux « ghettos » qui ceinturent toutes les grandes villes de France... Tous les ingrédients d'un cocktail explosif sont réunis. Dès le 28 octobre, l'insurrection gagne du terrain et s'étend aux banlieues limitrophes.
Les Français découvrent, stupéfaits, des images sans précédent. Jamais ils n'auraient imaginé que de telles scènes de violence, diffusées en boucle sur leurs téléviseurs, pouvaient se dérouler à quelques kilomètres de chez eux. Le malaise latent des banlieues ? Une « patate chaude » que se repassent les politiques - de droite comme de gauche - depuis plusieurs décennies. Un problème quasi ingérable où se mêlent inextricablement immigration, insécurité, islam radical, intégration... Seule parade explorée à ce jour : éloigner géographiquement le mal. Et ses corollaires : l'exclusion, l'oubli, et la démission des pouvoirs publics. Bref, la politique de l'autruche.
Derrière les affrontements et les émeutes, une autre guerre : celle des chefs. Les nouveaux « duettistes » de la politique française, le Premier ministre Dominique de Villepin et le ministre de l'Intérieur Nicolas Sarkozy, ont donné un triste spectacle. Leur rivalité exacerbée s'est étalée au grand jour. Tant qu'ils s'opposaient sur l'emploi, le modèle français ou la discrimination positive, ce n'était pas bien grave. Mais là...
C'est Sarkozy, qui, dans un premier temps, s'est emparé du dossier. Le chantre de la « tolérance zéro » a procédé à sa manière : envoi de compagnies de CRS, occupation médiatique du terrain, visite au pas de charge dans les banlieues touchées et vocabulaire contestable ou contesté, c'est selon. « Gangrène », « racaille », « nettoyage au Karcher ». Dérapage ? Pas vraiment : une partie de l'électorat de droite réclame cette fermeté. Et Sarkozy n'a jamais caché qu'il souhaitait ramener nombre d'électeurs du Front national (extrême droite) dans le giron de son parti, l'UMP, en vue de la présidentielle de 2007. Dans un premier temps, « Sarko » n'est pas mécontent de prouver qu'il est le seul à agir, d'autant que Villepin et Jacques Chirac gardent le silence. Silence qualifié d'« assourdissant » par les sarkozystes. Ambiance...
Les jours passent et, sur le terrain, la situation empire. Même si les troubles ne sont le fait que d'une petite minorité de jeunes mus par la seule volonté de tout casser pour répondre à Sarkozy. Les partisans du couple Chirac-Villepin se plaisent à constater que la méthode « Sarko » a fait la preuve de ses limites. Il est vrai que lorsqu'on menace de tout nettoyer au Karcher et que rien ne se passe...
Azouz Begag, ministre délégué à la Promotion de l'égalité des chances, qui a lui-même grandi dans les quartiers difficiles de Lyon, est envoyé au front : « Je conteste cette méthode qui consiste à se laisser déborder par une sémantique guerrière », déclare-t-il à l'intention du ministre de l'Intérieur. Et de poursuivre : « C'est en luttant contre les discriminations dont sont victimes les jeunes qu'on rétablira l'ordre, pas en amenant plus de CRS. » Certes, le propos est séduisant. Mais un peu « court » au moment où l'ordre républicain est mis à mal, et la violence incontrôlable. Il faut bien empêcher les émeutes, arrêter les fauteurs de troubles, éviter que les zones de non-droit se multiplient.
Le 3 novembre, Jacques Chirac intervient, enfin : « Il faut que les esprits s'apaisent. Il faut que la loi s'applique fermement et dans un esprit de dialogue et de respect. » Un message à l'adresse des Français, mais aussi à l'équipe du Premier ministre. L'affligeante cacophonie gouvernementale n'est pas pour rassurer la population, et donc les électeurs. Quant à la gauche, elle a beau jeu de se gausser de la situation dans laquelle est empêtré le gouvernement. Son « traitement social » des banlieues, quand elle était au pouvoir, n'a pas été un franc succès, loin s'en faut. Reste deux interrogations. D'abord, et c'est l'essentiel, comment résoudre cette crise, symptôme d'un malaise abyssal qui n'a que trop duré ? Ensuite, qui de Sarkozy ou de Villepin tirera les marrons du feu ? À force d'avoir fait de la sécurité et de l'intégration ses chevaux de bataille, Sarkozy est en première ligne. Mais si la crise perdure, Villepin - c'est après tout le chef du gouvernement - en assumera également les conséquences. La gauche ? Elle n'a rien à proposer... Espérons que, le calme revenu dans les banlieues, le dossier ne sera pas, une nouvelle fois, enterré.
Abonnez-vous pour 11,25€ / mois
Tous droits de reproduction et de représentation ImprimerImprimer EnvoyerEnvoyer Partager cet articlePartager

