Extension Factory Builder
07/08/2006 à 14:12
Diminuer la taille du texte Augmenter la taille du texte Imprimer Envoyer Partager cet article
Quand, le 19 mars 2000, Abdoulaye Wade l'emporte au second tour de la présidentielle contre le chef de l'État sortant, Abdou Diouf, cela fait plus d'un quart de siècle qu'il guerroie contre « l'État socialiste ». Tout commence en juillet 1974, au sommet de l'OUA (Organisation de l'unité africaine) à Mogadiscio, lorsque Wade rencontre le président Léopold Sédar Senghor et lui exprime son souhait de créer un parti. Le chef de l'État lui donne son accord : rien ne s'y oppose dans la Constitution. Le 31 juillet, Wade fonde le Parti démocratique sénégalais et, une semaine plus tard, le 8 août, Senghor tient parole en reconnaissant la nouvelle formation.
Avant l'indépendance, le Sénégal se distinguait par une vie politique animée et l'existence de nombreux partis politiques. Après 1960, ceux-ci disparaîtront les uns après les autres, en général absorbés par la formation au pouvoir, l'Union progressiste sénégalaise de Senghor. Ainsi, à partir de 1966, année où le dernier parti d'opposition, le PRA (Parti du regroupement africain), intègre l'UPS, le Sénégal vit dans un régime de parti unique de fait.

La situation ne satisfait pas pour autant Senghor. Faute d'opposition, les joutes politiciennes ont été transférées au sein de l'UPS. Le grand parti de réflexion idéologique dont il rêvait est miné par les luttes d'influence et les querelles de clans. Il doit sans cesse arbitrer entre l'un ou l'autre des barons. Il souhaite en outre faire entrer l'UPS au sein de l'Internationale socialiste : celle-ci exige de ses membres, s'ils sont au pouvoir, qu'ils garantissent le multipartisme.
C'est pourquoi l'initiative que prend Wade en 1974 l'arrange. D'autant que le parcours de cet avocat de 47 ans ne semble guère le prédisposer à une opposition radicale. Ancien militant du PRA, il s'était rapproché de l'UPS, espérant devenir sous ses couleurs l'homme fort de Kébémer, sa ville natale. Ce n'est qu'après avoir échoué à se faire une place au sein de la formation présidentielle qu'il s'est résolu à créer la sienne. Sur le plan idéologique, rien ne le distingue vraiment du président, qui croit alors qu'un poste ministériel devrait suffire à satisfaire ses ambitions.
Ainsi donc, à la fin de 1974 - le ministère de l'Intérieur entérina la création du PDS le 8 décembre -, le parti de Senghor n'est plus le seul sur l'échiquier. Pour l'heure, on ne parle que d'ouverture démocratique. Il faudra attendre 1976 pour voir se mettre en œuvre ce qu'on appelle alors le « multipartisme limité ». Le 19 mars, une révision constitutionnelle instaure le tripartisme. Les formations autorisées devront inscrire leur action dans l'un des trois courants de pensée définis par la loi : libéral, socialiste, marxiste-léniniste. L'UPS s'étant transformé en Parti socialiste, Wade, qui est tout sauf marxiste, est obligé d'adopter l'étiquette libérale.

Alors que tout le monde attendait la reconnaissance officielle du Rassemblement national démocratique (RND) de l'historien Cheikh Anta Diop, figure majeure de la gauche sénégalaise, c'est le Parti africain de l'indépendance (PAI) de Mahjemout Diop, pharmacien de profession, qui est autorisé à voir le jour sous le label de marxiste-léniniste.
En 1978, Senghor, estimant nécessaire que le courant conservateur qu'il a cru identifier au sein de l'opinion puisse lui aussi s'exprimer, une nouvelle révision constitutionnelle ouvre la voie à la création d'un quatrième parti : ce sera le Mouvement républicain sénégalais de l'avocat Boubacar Guèye.
Même s'il faudra attendre l'accession à la tête de l'État d'Abdou Diouf, à la suite de la démission de Senghor, en décembre 1980, pour que le Sénégal se convertisse au « multipartisme total » - par le biais de la loi constitutionnelle du 6 mai 1981 -, la vie politique retrouve toute sa vigueur dès 1978. Les élections générales se déroulent dans un climat passionné. Avec 17,74 % des suffrages aux législatives, le PDS conquiert 18 sièges (l'UPS en conserve 82) à l'Assemblée nationale. À la présidentielle, Abdoulaye Wade obtient 16,32 % des voix, contre 83,68 % au président Senghor. La bataille pour le sopi (« changement » en wolof) ne fait que commencer. Elle sera longue et semée d'embûches - Wade connaîtra la prison à plusieurs reprises. Mais, comme dans les contes africains, « Ndiombor » (« le lièvre »), ainsi que l'avait surnommé Senghor, aura le dernier mot de l'histoire.
Abonnez-vous pour 11,25€ / mois
Tous droits de reproduction et de représentation ImprimerImprimer EnvoyerEnvoyer Partager cet articlePartager

