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16/08/2013 à 16:16
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La réhabilitation de l'établissement coûterait 700 millions de F CFA. La réhabilitation de l'établissement coûterait 700 millions de F CFA. © Romain Laurendeau

Créée sous l´égide de Léopold Sédar Senghor, la maison d´éducation pour filles Mariama-Bâ tombe en décrépitude... Mais, étonnamment, le niveau d´excellence se maintient.

Elles seront femmes politiques, ingénieures, chefs d´entreprise, médecins ou juristes. Certaines passeront par les plus grandes écoles étrangères, comme l´Ivy League aux États-Unis ou Sciences-Po Paris en France, afin de parfaire leur formation. Elles marcheront probablement sur les traces de la députée Aminata Diallo Thior, chef de cabinet du maire de Dakar, de Mariam Selly Kane, directrice de la Sn2 (deuxième chaîne de télévision de la RTS), de l´écrivaine Sokhna Benga ou du Dr Amy Ndao Fall, directrice du développement du laboratoire Sanofi Afrique de l´Ouest et présidente de l´Association des femmes médecins du Sénégal. Leur point commun ? Elles ont fait leur scolarité, de la sixième au baccalauréat, à l´école Mariama-Bâ, sur l´île de Gorée.

L´école existe depuis près de trente-six ans. D´abord appelée Maison d´éducation de l´Ordre national du Lion et située au Cap Manuel à Dakar, elle est réservée, à l´époque, aux filles de personnalités décorées de cette distinction - équivalente à la Légion d´honneur en France. En 1984, Abou Diouf, le successeur du président Senghor, décide de délocaliser l´école sur l´île de Gorée et d´ouvrir l´internat aux 25 meilleures élèves du concours d´entrée, quels que soient leur niveau social et leur région d´origine. L´établissement, dont les droits d´inscription ne sont que de 10 000 F CFA (15 euros) par an, est alors baptisé Maison d´éducation de Gorée, avant de prendre le nom de Maison d´éducation Mariama-Bâ.

Mais voilà le hic. À l´image de la plupart des bâtiments de l´île, connue pour sa Maison des esclaves, l´école tombe en décrépitude. Murs fissurés, installations électriques détériorées, salles de classe vétustes, cages d´escalier jonchées de blocs de béton, plafonds éventrés... Des dégâts qui posent des problèmes de sécurité et qui s´ajoutent aux risques liés à l´érosion marine des côtes de l´île. « Le budget alloué par l´État, de 65,4 millions de F CFA - inchangé depuis dix ans -, ne suffit pas à financer les rénovations », souligne Catherine Sarr, la directrice, en fonction depuis 2009. Le délabrement de l´établissement est dans tous les esprits. Seules les 201 élèves semblent y être hermétiques. Elles déambulent tranquillement au milieu des gravats, en robe bleu indigo sur chemisier blanc. « Quand il y a un problème, on trouve toujours une solution », explique Siga, qui, du haut de ses 17 ans, aspire à devenir « une architecte visionnaire ».

>> Lire aussi notre dossier : Afrique : très chères études

Des coûts de rénovation exorbitants

Du côté du ministère de l´Éducation, Abdoulaziz Awo, le directeur chargé des constructions scolaires, affirme que le coût de la réhabilitation de l´établissement est exorbitant : 700 millions de F CFA. « Sans compter que l´école est un site classé au patrimoine de l´Unesco, justifie-t-il. Il est impossible de détruire pour reconstruire, ce qui coûterait moins cher. Réhabiliter, oui, mais à quel prix ? » En attendant une décision du ministère, quelques organismes ont déjà apporté leur soutien : toilettes et cuisines ont pu être rénovées grâce aux dons de diverses associations.

« En décembre 2009, Abdoulaye Wade est venu lui-même annoncer que l´école serait rénovée, mais rien n´a été fait », regrette Catherine Sarr. Au lieu de cela, l´ex-président du Sénégal avait finalement annoncé sa délocalisation à Diourbel. Les bâtiments actuels auraient été transformés en hôtel... Un projet avorté et contre lequel plusieurs voix s´étaient élevées. Parmi elles, l´amicale des anciennes élèves de l´établissement, qui veille à améliorer le quotidien des étudiantes. « On se demande vraiment comment elles font pour maintenir leurs résultats dans ces conditions », s´interroge la présidente Fatou Bintou Mbaye, juriste de formation. L´an dernier, 100 % des élèves ont obtenu leur baccalauréat.

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