Extension Factory Builder
04/07/2013 à 07:58
Diminuer la taille du texte Augmenter la taille du texte Imprimer Envoyer Partager cet article
Des opposants au régime, le 6 avril, au Caire. Des opposants au régime, le 6 avril, au Caire. © Reuters

Détérioration de la situation économique, aggravation des inégalités sociales, verrouillage politique... Le premier anniversaire de l'arrivée au pouvoir du président Morsi avait un goût si amer... qu'il a provoqué sa chute.

(Mis à jour à 10h04)

L'armée a suspendu la Constitution et renversé le président de la République, Mohamed Morsi, mercredi 3 juillet dans la soirée. Cris de joies et feux d'artifice sont venus ponctuer cette décision et clore plusieurs jours de manifestations monstres dans les rues du Caire. Les Frères musulmans qui ont dirigé le pays pendant un an, se trouvent aujourd'hui laminés, et plusieurs de ses cadres arrêtés. Au-delà de la liesse populaire - dans les zones urbaines surtout - , le pays témoigne surtout d'un grand malaise face à l'incapacité de ses dirigeants de lui assurer la stabilité nécessaire à son décollage économique.

Avant la chute de Morsi, le désenchantement était tel que certains allaient jusqu'à regretter ouvertement l'ère Moubarak. Après avoir culminé à 78 % d'opinions favorables trois mois après son arrivée au pouvoir, la cote de popularité du chef de l'État issu des Frères musulmans était en chute libre. Selon un sondage réalisé fin mai par le Centre égyptien pour la recherche sur l'opinion publique (Baseera), ils n'étaient plus que 42 % à juger son action satisfaisante. « Morsi et les Frères musulmans ont échoué, affirme Ashraf al-Sherif, professeur de sciences politiques à l'université américaine du Caire. Ils n'ont réussi à introduire aucun changement et n'ont réalisé aucun des objectifs de la révolution. Ils reproduisent les politiques de l'ancien régime sous une forme nouvelle. »

Sur le plan socio-économique, la situation reste préoccupante. En mai, l'inflation annuelle s'élevait à 9 %. Au premier trimestre 2013, le taux de chômage s'établissait à 13,2 %, contre 12,6 % un an plus tôt. Quant à la justice sociale, l'une des principales revendications de la révolution, dans un pays où, en 2011, quelque 25 % de la population vivaient en dessous du seuil de pauvreté, elle n'a jamais semblé être la priorité de Morsi. Ainsi, la nouvelle politique fiscale adoptée fin mai fixe à 30 % seulement le taux d'imposition des revenus supérieurs à 5 millions de livres (530 000 euros) par an. En France, un revenu équivalent est taxé à 45 %. « On ne peut guère attendre des Frères qu'ils réduisent les inégalités au vu de leur programme économique en tout point semblable à la politique néolibérale des Moubarak », estime Alaa al-Din Arafat, chercheur associé au Centre d'études et de documentation économiques, juridiques et sociales (Cedej).

Infiltrés

L'instauration d'un régime démocratique semblait elle aussi compromise. « Il n'y a qu'à voir la manière dont la Constitution [entrée en vigueur le 26 décembre 2012] a été adoptée pour comprendre que le régime ne respectait pas l'État de droit », poursuit Alaa al-Din Arafat. Selon le Réseau arabe d'information sur les droits de l'homme, une ONG égyptienne, il y a eu quatre fois plus de plaintes contre des journalistes pour « insulte au président » lors des deux cents premiers jours de Morsi au pouvoir que pendant les trente ans de règne de Moubarak. Les Frères sont également accusés de vouloir infiltrer tous les appareils de l'État pour s'en assurer le contrôle à long terme. Des soupçons étayés par la nomination, le 16 juin, de sept gouverneurs issus de la puissante confrérie - sur dix-sept. Celle-ci s'est aussi engagée dans une guerre ouverte avec les autorités judiciaires, son assemblée consultative envisageant de proposer un projet de loi visant à abaisser l'âge de la retraite des juges. Une initiative qui, selon ses détracteurs, serait destinée à remplacer les magistrats fidèles à l'ancien régime par de plus jeunes, pro-Frères musulmans.

Les Égyptiens se sont dit que l'Éthiopie n'aurait jamais pris l'initiative de détourner les eaux du Nil du temps de l'ancien raïs.

Morsi, qui aimait à rappeler qu'il était le premier président civil démocratiquement élu du pays, a également déçu en matière de politique étrangère. Lui dont le mouvement a toujours reproché à Moubarak son rôle dans la politique régionale des États-Unis semblait marcher sur les pas de son prédécesseur. Dernière maladresse en date : la rupture soudaine, le 15 juin, des relations diplomatiques avec la Syrie, deux jours seulement après que la Maison Blanche eut annoncé un soutien militaire aux rebelles. Et après la déviation des eaux du Nil engagée le 28 mai par l'Éthiopie en prévision de la construction du barrage de la Renaissance, les Égyptiens n'ont pas manqué de se dire, un brin amers, qu'Addis-Abeba n'aurait jamais pris une telle initiative du temps de l'ancien raïs.

