Extension Factory Builder
05/02/2007 à 17:35
Diminuer la taille du texte Augmenter la taille du texte Imprimer Envoyer Partager cet article
Samedi 8 février 1958. Dans le village tunisien de Sakiet Sidi Youssef, à la frontière algérienne, c'est jour de marché. Il est midi et la foule se presse autour des étals. Soudain, un vacarme assourdissant, des explosions... Une vingtaine de bombardiers et de chasseurs français viennent de passer à l'action. Le bourg abrite en effet un cantonnement des rebelles algériens de l'ALN, l'Armée de libération nationale. Le bilan est lourd : plus de 70 tués, en majorité des civils, et 130 blessés. Choqué, le président Habib Bourguiba exige le retrait des troupes françaises de son pays. Après l'indépendance, en 1956, la France y avait en effet conservé quelques bases : à Bizerte, bien sûr, mais aussi dans les confins sahariens... Le lendemain, il organise une visite pour les journalistes de la presse étrangère. Il s'agit de prendre l'opinion internationale à témoin.

Décidée par les militaires français d'Algérie, aux prises depuis la Toussaint 1954 avec la guérilla du FLN, l'attaque est présentée comme une opération de représailles. Le matin même, un de leurs avions a été touché par un tir de la DCA de l'ALN et a réussi à se poser en catastrophe à Tébessa. Le 30 janvier, un de leurs T6 avait eu moins de chance et avait été abattu. Les tirs venaient des environs de Sakiet. Surtout, le 11 janvier, un grave incident avait opposé les hommes du 23e régiment d'infanterie du capitaine Allard à des « fellaghas ». Ces derniers s'étaient repliés en territoire tunisien après avoir abattu quatorze militaires français et fait quatre prisonniers. Excédée, l'armée voulait infliger une leçon à la Tunisie, qui servait de base arrière. Mis devant le fait accompli, le gouvernement de Félix Gaillard avait endossé la responsabilité d'une opération qu'il n'avait pas ordonnée.
Critiqué sur sa gauche par Nasser et par Salah Ben Youssef, son ancien bras droit (réfugié au Caire), régulièrement accusé de « connivence avec la France », Bourguiba se trouve, lui aussi, dans une position inconfortable. Solidaire du combat de ses frères algériens, il n'a eu d'autre choix que de leur offrir des facilités logistiques et opérationnelles. Pourtant, sa priorité reste la consolidation de l'indépendance de son pays : il n'a aucune envie de se laisser entraîner dans la guerre. Le « Combattant suprême » rêve secrètement d'une normalisation avec l'ancienne métropole, mais la myopie des dirigeants de la IVe République, qui lui reprochent son « double jeu », l'irrite.
Le bombardement de Sakiet est une provocation et un outrage. Bourguiba saisit le Conseil de sécurité de l'ONU. Amis de la Tunisie, Américains et Britanniques proposent leurs bons offices en échange du retrait de la plainte tunisienne. Les Français acceptent, espérant que la mission conduite par le diplomate américain Robert Murphy va permettre de dénouer la crise bilatérale et aboutir à la levée du blocus des bases françaises, décidée en représailles par Tunis. Bourguiba, lui, veut « internationaliser » le conflit algérien. Les discussions s'enlisent autour du contrôle international de la frontière. Au Palais-Bourbon, les députés critiquent le faible Félix Gaillard, qu'ils soupçonnent de vouloir céder aux pressions américaines. Lâché par ses alliés, celui-ci est renversé en avril. La IVe agonise, tandis que l'ALN reprend son offensive.

