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03/12/2007 à 18:53
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L'accord de paix signé en Libye n'aura vécu qu'un mois, le temps pour le président Idriss Déby Itno et le chef rebelle Mahamat Nouri de préparer leurs troupes à un nouveau combat. Le dernier entre les deux frères ennemis ?

« Quand deux lions se battent, le vainqueur est grièvement blessé », affirme le rebelle Timane Erdimi depuis son poste d'observation, quelque part à la frontière Tchad-Soudan. Les combats entre l'armée tchadienne et les rebelles de l'UFDD (Union des forces pour la démocratie et le développement) de Mahamat Nouri ont été très meurtriers. Le 26 novembre, la première bataille à Abou Goulem, à 90 km à l'est d'Abéché, a fait à elle seule une centaine de morts de chaque côté. La violence du choc et la confusion ont été telles que, pendant trente minutes, deux colonnes gouvernementales qui venaient de deux directions opposées se sont tiré dessus ! À la tombée de la nuit, le président Idriss Déby Itno était présent sur le champ de bataille - ce qui est le signe d'une victoire, disent les écoles militaires. Mais à quel prix ? Grâce à une redoutable arme antichar, le SPG-9, de fabrication soviétique, les rebelles ont détruit plusieurs blindés légers de l'armée régulière. Et des parents très proches du chef de l'État sont morts au combat. Les Zaghawas sont en deuil.
Évidemment, la reprise de la guerre - après dix mois d'accalmie - prouve que les signataires de l'accord de paix de Syrte, le 25 octobre dernier en Libye, ne croyaient pas une seconde en ce qu'ils disaient. Pourquoi ce grand numéro d'hypocrites ? Pour ne pas déplaire au médiateur, Mouammar Kaddafi. Son soutien est trop précieux. Mais le jour même de l'accord, les protagonistes savaient qu'ils reprendraient les hostilités. « Quand j'ai tendu la main à Idriss, j'ai bien vu qu'il ne voulait pas la prendre, raconte Mahamat Nouri. Il m'a serré la main malgré lui. Et avec Timane, il n'a même pas échangé de poignée de main. Juste un serrement de doigts ! »
Pourtant, le principe de l'accord de Syrte n'est pas mauvais : un partage du pouvoir avec des postes de vice-Premier ministre et de ministres d'État pour les rebelles. Mais rien n'indique que Mahamat Nouri, l'ancien dignitaire du régime Hissein Habré, se contente d'un strapontin. Surtout, il ne veut pas désarmer avant de revenir à N'Djamena. Comme Mahamat Nour Adelkérim, le rebelle tama qui a failli prendre la capitale en avril 2006 et qui est aujourd'hui ministre de la Défense, il veut entrer au gouvernement en gardant ses combattants goranes autour de lui.

Luttes de pouvoir
Pour Idriss Déby Itno, c'est inacceptable. Sa cohabitation avec Mahamat Nour Adelkérim est déjà assez compliquée. Des suspicions permanentes entre les deux hommes, des rumeurs de tentatives de putsch, des accrochages meurtriers dans l'Est entre les Zaghawas de l'un et les Tamas de l'autre… Le chef de l'État redoute que le problème Nouri ne s'ajoute à celui de Nour. « Nous ne voulons pas d'un cheval de Troie dans chaque quartier de N'Djamena, lâche un proche du président tchadien. Tous les N'Djamenois se souviennent de la guerre de 1979. Si les combats ont éclaté en pleine ville, c'est parce que le président Malloum a laissé le nouveau Premier ministre Hissein Habré entrer dans la capitale avec ses troupes. »
Ce que ne dit pas ce haut responsable tchadien, c'est que le partage du pouvoir risque aussi de mettre Déby Itno en difficulté dans son propre clan. Depuis deux ans, les Zaghawas paient le prix du sang. Dans les combats qui secouent une nouvelle fois l'est du pays, le chef de l'État a dû promettre le grade de général à plusieurs de ses compagnons d'armes afin de les convaincre de monter au front. Pour le camp présidentiel, la présence d'un ex-rebelle tama au ministère de la Défense est déjà difficile à supporter. Pas question de céder d'autres places.
Reste que les luttes de pouvoir entre chefs de clan n'expliquent pas tout. Comme l'an dernier, le régime soudanais souffle sur les braises. À la veille de cette nouvelle reprise de la guerre, plusieurs journalistes ont constaté sur le champ de bataille d'Abou Goulem que les rebelles avaient abandonné des caisses d'armes sur lesquelles on pouvait lire « Sudan technical center ». Que cherche au juste Khartoum ? « À mettre une barrière de feu le plus loin possible de sa frontière », répond-on à N'Djamena. De fait, le président soudanais Omar el-Béchir bataille déjà pour qu'aucun soldat européen ne figure dans la future force hybride au Darfour. Il fera tout pour empêcher le déploiement dans l'est du Tchad de la force européenne Eufor, destinée à protéger les réfugiés du Darfour et les déplacés tchadiens.
Parviendra-t-il à ses fins ? C'est possible. Non seulement les Européens se chamaillent pour savoir qui fournira les hélicoptères de transport et, surtout, qui paiera. Mais ils commencent à douter. Un officier européen, récemment en visite à N'Djamena, confiait à l'un de ses homologues tchadiens : « Vous savez, dans nos pays, il y a des élections tous les trois ou quatre ans, et il suffit qu'un de nos soldats se fasse tuer chez vous pour que nos oppositions s'en emparent. » Commentaire de l'officier tchadien : « Les Européens s'intéressent plus à la sécurité de leurs soldats qu'à celle des réfugiés. »
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