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06/08/2013 à 16:26
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Jean Yves le Drian avec Cheikh Mohammed Ben Zayed Al Nahyane, en février. Jean Yves le Drian avec Cheikh Mohammed Ben Zayed Al Nahyane, en février. © Karim Sahib/AFP

Les entreprises d´armement hexagonales ont sensiblement moins exporté en 2012 qu´en 2011, mais conservent des atouts importants. Quels sont les marchés les plus prometteurs ? Tour d´horizon.

« La France revient dans le jeu », exultait Jean-Yves Le Drian, fin juillet, à son retour d´Abou Dhabi. Le ministre de la Défense venait en effet de conclure un contrat de 700 millions d´euros pour la livraison de deux satellites militaires d´observation mis au point par Astrium et Thales. Au cours de la même visite, le très prodigue Cheikh Mohammed Ben Zayed Al Nahyane a aussi donné son feu vert à l´achat de radars de défense sol-air d´une valeur de 300 millions d´euros. « Confrontés à la menace iranienne, les pays du Moyen-Orient se dotent de moyens de renseignements et de combat ultrasophistiqués pour conserver une supériorité technologique », commente le général Jean-Albert Epitalon, délégué général adjoint du Groupement des industries de défense et de sécurité terrestres et aéroterrestres (Gicat).

Ces deux contrats arrivent à point nommé. Le dernier rapport parlementaire sur les exportations d´armes met en évidence un net recul des commandes : 6,5 milliards d´euros en 2011, 4,8 milliards en 2012. La France reste l´un des leaders mondiaux du secteur derrière les États-Unis, la Russie et le Royaume-Uni, mais ses industriels doivent faire face à une offensive des Américains, qui jouent la carte de l´export, surtout en Asie, et réduisent leurs achats (- 6 % en 2013). Ce n´est pas le seul danger qui menace les positions françaises : « Les pays émergents (Corée du Sud, Turquie, Chine ou Brésil) s´affirment aussi comme des concurrents sérieux sur l´ensemble des segments du marché : avions de transport, hélicoptères légers et d´attaque, sous-marins, frégates, bâtiments de projection et véhicules blindés », indique le rapport. La Chine propose une gamme de plus en plus complète qui ira bientôt jusqu´aux drones. Quant à la Turquie, elle fabrique, sous licence américaine, des F-16 et des véhicules blindés Bradley pour le transport de troupes. En 2020, elle proposera même un char d´attaque Altay capable de concurrencer le français Leclerc fabriqué par Nexter.

>> Lire aussi : les zones d'ombres des exportations d'armes françaises vers l'Afrique

Les principaux importateurs mondiaux se trouvent au Proche- et au Moyen-Orient (32,9 % des achats en 2012) et en Asie (24,6 %). Depuis l´invasion du Koweït, les pays du Golfe bâtissent des armées modernes et diversifient leurs partenaires pour ne plus dépendre des seuls Américains. Chez Dassault Aviation, on lorgne le juteux contrat de renouvellement de la flotte saoudienne (F-16 et Mirage). Et l´on ne désespère pas de réussir à placer enfin le Rafale.

Le Printemps arabe a fait naître de nouvelles menaces. L´armée libyenne, dont les équipements ont été largement détruits ou volés, doit se réapprovisionner, l´Égypte est confrontée à des attaques quasi quotidiennes dans le Sinaï, et la Tunisie à celles des salafistes retranchés dans les montagnes du Sud-Ouest. « Mais ces pays ont des difficultés financières et devront se contenter d´acheter des matériels d´occasion ou d´améliorer les équipements existants », précise le général Epitalon. Thales et Sagem sont prêts à leur fournir les moyens électroniques et optroniques nécessaires. Dans cette perspective, il est indispensable d´être présent à des salons comme Idex à Abou Dhabi, Milipol au Qatar ou le Sofex en Jordanie. Au Maghreb, la course aux armements bat son plein. En Algérie, le montant des dépenses militaires a atteint 6,9 milliards d´euros en 2012, contre 2,7 milliards pour le Maroc. « Chaque vente est scrutée à la loupe par le voisin, et il faut tenir compte des susceptibilités politiques des uns et des autres », explique un vendeur français qui fonde beaucoup d´espoir sur la normalisation des relations de son pays avec l´Algérie.

La France équipe les forces terrestres et les unités d'élite

Au sud du Sahara, seule l´Afrique du Sud possède sa propre industrie d´armement (véhicules, munitions, matériel de déminage, etc.) et son propre salon, l´Africa Aerospace and Defence. Tous les autres pays importent*. Principaux acheteurs : les pays miniers et pétroliers (Nigeria, Ghana, Congo, Gabon, Mozambique) et ceux où la France possède des bases militaires ou a conclu des accords de coopération. Les entreprises françaises équipent à la fois les forces terrestres et les unités d´élite type Garde républicaine, y compris avec des hélicoptères.

Depuis la guerre au Mali, les dirigeants africains semblent avoir pris conscience de la nécessité d´accroître leur effort militaire. La France, qui, en décembre, organisera un sommet sur la sécurité et la paix, compte les inciter à renouveler leurs matériels qui, pour certains, datent de la guerre froide. Les marchés porteurs ? Les équipements antiterroristes, ainsi que les frégates et vedettes rapides indispensables pour lutter contre la piraterie dans les golfes de Guinée et d´Aden. Les industriels misent aussi sur les marchés de l´Otan et des Nations unies. Le département de maintien de la paix de l´ONU possède la onzième flotte mondiale (320 aéronefs) et lance régulièrement des appels d´offres pour ses missions en terre africaine (Grands Lacs, Mali, Côte d´Ivoire, etc.). Les bénéficiaires restent le plus souvent des entreprises américaines (Lockheed Martin, Northrop), mais les françaises comptent monter des groupements d´intérêt économique (GIE) afin de proposer des offres complètes.

* Neuf États (RD Congo, Érythrée, Côte d´Ivoire, Guinée, Liberia, Libye, Somalie, Soudan, Zimbabwe) sont sous embargo et doivent demander des autorisations spéciales.

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