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20/06/2013 à 08:02
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Modibo Sidibé, Ibrahim Boubacar Keïta, Soumaïla Maïga. Modibo Sidibé, Ibrahim Boubacar Keïta, Soumaïla Maïga. © Emmanuel Daou Bakary pour J.A./Montage J.A.

Ils étaient candidats au scrutin qui devait se tenir en 2012. Le coup d'État a interrompu le processus. Aujourd'hui, ils se repositionnent dans la course à la présidentielle malienne, enfin lancée après la signature de l'accord de Ouagadougou avec les rebelles touaregs, le 18 juin.

Ibrahim Boubacar Keïta : le francophile assumé

En 2002, l'annulation de plus de 541 000 bulletins par la Cour constitutionnelle l'avait écarté du deuxième tour à moins de 4 400 voix près. En 2007, il était arrivé deuxième derrière Amadou Toumani Touré, réélu au premier tour. Six ans plus tard, les sondages laissent espérer à son équipe de campagne qu'il sera le prochain président du Mali. Mais ses concurrents entendent bien utiliser contre lui la réputation de « proputschiste » qui lui colle à la peau - et qu'il conteste. Il est en effet l'un des rares ténors politiques à n'avoir pas subi de brimades au lendemain du coup d'État de mars 2012 et apparaît comme le favori des militaires.

À 68 ans, cette figure respectée a exercé les plus hautes fonctions : depuis la transition de 1992, il a notamment été ambassadeur, Premier ministre (1994-2000), puis président de l'Assemblée nationale (2002-2007). Francophile assumé, au langage châtié, il fut dans sa jeunesse un admirateur du général de Gaulle. Depuis, il s'est lié avec le président français François Hollande et son ministre de l'Intérieur Manuel Valls (à l'époque où il était vice-président de l'Internationale socialiste). Il entretient par ailleurs d'excellentes relations avec les présidents Alpha Condé, Mahamadou Issoufou ou Faure Gnassingbé.

Soumaïla Cissé l'économiste

 

© Emmanuel Daou Bakary pour J.A.

Battu en 2002, il avait fait les frais, comme Ibrahim Boubacar Keïta, des luttes d'appareil au sein de l'Adema - dont il était le héraut officiel -, Alpha Oumar Konaré (AOK) ayant sacrifié sa candidature pour faire élire Amadou Toumani Touré. Au lendemain du scrutin, Soumaïla Cissé avait créé son propre parti, avant de rejoindre l'Union économique et monétaire ouest-africaine (UEMOA), dont il a présidé la commission de 2004 à 2011. Ajoutée à son parcours ministériel aux Finances, au Commerce et à l'Équipement pendant les deux mandats d'AOK, cette expérience lui a apporté une crédibilité en matière économique ainsi qu'un réseau de solides amitiés dans la sous-région.

Réputé compétent, il dispose d'un parti structuré et mobilisé autour de sa candidature (l'Union pour la République et la démocratie, deuxième force à l'Assemblée nationale). Natif des environs de Tombouctou, Soumaïla Cissé, 63 ans, espère faire le plein de voix dans le Nord, comme en 2002, et parmi les Maliens de l'étranger. Pour lui, le scrutin se jouera donc dans le sud du pays, où l'électorat est plus dense et sa popularité moins affirmée.

Modibo Sidibé le superdiplômé

© Emmanuel Daou Bakary pour J.A.

À en croire l'entourage de l'un de ses concurrents, le principal atout de Modibo Sidibé est aussi son principal handicap. À 60 ans, cet ancien fonctionnaire de police bardé de diplômes est un serviteur de l'État expérimenté, qui a exercé de hautes fonctions au cours des deux dernières décennies. Directeur de cabinet d'Amadou Toumani Touré (ATT) durant la transition de 1991, il devient ministre de la Santé (1993-1997) puis des Affaires étrangères (1997-2002) d'Alpha Oumar Konaré. Au lendemain de l'élection d'ATT, il est nommé secrétaire général de la présidence (2002-2007) puis Premier ministre (2007-2011).

Contrairement à ses deux principaux rivaux, il a réalisé son parcours politique à l'écart des partis. Les Forces alternatives pour le renouveau et l'émergence (Fare), qui soutiennent sa candidature, n'ont été créées qu'en avril 2013. Mettant en avant le triptyque « intégrité, expérience, compétence », il est, selon un proche, « l'un des rares candidats à ne pas traîner de casseroles ». Reste à savoir s'il parviendra à convaincre les Maliens qu'il incarne la rupture tant attendue, après avoir oeuvré pendant vingt ans au coeur du système Konaré-ATT.

Ils chercheront à peser sur le second tour

Parmi la petite vingtaine de candidats déclarés, peu peuvent espérer jouer un véritable rôle. Mais l'expert-comptable Moussa Mara, qui, à 38 ans, se présente sous la bannière de Yelema (« le changement », en bambara), ne veut pas faire de la figuration, même s'il s'agit de sa première participation. Lors des législatives de 2007, il avait mis en ballottage Ibrahim Boubacar Keïta dans la commune IV de Bamako, avant d'y remporter les municipales deux ans plus tard avec une liste indépendante. Une belle victoire, mais un scrutin local n'est pas une élection présidentielle, et Tiébilé Dramé, candidat du Parti pour la renaissance nationale (Parena), ne le sait que trop. En 2007, le gendre d'Alpha Oumar Konaré est arrivé en troisième position derrière Amadou Toumani Touré et Ibrahim Boubacar Keïta, avec 3 % des voix. Son agenda pourrait l'empêcher de faire mieux cette fois-ci : le 13 mai, il a été nommé conseiller spécial du président de la transition, chargé des pourparlers avec les groupes armés dans le Nord. Des discussions qui se tiennent à Ouagadougou (Burkina Faso), où il passera désormais une grande partie de son temps.

Cette situation pourrait donner des ailes à Housseini Amion Guindo, 43 ans. Natif de Bandiagara (région de Mopti), « Poulo » s'est fait un nom à Sikasso, dans la région qui compte le plus d'électeurs (1 178 102 avant révision des listes). Il s'y est fait élire député lors des législatives partielles de 2005, puis réélire en 2007. Son parti, la Convergence pour le développement du Mali (Codem), s'est progressivement imposé comme la quatrième force politique du pays. Il reste à Housseini Amion Guindo à transformer l'essai pour sa première présidentielle. Malika Groga-Bada.

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