Le 29 avril, le FLN fusille trois des quatre prisonniers français qu'il détenait. À Alger, l'armée française s'indigne. Ses officiers tempêtent contre l'impuissance des politiques, qu'ils accusent de vouloir brader l'Algérie, après avoir abandonné l'Indochine. À Paris, la France est toujours sans gouvernement. Le 13 mai, Alger se couvre de barricades. C'est la crise. Elle se dénoue avec le retour aux affaires du général de Gaulle. Les événements de Sakiet Sidi Youssef n'ont donc pas été étrangers à la création de la Ve République. Mais ce bouleversement institutionnel ne suffira pas à vider le contentieux franco-tunisien. Trois ans plus tard, en juillet 1961, les deux pays allaient s'affronter, stupidement, pour Bizerte, alors que le principe de l'évacuation de la base était acquis...
Abonnez-vous pour 11,25€ / mois
Tous droits de reproduction et de représentation ImprimerImprimer EnvoyerEnvoyer Partager cet articlePartager

AUTRES

Madagascar : apparition de la peste et mobilisation de l'OMS

Madagascar : apparition de la peste et mobilisation de l'OMS

L'OMS a annoncé l'apparition de cas de peste à Madagascar et mis en garde contre le danger qu'elle se développe rapidement dans la capitale Antananarivo.[...]

Libye : l'administration Obama blanchie dans l'attaque de Benghazi

L'administration Obama n'a pas failli dans sa réponse à l'attaque du complexe américain de Benghazi, en Libye, qui avait fait quatre morts le 11 septembre 2012, a conclu une commission parlementaire dont le ra[...]

Ebola au Mali : nouveau cas positif, 310 personnes sous surveillance sanitaire

Un nouveau cas d'Ebola a été déclaré samedi au Mali et cette personne a été admise dans une unité de soins intensifs à Bamako, a indiqué un communiqué du minist[...]

Une Tunisienne remporte le concours "Miss monde Muslimah" en Indonésie

Une informaticienne tunisienne, Fatma Ben Guefrache, a remporté vendredi en Indonésie l'élection de "Miss monde Muslimah", présentée comme une riposte aux concours de beauté occi[...]

Le Burkina attend son gouvernement, le poids du président intérimaire en question

Le Burkina Faso attendait samedi de connaître son gouvernement pour une transition d'un an, un test majeur sur le rapport de forces entre le président intérimaire Michel Kafando et son Premier ministre, le lieu[...]

Télécoms : Orange fait condamner la Guinée équatoriale

Orange a fait condamner l'État équato-guinéen, son partenaire au sein de l'opérateur historique Getesa, en raison de son impossibilité à exercer le droit de sortie négocié en[...]

Burkina Faso : Kafando devient officiellement président intérimaire

Michel Kafando a été officiellement investi vendredi président intérimaire du Burkina Faso, trois semaines après la chute de Blaise Compaoré dont il a conspué le régime marqu[...]

Manuel Valls au Tchad parmi les soldats français de Barkhane

Le Premier ministre Manuel Valls entame samedi à N'Djamena une visite de deux jours aux troupes françaises engagées dans le combat contre les groupes jihadistes armés au Sahel, qui le conduira ég[...]

RDC : reddition du chef rebelle Cobra Matata

Le chef rebelle congolais Cobra Matata s'est rendu vendredi soir aux autorités congolaises à Bunia, dans le nord-est de la République démocratique du Congo, où il a semé la désolati[...]

Kenya : 28 passagers d'un bus exécutés par des Shebab présumés

Vingt-huit passagers d'un bus ont été exécutés tôt samedi matin dans le nord-est du Kenya, près de la frontière avec la Somalie, a annoncé le chef de la police du dépar[...]

La Tunisie vote pour sa première présidentielle de l'après-révolution

La Tunisie organise dimanche sa première élection présidentielle pluraliste et espère franchir sans accroc cette nouvelle étape de sa transition vers la démocratie, jusqu'ici érig&e[...]

Togo : à Lomé, une manifestation de l'opposition dégénère

Le vendredi 21 novembre a été choisi par une partie de l’opposition togolaise réunie au sein du CAP 2015  (Combat pour l’alternance pacifique en 2015) pour exiger des réformes avant [...]

Dernière Minute

Toutes les dépèches
Voir tous les dossiers