"Rébellion"

Les Frères estiment, eux, que des avancées ont été accomplies. « Les militaires ne sont plus au pouvoir et n'y reviendront jamais, l'Égypte est devenue un État civil, se félicitait - à tort visiblement - Abdel Mawgoud al-Dardery, porte-parole de la commission des relations étrangères du Parti de la liberté et de la justice (PLJ). Nous avons adopté une Constitution, préservé les institutions démocratiquement élues comme le Sénat et lancé la lutte contre la corruption au sein de l'État. [...] Les investissements étrangers sont massifs, même si leur impact ne se fera pas sentir dans l'immédiat. Malgré la situation difficile, le président Morsi a réussi à rassurer les investisseurs américains, qataris, saoudiens et émiratis, qui ne sont pas partis. »

Dans un tel contexte de bipolarisation exacerbée, aggravée par les coupures d'électricité et les pénuries d'eau potable et d'essence, la date du 30 juin s'est donc révélée fatidique, comme le redoutaient  - ou l'espéraient - de nombreux Égyptiens. Ce jour-là, les militants de Tamarrod (« rébellion »), une campagne réclamant une élection présidentielle anticipée et qui a gagné en popularité, ont réussi à mobiliser des centaines de milliers de manifestants à travers le pays. « Les Frères sont inquiets. Ils prennent conscience que leur gestion du pouvoir a suscité beaucoup de désillusions et de frustrations. Il y aura beaucoup de gens dans les rues, pronostiquait avant le coup de force de l'armée Michael Wahid Hanna, du think tank américain The Century Foundation. On ne sait pas si le soufflé va rapidement retomber ou s'il faut s'attendre à quelque chose de plus important. Il y a un réel risque d'affrontements, et les moyens de juguler une flambée de violence n'existent pas », poursuivait-il. Seule l'armée, avec l'appui d'une grande partie du peuple, pouvait tenter un retour à la normalité. Quitte à suspendre la Constitution...

Abonnez-vous pour 11,25€ / mois
Tous droits de reproduction et de représentation ImprimerImprimer EnvoyerEnvoyer Partager cet articlePartager

Réagir à cet article

Egypte

L'Afrique, cible prioritaire de l'industrie des biens de consommation européenne

L'Afrique, cible prioritaire de l'industrie des biens de consommation européenne

L'Afrique sera d'ici à 2017 le deuxième marché prioritaire pour l'industrie des biens de consommation européenne, selon une étude du cabinet Deloitte. Le continent devrait enregistrer une hausse [...]

Égypte : une roquette frappe une maison et fait dix morts dans le Sinaï

Des femmes et des enfants font partie des victimes de l'explosion d'une roquette, mardi, sur une maison située près de la ville égyptienne de Rafah, dans le Sinaï.[...]

Libye : deux voitures piégées explosent près des ambassades d'Égypte et des Émirats

Les explosions de deux voitures piégées, jeudi, près des ambassades fermées d'Égypte et des Émirats arabes unis ont fait au moins trois blessés.[...]

Égypte : attaque terroriste contre un bateau de la marine, huit militaires disparus

Un bateau de la marine égyptienne a été la cible d'une attaque terroriste, mercredi, en Méditerranée. Selon l'armée, huit militaires sont portés disparus.[...]

Égypte : que signifie l'allégeance du principal groupe terroriste du pays à l'État islamique ?

Le groupe terroriste le plus actif en Égypte, Ansar Bayt al-Maqdis, vient de prêter allégeance à l'État islamique (Daesh). Une alliance qui est tout sauf anecdotique. Décryptage avec[...]

Egypte : deux morts dans des heurts entre pro-Morsi et policiers

Deux personnes, dont un étudiant, ont été tuées vendredi en Egypte lors de manifestations de sympathisants du président islamiste destitué Mohamed Morsi, ont indiqué des[...]

Égypte : deux policiers tués dans l'explosion d'une bombe dans un train

Les sources sécuritaires égyptiennes ont indiqué mercredi soir que deux policiers ont été tués et huit autres personnes blessées lors de l'explosion d'une bombe dans le wagon d'un[...]

Égypte : trois ans de prison pour des jeunes ayant participé à un "mariage gay"

Un tribunal du Caire a condamné samedi à trois ans de prison huit jeunes hommes accusés d'être apparus dans une vidéo d'un "mariage gay" largement relayée sur les réseaux[...]

Égypte : 3 ans de prison pour 8 hommes accusés d'avoir participé à un "mariage gay"

Un tribunal du Caire a condamné samedi à trois ans de prison huit jeunes hommes accusés d'être apparus dans la vidéo d'un "mariage gay" largement relayée sur les réseaux[...]

Égypte : nouvelle détention pour Alaa Abdel Fattah, figure de la révolte anti-Moubarak

La justice égyptienne a ordonné lundi la remise en détention de 25 personnes jugées pour des violences qui se sont déroulées lors d'une manifestation non autorisée en novembre[...]

Dernière Minute

Toutes les dépèches
Voir tous les dossiers