04/09/2006 à 14h:36 Par Tshitenge Lubabu M. K.
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Fortement impliquées dans le processus électoral, l'ONU et l'Union européenne sont bien décidées à empêcher tout dérapage à Kinshasa.

« Ne nous obligez pas à frapper. » Le général Christian Damey, le commandant de la Force européenne en République démocratique du Congo (Eufor), a usé à l'envi de cette menace pendant les jours de vive tension qui ont suivi la proclamation des résultats du premier tour. Les affrontements entre la garde présidentielle de Joseph Kabila et les hommes de Jean-Pierre Bemba à Kinshasa les 20, 21 et 22 août ont fait plus d'une vingtaine de morts et ont donné, une fois de plus, à la communauté internationale l'occasion de peser de tout son poids pour assurer la réussite du processus électoral. Pour le moment, la fermeté a payé. En usant tantôt de la rhétorique diplomatique, tantôt de la logique militaire.
Le Comité international d'accompagnement de la transition (Ciat), constitué par les représentants des pays membres permanents du Conseil de sécurité de l'Organisation des Nations unies (ONU), de l'Angola, de l'Afrique du Sud et de l'Union africaine, a géré les pourparlers, en liaison avec la Mission de l'Organisation des Nations unies au Congo (Monuc). Sans jamais relâcher la pression sur Joseph Kabila et Jean-Pierre Bemba, les deux rescapés du premier tour de l'élection présidentielle du 30 juillet. Dès le 21 août, après l'attaque de la résidence de Bemba, à la Gombe, par la garde présidentielle - alors que ce dernier recevait une délégation du Ciat -, le secrétaire général de l'ONU, Kofi Annan, s'est entretenu avec les deux protagonistes au téléphone. Le Ciat a ensuite organisé une très longue entrevue avec Bemba, puis, le lendemain, avec Kabila. « À chaque fois, nous avons tenu le même discours : il ne faut pas gâcher le processus de paix, les Congolais en ont besoin. Il n'y a pas d'alternative militaire », confie un ambassadeur.
L'action diplomatique du Ciat et du représentant spécial du secrétaire général de l'ONU en RD Congo, William Swing, a poussé les deux camps à accepter le cantonnement de leurs hommes et à observer un cessez-le-feu. Elle a été renforcée avec l'arrivée à Kinshasa, le 26 août, d'Aldo Ajello, l'envoyé spécial de l'Union européenne (UE) dans la région des Grands Lacs. Et par celle de l'ancien président du Mozambique, Joaquim Chissano, qui dirige le Comité international des sages africains, et qui a rencontré les deux candidats, le 23 août. Un « embouteillage diplomatique » selon certains observateurs, qui craignent que l'inflation d'intervenants ne vienne compliquer la donne.
Pour l'instant, faute d'avoir réussi à organiser un tête-à-tête entre les deux principaux acteurs de la crise, les diplomates peuvent se réjouir de la création d'une Commission mixte réunissant les collaborateurs du chef de l'État congolais et du vice-président. Cette commission, chapeautée par la Monuc, s'est réunie pour la première fois le 29 août. Elle comprend deux sous-commissions, l'une « chargée d'établir les faits sur les événements du 20 au 22 août », et l'autre qui doit « définir les règles de conduite afin que la campagne électorale pour le second tour de l'élection présidentielle et la période postélectorale se déroulent dans le calme », selon un communiqué de la Monuc. Les travaux des deux sous-commissions ont démarré le 30 août.
Ces avancées n'auraient pas été possibles sans le lourd dispositif militaire déployé à Kinshasa et dans tout le pays, qui a permis de mettre fin aux hostilités, avant un débordement qui aurait pu être fatal à tout le processus électoral.
Le 21 août, le général Christian Damey, commandant de l'Eufor, et le chef militaire de la Monuc, le général Babacar Gaye, prennent les choses en main pour exfiltrer les diplomates du Ciat, bloqués dans la résidence privée de Bemba. Cartes dépliées sur le capot d'une voiture, ils dirigent les opérations. L'Eufor se charge de sécuriser l'itinéraire le long du boulevard du 30-Juin, l'une des plus grandes artères de la capitale congolaise. Des soldats espagnols de l'Eufor s'interposent ainsi entre la garde présidentielle et les hommes de Bemba, créant une zone tampon. Les Casques bleus ont ensuite, pour leur part, assuré l'exfiltration.
« L'action diplomatique et la présence militaire auront été déterminantes. Lorsque la volonté politique et militaire s'exprime aussi clairement, on obtient des résultats », confirme le lieutenant-colonel Thierry Fusalba, porte-parole de l'Eufor. Si la tension s'est un peu relâchée dans la capitale congolaise, la Monuc et l'Eufor continuent d'assurer des patrouilles coordonnées à Kinshasa, avec des équipes mixtes de vérification du cessez-le-feu, comprenant également des représentants des deux camps. « L'accord est globalement respecté, souligne Thierry Fusalba. La garde présidentielle et celle de Bemba ont rejoint leurs campements. Il reste des hommes en armes isolés. Nous essayons de trouver une solution. » Visiblement satisfait, le porte-parole de la force européenne constate que « l'attitude vis-à-vis de l'Eufor a radicalement changé. On est passé de la méfiance aux applaudissements. Les gens ont compris que nous sommes venus pour les aider ».
Les événements sanglants de Kinshasa ont, semble-t-il, permis à la communauté internationale de retrouver une légitimité perdue et une crédibilité largement entamée. L'enjeu est de taille : l'ONU a engagé dans ce pays la plus grande et la plus onéreuse opération de maintien de la paix en Afrique. La Monuc dispose, en effet, d'un budget annuel de plus de 1 milliard de dollars (sans compter les 450 millions de dollars déboursés par les bailleurs pour financer le processus électoral). Ce qui fait dire à nombre de Congolais que leur pays est sous tutelle et que le Ciat, ainsi que certaines personnalités européennes, ont « choisi » Joseph Kabila. En juin, Jean-Pierre Bemba déclarait : « Certains ambassadeurs membres du Ciat ont dépassé les limites. » Le 28 juillet, recevant l'ancien président burundais Pierre Buyoya, le leader du Mouvement de libération du Congo (MLC) réitérait ses accusations : « Vous me demandez de respecter le verdict des urnes ? D'accord. Mais il faut appeler Louis Michel [le commissaire européen au Développement et à l'Aide humanitaire, NDLR] et Georges Serre [l'ambassadeur de France à Kinshasa, rappelé en août, NDLR] et leur dire qu'ils ne peuvent pas décider à la place des Congolais. »
Oubliant leur devoir de réserve, quelques ambassadeurs n'ont pas caché leur préférence. « Il est difficile de savoir s'ils agissaient en leur nom propre ou en celui de leurs pays respectifs », note un diplomate congolais. Les observateurs ont par ailleurs relevé que, fin juin, Kabila avait préféré entreprendre une tournée dans l'Est - avant même le lancement officiel de la campagne électorale - plutôt que de participer à une rencontre qui devait marquer l'ouverture de concertations politiques assurant un scrutin apaisé. Le Ciat ne s'en était pas ému. D'autres se demandent pourquoi la Monuc a laissé les deux protagonistes de la crise actuelle garder autour d'eux des milliers d'hommes au lieu de les intégrer dans l'armée nationale. Ce n'est qu'en intervenant efficacement dans la dernière crise que la communauté internationale a restauré son image et prouvé son indépendance.
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