Extension Factory Builder
17/12/2013 à 16:56
Diminuer la taille du texte Augmenter la taille du texte Imprimer Envoyer Partager cet article
Sonia Okacha et Younès Bouab dans Zéro, grand succès en 2013, au Maroc. Sonia Okacha et Younès Bouab dans Zéro, grand succès en 2013, au Maroc. © Les films de l'Atalante

Avec un "thriller social", le réalisateur marocain Nour-Eddine Lakhmari nous plonge de nouveau dans les bas-fonds de Casablanca.

Il est à Paris, entre deux avions. Après-demain, il repartira vers Casablanca, où il vit, puis à Marrakech, où il présidera un des jurys du Festival international du film. Il revient de Hambourg, dans le nord de l'Allemagne, et de Cork, en Irlande, où il a été invité à présenter son dernier long-métrage, Zéro. Et surtout d'Alger, où il a découvert pour la première fois, il y a quelques jours, le pays voisin. Une découverte enthousiasmante pour le réalisateur marocain Nour-Eddine Lakhmari, qui ne s'attendait pas à être si bien accueilli. Il en parle, comme de tout, avec passion, les mots se bousculant pour dire à quel point il a trouvé les Algériens chaleureux : "C'est le même peuple ! Et à Alger, avec cette architecture, on se croirait à Tanger ou à Casablanca. On ne peut pas se sentir étranger." Un sentiment apparemment réciproque, car les Algériens, qui ont apprécié Zéro, lui ont dit : "Mais tu ne parles pas du Maroc, frère, tu parles de l'Algérie dans ce film !"

Zéro, en effet, évoque des sujets comme la société patriarcale, la corruption, les brutalités policières, la pauvreté et les petites arnaques qui ne concernent pas le seul Maroc. Polar non conventionnel, ce "thriller social" se déroule en grande partie de nuit dans un Casablanca ultraviolent, hanté par des marginaux. Comme l'antihéros du film, Amine Bertale, petit flic combinard porté sur l'alcool, harcelé à la maison par son père handicapé et au travail par son supérieur hiérarchique, un commissaire sadique et corrompu qui l'a relégué derrière un bureau pour recevoir une à une les dépositions des plaignants. Jusqu'au jour où, ayant trouvé une cause à défendre (une jeune femme disparue semble avoir été forcée de se prostituer) et peut-être l'amour de sa vie, Bertale se rebiffe...

Redécouvrir son pays

Le film, comme Casanegra (2008), du même auteur, a battu les records d'entrées au Maroc, où, avec 220 000 spectateurs, il est d'ores et déjà le plus grand succès de 2013. Une réussite qui ne chagrine pas un cinéaste dont l'objectif est de concilier rencontre avec le public et recherche d'un style affirmé.

Originaire d'une famille modeste de Safi, ville portuaire de la côte atlantique, Nour-Eddine Lakhmari s'est formé au cinéma dans le royaume... de Norvège. C'est en effet par amour pour une jeune Norvégienne qu'en 1986 il a quitté Paris, où il poursuivait des études de pharmacie, pour Oslo, où, se débrouillant pour vivre en faisant tous les métiers, il a pu échapper à la profession "sérieuse" que voulaient pour lui ses parents illettrés. Quelques courts-métrages remarqués plus tard, il a été sélectionné dans un festival à Tanger et, sans renier son nouveau pays, a retraversé la Méditerranée dans l'autre sens. Pour redécouvrir son pays natal, le langage de la rue - cette langue des pauvres qu'on appelle la darija - et ces marges de la société qui disent la vérité d'une nation, car il est possible de "voir beaucoup de beauté et de poésie dans la laideur".

Aujourd'hui, Lakhmari est fier de faire partie de cette génération de nouveaux réalisateurs du royaume qui, de Nabil et Hicham Ayouch à Laïla Marrakchi et Leila Kilani, soutenus par le Centre cinématographique marocain, portent haut les couleurs du cinéma national. Et il compte bien continuer sur sa lancée, après avoir achevé le troisième volet de sa trilogie casablancaise : un film intitulé pour l'instant "Burnout" qui se déroulera cette fois en partie de jour, baigné par la belle lumière de la ville. Promis !

Abonnez-vous pour 11,25€ / mois
Tous droits de reproduction et de représentation ImprimerImprimer EnvoyerEnvoyer Partager cet articlePartager

0 réaction(s)

Réagir à cet article

Maroc

Maroc : trois Français condamnés pour terrorisme et expulsés du territoire

Maroc : trois Français condamnés pour terrorisme et expulsés du territoire

Le tribunal de Salé, près de Rabat, a condamné jeudi trois ressortissants français à quatre mois de prison ferme pour des affaires de terrorisme. Leurs peines ayant été purgé[...]

BMCE Bank annonce des résultats records et change de nom

Grâce à la bonne tenue de ces activités au Maroc et à l'explosion des bénéfices de son bras armé africain BOA, le groupe marocain affiche des résultats inédits en 2014.[...]

Maroc : misogyne, Benkirane ?

Animé par une vision extrêmement conservatrice de la place des femmes, le chef du gouvernement multiplie les saillies douteuses contre ses opposantes. Qui le lui rendent bien.[...]

France : 800 cheminots marocains accusent la SNCF de "discrimination"

En France, 832 cheminots marocains réclament des dommages et intérêts à la SNCF devant le conseil de prud'hommes de Paris. Ils accusent l’entreprise ferroviaire de ne pas leur avoir octroyé[...]

Maroc : démantèlement d'une cellule terroriste liée à l'État islamique

Les autorités marocaines ont annoncé dimanche avoir démantelé une cellule terroriste qui planifiait des attaques contre des personnalités politiques, civiles et militaires.[...]

Le Maroc sur le qui-vive suite à l'attentat du Bardo à Tunis

Dans la foulée des évènements du 18 mars à Tunis, le Maroc, déjà menacé à plusieurs reprises par l’Etat Islamique (EI), a pris la décision de renforcer sa[...]

Ahmed Aboutaleb, un Marocain en plat pays

En 1976, il ne parlait pas un mot de néerlandais. Quarante ans plus tard, il est maire de Rotterdam et si populaire qu'on lui prédit un avenir de Premier ministre. Pas mal comme intégration, non ?[...]

Comment distinguer un Marocain d'un Allemand ?

Voici une histoire à la fois cocasse et instructive. Il s'agit de la question du regroupement familial, qui est une des sources de l'immigration en Europe. Pour les partis politiques qui veulent limiter [...]

Maroc : Bassima Hakkaoui, l'antiféministe devenue ministre

Seule femme du gouvernement, elle se bat bec et ongles contre les tenants d'une émancipation totale.[...]

Maroc : Mustapha El Khalfi, au nom du père

Ministre de la Communication depuis 2012, Mustapha El Khalfi, cet islamiste "moderne" au tropisme anglo-saxon, doit presque tout à son mentor Abdelilah Benkirane. Et le lui rend bien[...]

Dernière Minute

Toutes les dépèches
Voir tous les dossiers
Purging www.jeuneafrique.com/Article/JA2760p149.xml0 from 172.16.0.100 Purging jeuneafrique.com/Article/JA2760p149.xml0 from 172.16.0.100