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07/08/2013 à 17:16
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Ibrahim Boubacar Keïta (à g.), le 26 juillet et soumaïla Cissé, le 29. Ibrahim Boubacar Keïta (à g.), le 26 juillet et soumaïla Cissé, le 29. © Emilie Régnier pour J.A.

Ibrahim Boubacar Keïta et Soumaïla Cissé s´affronteront pour le second tour de la présidentielle le 11 août. La Cour constitutionnelle a confirmé, le 7 août, la tenue du second tour et proclamé IBK vainqueur du premier avec 39,7 % des voix, suivi de Cissé avec 19,7 %. D´un côté, un sudiste, cultivé et ombrageux. De l´autre, un nordiste, bosseur et affable. Tout différencie ces deux hommes, pourtant issus du même parti, l'Adema-PASJ.

(Mis à jour le 8 août à 9h35)

Le 11 août, les Maliens devront trancher entre deux dauphins nés en politique au sein de l´Alliance pour la démocratie au Mali-Parti africain pour la solidarité et la justice (Adema-PASJ), véritable ruche dont l´emblème est une abeille, et qui se sont émancipés au nom d´une même matrice : la transgression. Pour le reste, si l´on excepte le fait qu´ils appartiennent à la même génération et ont passé une partie de leur vie en France, Ibrahim Boubacar Keïta (« IBK »), 68 ans, et Soumaïla Cissé (« Soumi »), 63 ans, sont aussi différents que le jour et la nuit. Le premier est arrivé largement en tête du premier tour avec 39,7 % des voix, selon les résultats définitifs fournis par la Cour constitutionnelle, mercredi 7 août. Le second est loin derrière, avec 19,7 %. Le taux de participation a été revu à la baisse par rapport aux résultats provisoires communiqués le 28 juillet. Il est de 48,9 %.

>> Lire : "Présidentielle malienne : qui sortira vainqueur du match IBK-Cissé ?"

Les deux hommes, qui s´affronteront pour un second tour le 11 août, se connaissent bien. En 1990, ils furent des adhérents de la première heure de l´Adema. Ils intégrèrent ensuite le premier cercle d´Alpha Oumar Konaré, élu président de la République en 1992, puis, à la fin de cette même décennie, se disputèrent son héritage et le contrôle du parti.

En 1999, IBK, alors Premier ministre, n´avait pas voulu de Cissé, son ministre des Finances, un « rénovateur », au bureau politique de l´Adema. Quelques mois plus tard, le parti le lui préférait pourtant pour succéder à Konaré. Démission. Et création du Rassemblement pour le Mali (RPM), en 2001.

IBK tient sa revanche en 2002 : devancé d´un souffle par Soumaïla Cissé au premier tour de la présidentielle, il appelle à voter Amadou Toumani Touré (ATT) au second. Un an plus tard, lui-même lâché par l´Adema qui avait finalement soutenu ATT, Cissé s´émancipe et crée l´Union pour la République et la démocratie (URD). Depuis, les deux dauphins déchus se disputaient le titre de « deuxième force politique du pays ».

« En public, ils se donnent du "grand frère", mais ce sont avant tout des rivaux qui ont gardé une certaine rancune l´un envers l´autre », confie un ancien membre de l´Adema. « Il n´y a pas d´animosité entre eux, assure un ami des deux hommes [qui a choisi le camp de Cissé, NDLR]. Juste une rivalité politique. » Et des caractères à première vue incompatibles.

IBK est un méridional, originaire de la région de Sikasso. Un littéraire qui parle comme un livre, un esprit brillant mais ombrageux. Il a longtemps joué les bons vivants à Paris autour d´un verre de vin et d´un cigare. Depuis qu´il a été Premier ministre, il traîne la réputation d´être quelque peu dilettante.

Soumaïla Cissé vient du Nord, de Tombouctou. Il a une tête de premier de la classe et l´assume. Les dossiers, il connaît. Les Maliens, un peu moins. Un observateur étranger note toutefois qu´il a progressé ces derniers temps. « Je l´ai trouvé changé durant cette campagne, plus à l´aise avec les gens. » « On a affaire à deux personnalités très différentes, indique l´ami des deux candidats. "Soumi" est un homme de consensus, toujours souriant, très travailleur. IBK est plus directif, plus sentimental aussi. »

Mais au-delà de la personnalité des deux hommes, les électeurs devront trancher entre deux visions du Mali. Durant la campagne, IBK s´est présenté comme un homme à poigne, qui ne transigera ni avec les rebelles du Nord, ni avec la communauté internationale, ni avec la junte, et qui lavera l´honneur bafoué du Mali. Cissé, lui, a opté pour la carte sociale - le développement, c´est son affaire, a-t-il répété. Quand le Mandingue au français châtié multipliait les meetings dans les villes, le Songhaï jovial privilégiait les petits comités en brousse.

L'image d'un homme honnête

IBK est soutenu par la junte - et plus généralement par la troupe -, qui le tient en haute estime (et se méfie de Cissé), par de nombreux dignitaires religieux, qui en ont fait le champion de leurs revendications, mobilisant en sa faveur des fonds et des étudiants. Une partie de la communauté internationale (notamment la France et la plupart des voisins du Mali) ne cache pas son espoir de le voir élu. Il jouit enfin d´une image d´homme probe et a su convaincre les Maliens qu´il représente une vraie rupture avec ATT, dont il s´est définitivement éloigné en 2006.

Pourtant, sa confortable avance du premier tour est fragile. Certains candidats parlent d´un « tout sauf IBK » à cause, justement, de ses précieux soutiens. « C´est l´homme de la junte et des islamistes », persiflent ses adversaires. Mais il est probable que plusieurs candidats, et non des moindres, privilégient le finaliste le mieux placé. Par opportunisme ou par rejet de Soumaïla Cissé.

Ce dernier n´est redevable à aucun de ces groupes de pression. Mais son image d´homme sans caractère (bien qu´il soit capable, dit-on, de piquer des colères homériques), les rumeurs de corruption qui éclaboussent son entourage (et se répandent jusque dans les chancelleries) et le fait qu´il n´ait jamais vraiment condamné la gestion d´ATT (dont il jugeait le bilan « globalement positif » en 2012) ne jouent pas en sa faveur.

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