AUTRES

Nigeria : le premier parti d'opposition accuse le pouvoir d'avoir fait saccager ses bureaux à Lagos

Nigeria : le premier parti d'opposition accuse le pouvoir d'avoir fait saccager ses bureaux à Lagos

Le principal parti d'opposition du Nigeria a accusé dimanche le pouvoir d'avoir fait saccager ses bureaux à Lagos par des agents de sécurité, à quelques mois d'une présidentielle à[...]

La reconnaissance d'un État palestinien par la France serait une grave erreur, selon Netanyahou

Le Premier ministre israélien Benyamin Netanyahou a affirmé dimanche à des journalistes que la reconnaissance d'un État palestinien par la France serait une grave erreur, alors que le Parlement fran&cce[...]

Niger : Mahamadou Issoufou "optimiste" quant à la libération de Serge Lazarevic, dernier otage français

Le président nigérien, Mahamadou Issoufou, s'est déclaré dimanche "optimiste" quant à la libération prochaine de Serge Lazarevic, à la veille du 3e anniversaire de l'enl&e[...]

Tunisie : faible participation à la présidentielle

À la mi-journée, le taux de participation à la présidentielle tunisienne était de 11,85 %. Un faible intérêt de la population pour le scrutin, qui ne lui enlève pas son caract[...]

Afrique du Sud : Pistorius a eu un traitement de faveur pour son anniversaire en prison

Oscar Pistorius, condamné en octobre à cinq ans de prison pour avoir tué sa petite amie, a bénéficié d'un traitement de faveur en recevant une longue visite de son frère et de sa s&[...]

Égypte : Sissi prêt à envoyer des forces pour aider un Etat palestinien

Le président égyptien Abdel Fattah al-Sissi s'est déclaré prêt à envoyer ultérieurement des forces dans un futur Etat palestinien pour l'aider à se stabiliser, en accord avec [...]

Nigeria : Boko Haram tue 48 vendeurs de poissons

Les islamistes nigérians du groupe armé Boko Haram ont tué 48 vendeurs de poissons dans le nord-est du pays, au bord du lac Tchad, a annoncé dimanche le responsable de leur association.[...]

Togo : le chef de l'opposition réclame des réformes au président Gnassingbé

Le chef de file de l'opposition togolaise Jean Pierre Fabre a invité samedi le président Faure Gnassingbé à procéder à des réformes politiques avant la présidentielle de 2015[...]

Manuel Valls au Niger pour la lutte anti-terroriste et les mines d'Areva

Le Premier ministre français Manuel Valls est arrivé dimanche matin à Niamey, pour une visite consacrée à la lutte anti-terroriste et aux mines d'uranium exploitées par Areva au Niger.[...]

Burkina : les négociations s'éternisent, l'annonce du gouvernement reportée

L'annonce d'un gouvernement de transition au Burkina Faso, dont la composition est un test majeur sur le rapport de forces entre le président Michel Kafando et son Premier ministre, le lieutenant-colonel Isaac Zida, est rep[...]

Tunisie : ouverture des bureaux de vote pour une présidentielle historique

Les bureaux de vote ont ouvert leurs portes dimanche en Tunisie pour la première présidentielle libre de son histoire, près de quatre ans après la révolution de janvier 2011 qui lança le P[...]

Madagascar : apparition de la peste et mobilisation de l'OMS

L'OMS a annoncé l'apparition de cas de peste à Madagascar et mis en garde contre le danger qu'elle se développe rapidement dans la capitale Antananarivo.[...]

Dernière Minute

Toutes les dépèches
Voir tous les dossiers