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04/09/2006 à 14:36
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L'enquête sur la disparition du journaliste progresse. Jean-Tony Oulaï, l'un des principaux suspects, se défend comme un beau diable.

Qui a enlevé Guy-André Kieffer le 16 avril 2004 sur le parking d'un supermarché d'Abidjan ? Selon Bernard Kieffer, le frère du journaliste franco-canadien, les ravisseurs seraient les membres d'un commando dirigé par un ancien responsable des services secrets ivoiriens, le capitaine Jean-Tony Oulaï. « Mon frère aurait été conduit à la villa de Jean-Tony Oulaï, qui se trouve dans le quartier Attoban Riviera, et interrogé sur place. Le 18 avril, il aurait été amené dans une autre propriété d'Oulaï à la périphérie d'Abidjan, exécuté et inhumé sur place », a déclaré Bernard Kieffer à RFI, le 23 août dernier.
Ce jour-là, Bernard Kieffer était à Abidjan en compagnie du juge d'instruction Patrick Ramaël. Selon plusieurs sources, le magistrat français aurait identifié les cinq subordonnés du capitaine Oulaï qui auraient procédé au rapt puis à l'assassinat. Il s'agirait d'anciens combattants du FLGO (Front de libération du Grand Ouest), une milice favorable au président Gbagbo. Certains d'entre eux seraient aujourd'hui hébergés par l'armée.
Le capitaine Jean-Tony Oulaï nie catégoriquement. « D'abord, en avril 2004, cela faisait deux mois que je n'étais plus le chef de la Division des opérations nationales clandestines et secrètes. Je n'avais plus aucune fonction. Ensuite, on s'en prend à moi parce que je suis une cible beaucoup plus facile à atteindre que Patrice Bailly, le chef de la sécurité de Laurent Gbagbo. Celui-là, le juge n'a jamais pu l'interroger. » L'ancien agent secret affirme encore que Michel Legré, beau-frère de Simone Gbagbo et dernier homme à avoir vu Guy-André Kieffer vivant, n'a pas simplement servi d'appât aux ravisseurs sur le parking du supermarché Prima. Il aurait joué, lui aussi, un rôle central dans l'enlèvement.
Alors qui croire ? Jean-Tony Oulaï n'est pas le premier venu. À 39 ans, il est déjà un officier chevronné au sein des services spéciaux ivoiriens. Il a commencé à travailler dans le renseignement sous la présidence de Henri Konan Bédié. En novembre 2002, à son retour d'un long séjour aux États-Unis, il est chargé par le ministre de la Défense, Kadet Bertin, de recruter d'urgence plusieurs centaines de miliciens de son ethnie guéré pour faire face à la rébellion dans l'ouest du pays. Comme il parle anglais, il fait aussi l'interface avec les milices du Liberia. À partir de 2003, il est l'un des hommes clés de la galaxie de services secrets que Laurent Gbagbo a mis en place avec l'aide des Israéliens. En 2005, c'est la disgrâce. Le chef d'état-major Mathias Doué, lui aussi guéré, vient d'être limogé et part en exil. En décembre 2005, Jean-Tony Oulaï s'enfuit et se réfugie en France, où résident déjà sa femme et son enfant.
Dès son arrivée en région parisienne, l'ancien agent secret ivoirien est dans le collimateur du juge Ramaël. Le 13 janvier dernier, il est mis en examen à Paris pour « enlèvement et séquestration de Guy-André Kieffer », puis incarcéré. Un mois plus tard, il est relâché et placé sous contrôle judiciaire. Puis le magistrat français se rend à deux reprises en Côte d'Ivoire, en juin et en août, en compagnie de policiers. De source proche de l'enquête, il recueille alors des témoignages précis et concordants. Selon ces indications, un véhicule - un 4x4 Pajero blanc - et au moins une villa de Jean-Tony Oulaï auraient été utilisés dans l'enlèvement et la séquestration de Guy-André Kieffer. Par ailleurs, des documents attesteraient que le capitaine Oulaï continuait de diriger et de rémunérer plusieurs dizaines d'hommes de main en avril 2004.
Le problème, c'est que les enquêteurs français manquent de preuves matérielles. Le mois dernier, ils ont fouillé en vain le sous-sol d'une villa de Jean-Tony Oulaï avec des radars géologiques. Le corps de Guy-André Kieffer reste introuvable. Le juge Ramaël dispose d'un faisceau de présomptions, mais pas de preuves formelles. C'est peut-être la raison pour laquelle il n'a pas fait incarcérer à nouveau le capitaine Oulaï.
Le travail du magistrat français n'est pas facilité par les autorités ivoiriennes. Depuis deux ans, il n'a jamais obtenu le transfert en France de Michel Legré. À Abidjan, « l'appât » présumé est toujours mis en examen par la justice ivoirienne pour « complicité d'enlèvement, de séquestration et d'assassinat », mais il a été remis en liberté. Aujourd'hui, le juge ne parvient pas à entendre les cinq ravisseurs présumés qu'il a identifiés. Plusieurs d'entre eux seraient hébergés à la troisième compagnie du premier bataillon d'infanterie, basé au camp d'Akouédo à Abidjan. Le magistrat a demandé à l'état-major ivoirien l'autorisation de les interroger. Toujours pas de réponse.
À première vue, cette inertie est logique. Le régime de Laurent Gbagbo a tout lieu de se méfier d'une enquête qui met en cause ses services secrets. Mais certains membres de l'entourage du président ivoirien constatent que cette affaire empoisonne un peu trop les relations entre Abidjan et Paris. « Comme le juge français vise beaucoup plus les hommes de main que les dignitaires, le régime a peut-être intérêt à laisser l'enquête suivre son cours », dit un observateur ivoirien.
Il reste à connaître les commanditaires de l'enlèvement et du probable meurtre du journaliste. « Pour l'instant, on n'en est pas là », explique Bernard Kieffer. « Mon frère avait mis au jour des malversations touchant les finances publiques ivoiriennes, au-delà de la filière cacao. Cette partie de l'enquête sera beaucoup plus difficile. »
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