Article suivant :
A la page

Article précédent :
Zéroual rancunier

AUTRES

Libye : confusion à tous les étages

Libye : confusion à tous les étages

En décidant d'invalider le Parlement de Tobrouk, pourtant élu et reconnu par la communauté internationale, la Cour suprême a ajouté à la confusion ambiante. Et semé le[...]

Photographie : l'Afrique sans fard

Affranchi des stéréotypes, le continent se raconte au festival de Lagos. Un rendez-vous international où se croisent les regards d'artistes nigérians et étrangers.[...]

Burkina : Zida entend multiplier les réformes et lutter contre la corruption

À l'issue du premier Conseil des ministres de son gouvernement, le lieutenant-colonel Isaac Zida a promis lundi de mener de nombreuses réformes et a désigné une cible : la corruption.[...]

Égypte - France : le climat se réchauffe

L'Égypte est résolue à améliorer ses relations avec la France (Abdel Fattah al-Sissi devait se rendre les 25 et 26 novembre à Paris pour s'entretenir avec François Hollande [...]

Entrepreneuriat : le prochain GES aura lieu en Afrique subsaharienne

 Organisée à Marrakech du 19 au 21 novembre, la cinquième édition du GES a connu un franc succès. Plus de 6000 participants ont pris part à l'événement, qui reviendra l'[...]

Libye - Fethi Benkhalifa : "Les Amazighs n'ont pas à choisir leur camp dans la guerre civile"

Fethi Benkhalifa, ex-président du Congrès mondial amazigh, s'est rendu à Paris. À cette occasion il a accepté de répondre aux questions de "Jeune Afrique" et de donner son poi[...]

Côte d'Ivoire : une dizaine de pro-Gbagbo, dont 3 anciens ministres, mettent fin à leur exil au Ghana

Trois anciens ministres de Laurent Gbagbo, Hubert Oulaye, Odette Sauyet et Assoa Adou, ont regagné la Côte d'Ivoire lundi avec d'autres cadres de l'ancien régime, mettant fin à un exil de quatre ans au[...]

La Côte d'Ivoire veut lever 160 milliards de F CFA

L'État ivoirien a entamé la levée de 160 milliards de F CFA (243 millions d'euros) sur le marché de l'Uemoa. Une partie de ces ressources pourrait servir à apurer la solde des militaires frondeur[...]

Maroc : le corps du délit

En se mettant elles-mêmes en scène, de jeunes artistes marocaines bousculent les stéréotypes liés au statut de la femme. Issues d'une génération décomplexée par[...]

État islamique : Fatiha Mejjati, la veuve noire

Les combattants marocains de l'État islamique (EI) ont leur star. Son nom : Fatiha Mejjati, veuve de Karim Mejjati, membre d'Al-Qaïda tombé en Arabie saoudite en avril 2005. Véritable ic&ocir[...]

Maroc : enquête sur le contrat controversé de Sicpa

Au Maroc, la société suisse chargée du marquage fiscal des boissons et du tabac est loin de faire l'unanimité. Outre des tarifs jugés excessifs, l'opacité de sa gestion pose questi[...]

Maroc : inondations meurtrières dans le Sud

La région du Sud-est du Maroc a connu des intempéries exceptionnelles dimanche 23 novembre. Bilan provisoire : au moins 32 personnes tuées et 6 portées disparues.  [...]

Dernière Minute

Toutes les dépèches
Voir tous les dossiers