Extension Factory Builder
05/07/2013 à 16:35
Diminuer la taille du texte Augmenter la taille du texte Imprimer Envoyer Partager cet article
Séraphine Mukantabana n'a regagné le Rwanda qu'en août 2011, avec beaucoup d'appréhension. Séraphine Mukantabana n'a regagné le Rwanda qu'en août 2011, avec beaucoup d'appréhension. © Vincent fournier/J.A.

La ministre rwandaise chargée des Réfugiés, Séraphine Mukantabana, s'efforce de convaincre les Hutus qui se sont exilés après le génocide de rentrer au pays. Qui, mieux qu'elle, pourrait les rassurer ?

Depuis le 30 juin, il n'y a officiellement plus de réfugiés rwandais, seulement une diaspora ordinaire d'un pays comme les autres. Décidée par le Haut-Commissariat pour les réfugiés de l'ONU, l'expiration de ce statut sous lequel vivaient plusieurs dizaines de milliers de Rwandais - hutus dans leur quasi-totalité - exilés depuis le génocide de 1994, est à la fois un signe positif fort, le HCR jugeant que les conditions de leur retour sont désormais toutes réunies, et une source d'anxiété pour bon nombre d'entre eux.

>> À lire aussi : "Génocide rwandais : Paris ouvre une information judiciaire après la plainte contre Paul Barril"

Les informer et les rassurer : telle est la tâche que s'est fixée Séraphine Mukantabana, 52 ans, la ministre rwandaise chargée des Réfugiés et de la Gestion des catastrophes, qui s'emploie depuis plusieurs semaines à rendre visite aux communautés expatriées dans tous les pays d'Afrique centrale et orientale - à l'exception d'un seul : la RDC, dont le gouvernement, pour des raisons qui tiennent plus à la politique qu'à des considérations humanitaires, refuse de reconnaître les conclusions du HCR.

Tétanisés

Séraphine Mukantabana expose d'autant mieux les arguments destinés à convaincre ses compatriotes qu'elle a elle-même partagé leur sort pendant dix-sept ans. Cette diplômée en sciences de l'éducation, militante associative et épouse d'un proche de la famille de l'ex-président Habyarimana a en effet fui Kigali avec sa famille en mai 1994 pour rejoindre les camps de réfugiés hutus de l'est de la RDC. S'ensuivent de longs mois d'errance, à pied ou en pirogue, à travers un pays dévasté par la guerre. Avec son mari et ses enfants, elle se fixe un temps à Kisangani, puis à Kinshasa où Agathe Habyarimana, la veuve du président assassiné, lui remet une lettre de recommandation. En avril 1997, Séraphine s'installe à Brazzaville. Elle y restera jusqu'en 2011.

La ministre de Paul Kagamé ne s'en cache pas : longtemps, elle a vu en lui un ennemi, même si elle n'a pris aucune part au génocide. Figure de proue de la communauté rwandaise du Congo (15 000 membres en 1998, 8 400 aujourd'hui), elle a ainsi entretenu des relations avec la direction politique des Forces démocratiques de libération du Rwanda, les rebelles hutus du Kivu, avant de les rompre en 2002. Deux ans plus tard, elle accepte, la peur au ventre, de participer à une visite de découverte au Rwanda sous la protection du HCR. « J'étais persuadée de me rendre dans un pays policier et que tous les Hutus avaient été chassés de Kigali », raconte dans un sourire celle qui a attendu le 5 août 2011 pour faire son retour définitif.

Ce genre d'histoires, elle les entend encore aujourd'hui, de la bouche de réfugiés tétanisés à l'idée de ce qui les attend. « Je leur raconte mon itinéraire, je leur explique que les gacaca, les tribunaux traditionnels, sont désormais fermés et que personne n'est arrêté sans motif juridiquement valable. Je leur dis surtout que la réalité n'a rien à voir avec leurs fantasmes. »

Nommée ministre le 25 février, Séraphine Mukantabana a fort à faire avec des préjugés dont l'origine est plus complexe qu'on ne le pense : nombre d'exilés sont en effet dissuadés de rentrer au Rwanda par leurs propres parents restés sur place, lesquels entretiennent leur paranoïa pour éviter qu'ils ne reviennent réclamer terres et biens accaparés en leur absence. Mille collines, mille petites ruses...

Abonnez-vous pour 11,25€ / mois
Tous droits de reproduction et de représentation ImprimerImprimer EnvoyerEnvoyer Partager cet articlePartager

Réagir à cet article

Rwanda

Rwanda - France : Kagamé, en visite éclair à Paris, s'entretient avec Sarkozy

Rwanda - France : Kagamé, en visite éclair à Paris, s'entretient avec Sarkozy

Paul Kagamé a effectué une visite au siège parisien de l’Unesco, le vendredi 27 février. Aucune rencontre avec des responsables du gouvernement français n’était au programme, m[...]

Rwanda : dix ans de prison pour Kizito Mihigo, jugé coupable de conspiration contre le gouvernement

Le chanteur Kizito Mihigo a été condamné vendredi à dix ans de prison à Kigali. Il a été reconnu coupable de conspiration contre le gouvernement rwandais.[...]

Kabila, Ouattara, Bouteflika, Biya... Quels sont les diplômes de vos présidents ?

Votre président a-t-il le baccalauréat ? Un master ? À-t-il étudié l’économie ou le droit ? En France ou en Chine ? Toutes les réponses avec notre jeu interactif.  [...]

Rwanda : le Dr Gasakure, ex-médecin personnel de Kagamé, meurt dans un commissariat

Le docteur Emmanuel Gasakure, qui fut le médecin personnel du président rwandais Paul Kagamé, est mort en détention à Kigali le 25 février. Présenté comme dépressif,[...]

Afrique du Sud : que nous apprend le scandale des "Spy Cables" ?

Des documents révélant les échanges entre les services secrets sud-africains et leurs homologues étrangers et publiés depuis lundi par la chaîne Al-Jazeera et le quotidien britannique The[...]

Sexe, mensonge, pouvoir : la trilogie infernale

Du Français Dominique Strauss-Kahn au Malaisien Anwar Ibrahim, on ne compte plus les responsables politiques dont les moeurs débridées, ou supposées telles, ont brisé la carrière.[...]

RDC : début de l'offensive de l'armée contre les FDLR dans l'Est

Attendue depuis fin janvier, l’opération de l’armée congolaise contre les combattants des Forces démocratiques de libération du Rwanda (FDLR) semble s’amorcer ce mardi avec le[...]

Rwanda : Kagamé en déplacement à Paris le 27 février

Alors que sa dernière visite officielle en France remonte au mois de septembre 2011, le président rwandais Paul Kagamé sera à Paris vendredi. Aucune rencontre n'est pour l'instant prévue avec les[...]

La mosaïque linguistique africaine : carte des langues parlées sur le continent

En décembre dernier, le Parlement sénégalais s’est doté d’un système de traduction simultanée permettant aux députés de s’exprimer dans leur langue[...]

RDC : à quoi rime l'inaction de la Monusco contre les FDLR ?

Diogène Bideri est conseiller juridique principal à la Commission nationale de lutte contre le génocide, Rwanda.[...]

Dernière Minute

Toutes les dépèches
Voir tous les dossiers
Purging www.jeuneafrique.com/Article/JA2738p014.xml0 from 172.16.0.100 Purging jeuneafrique.com/Article/JA2738p014.xml0 from 172.16.0.100