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07/08/2013 à 16:03
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Houcine Laabidi, avant la prière du vendredi, le 17 aout 2012. Houcine Laabidi, avant la prière du vendredi, le 17 aout 2012. © FETHI BELAÏD/AFP

Le cheikh autoproclamé de la Zitouna, la plus ancienne et plus grande mosquée de la capitale tunisienne, est en guerre contre le ministère des Affaires religieuses. Auquel il ne reconnaît aucune autorité.

Il aurait pu se contenter de cultiver l´art d´être grand-père. Pourtant, à 86 ans, Houcine Laabidi s´est découvert une vocation : redonner à la Zitouna son prestige d´antan. Disciple des maîtres de la plus ancienne et plus vaste mosquée de Tunis dans les années 1950, il a été le témoin du rayonnement de l´institution et de son déclin, symbolisé par les scellés apposés, en 1958, sur les locaux consacrés à l´enseignement. Il ne s´en est jamais remis.

Jusqu´alors inconnu de la sphère religieuse, en janvier 2012, le petit électricien à la retraite s´est proclamé imam de la mosquée, dont il s´est empressé de changer toutes les serrures, comme pour s´assurer de l´inviolabilité d´un territoire reconquis. Il en a même interdit l´accès aux chercheurs de l´Institut national du patrimoine. Il n´a pas non plus cessé de défier son ministère de tutelle, celui des Affaires religieuses, auquel il ne reconnaît aucune autorité.

Alors que les activités cultuelles et l´enseignement relèvent de l´État, lui soutient que la Zitouna doit être indépendante et gérer directement les fonds qui lui sont destinés. Il refuse tout droit de regard sur le contenu pédagogique de ses programmes et, depuis la mi-juillet, multiplie les déclarations et appels à manifester devant le ministère. Lequel essaie en vain de l´évincer. Il a bien tenté de faire interdire les prêches de l´imam, en juin 2012, après que celui-ci eut appelé à condamner à mort les artistes (qualifiés de « blasphémateurs et mécréants »). Mais dès le vendredi suivant, le cheikh avait repris son prône, assurant qu´il aurait bien voulu se démettre mais que, dans un rêve, « le Prophète [l]´en a empêché ».

>> Lire aussi : Tunisie : un imam limogé menace d'empêcher la prière du vendredi à la Zitouna

Tout en peaufinant son personnage d´irréductible, Laabidi avance ses pions. Son objectif : relancer l´enseignement zeitounien et faire de son institution une autorité spirituelle pour le monde musulman, capable de rivaliser avec l´université égyptienne Al-Azhar. Pas moins. Et force est de constater que rien ne l´arrête dans ses velléités d´expansion. Désormais, la Zitouna a un chef et il le fait savoir, quitte à paraître fantasque, alors que chez lui tout est calculé. Le patriarche, qui exige qu´on lui donne du « sidi cheikh » en signe de respect, a un avis sur tout : il demande aux célibataires de proscrire le Viagra, considère le mouvement extrémiste d´Ansar al-Charia comme malsain, provoque un tollé en priant qu´« Allah bénisse Rached Ghannouchi » (le président d´Ennahdha), une formule exclusivement réservée au prophète Mohammed... Tout est bon pour qu´on parle de lui.

RAZZIA SUR LES « HABOUS »

Pour installer et financer ses projets, Laabidi tente de faire une razzia sur les habous (terrains et immeubles dits « de mainmorte ») de la Zitouna. Ce statut foncier n´existe plus depuis les années 1960, et les biens ont été réattribués, mais il n´en a cure. Mi-2012, il a annexé la bibliothèque de la Khaldounia (dont la municipalité a récupéré la propriété, par jugement, en mars), et désormais il tente de mettre la main sur près de 500 commerces de la médina, jadis gérés par la Zitouna. En un an, le vénérable cheikh a fait l´objet de seize plaintes déposées par la Ville de Tunis et le ministère des Affaires religieuses, qui le poursuivent, entre autres, pour récupérer leur patrimoine immobilier.

Dans un contexte où la gestion de la question religieuse est particulièrement sensible, Houcine Laabidi indispose. À tel point que le ministère des Affaires religieuses le soupçonne de vouloir créer une enclave confessionnelle à Tunis et que le cheikh Abdelfattah Mourou, membre du bureau exécutif d´Ennahdha, affirme que la Zitouna est devenue un repaire salafiste. Électron libre pour les uns, marionnette téléguidée par les extrémistes pour les autres, le petit imam de la grande mosquée ne déplaît pourtant pas à tout le monde. Il aurait notamment l´appui de dirigeants islamistes, dont l´ultraconservateur Sahbi Atig, chef du groupe parlementaire d´Ennahdha.

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