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31/05/2013 à 09:15
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Le président américain, Barack Obama. Le président américain, Barack Obama. © AFP

Politiquement à la dérive, les républicains se sont juré de prendre leur revanche sur la présidentielle de 2012 en pourrissant le second mandat de Barack Obama. Par leurs errements, les démocrates les y aident, parfois.

Y a-t-il quelqu'un à la barre ? Depuis plusieurs semaines, les scandales se succèdent comme autant de grosses vagues déferlant sur la Maison Blanche. Et Barack Obama, qui, pendant la campagne présidentielle, se comparait au capitaine d'un navire, se retrouve bien mal embarqué. Saura-t-il éviter les écueils ?

Pêle-mêle, son administration est accusée d'avoir fiscalement discriminé certains groupes conservateurs, espionné des journalistes, menti sur l'attaque terroriste contre le consulat américain à Benghazi, et perdu la trace de deux terroristes repentis. Dans les très populaires talk-shows télévisés, ses errements suscitent la risée générale. Le ministère des Anciens Combattants, avec ses six cent mille dossiers en attente (pour la plupart, des demandes de subsides d'anciens combattants d'Irak et d'Afghanistan), est tout particulièrement pris pour cible.

Ces scandales sont évidemment de gravité variable. Mais tous sont outrancièrement exploités par les républicains, qui ne rêvent que d'une chose : refaire le match perdu en novembre 2012. Certains n'hésitent plus à prononcer le I-word. I pour impeachment, autrement dit la destitution du président. Pour l'instant, la popularité de l'intéressé se maintient au-dessus de la barre des 50 %. Les Américains ne se passionnent guère pour les péripéties de ce jeu de massacre. Rien à voir avec l'affaire Monica Lewinsky, en 1998-1999.

L'affaire qui fait le moins de bruit est peut-être la plus grave : l'espionnage de journalistes d'Associated Press. Au printemps 2012, le ministère de la Justice a saisi les relevés téléphoniques de journalistes de l'agence afin d'identifier la source d'une dépêche du 7 mai 2012 révélant que la CIA avait déjoué au Yémen un projet d'attentat contre un avion en route pour les États-Unis. « La sécurité d'Américains était en jeu », a plaidé le ministre Eric Holder. En réalité, la dépêche incriminée présentait surtout l'inconvénient, en pleine période électorale, d'infirmer l'affirmation de la Maison Blanche selon laquelle les projets d'opération d'Al-Qaïda avaient cessé après la mort de Ben Laden. Ce fâcheux épisode confirme en tout cas la phobie de la Maison Blanche pour toute information sensible fuitant dans la presse. Le soldat Bradley Manning, dont le procès s'ouvrira en juin, risque ainsi une peine de réclusion à perpétuité pour avoir livré au site WikiLeaks, de Julian Assange, 700 000 documents confidentiels.

Désordre

Cette lutte « très agressive », selon les propres termes de Holder, contre le terrorisme vient pourtant de connaître un sacré revers. Le ministère de la Justice - encore lui ! - vient en effet d'admettre avoir perdu la trace de deux terroristes repentis qui bénéficiaient de la protection du gouvernement en échange de leur coopération.

Les deux hommes ont finalement été retrouvés : ils vivent tranquillement à l'étranger. Un mois après l'attentat lors du marathon de Boston, que le FBI a été incapable d'empêcher malgré le signalement de Tamerlan Tsarnaev transmis par les autorités russes, ça fait un peu désordre !

Autre boulet traîné par l'administration : l'Internal Revenue Service (IRS), le fisc américain, est accusé d'avoir indûment sanctionné des groupes conservateurs proches du Tea Party. Aucun d'entre eux n'a en effet bénéficié du régime de non-imposition, d'ordinaire octroyé aux associations caritatives. Cette faute jugée « inexcusable » par Obama a enflammé le Parti républicain de la base - en guerre contre le Big Government - au sommet, autrement dit les élus au Congrès, outrés par les « intimidations » de la Maison Blanche. Une commission de la Chambre des représentants, dominée par les républicains, enquête fébrilement. Son but ? Montrer que l'administration Obama était au courant de ces pratiques.

Reste l'enquête sur l'attaque contre le consulat à Benghazi, qui, le 11 septembre 2012, coûta la vie à l'ambassadeur américain et à trois de ses collaborateurs. La Maison Blanche a-t-elle cherché à dissimuler la nature terroriste de l'opération ? Pour nombre de républicains, convaincus de tenir là leur scandale du Watergate, c'est une certitude.

Au vrai, nulle administration n'est épargnée par les polémiques. Le Pentagone est sur la sellette en raison du niveau sans précédent - « honteux », dit Obama - des agressions sexuelles commises dans les rangs de l'armée. En 2012, 26 000 agressions ont ainsi été recensées, mais les mesures coercitives tardent à venir. La ministre de la Santé est quant à elle accusée d'avoir sollicité auprès de grandes entreprises des fonds destinés à mettre en oeuvre la loi sur l'assurance santé. Ça tombe plutôt mal alors qu'Obama a récemment dû monter au créneau pour défendre cette loi mal aimée et mal comprise. La semaine dernière, la Chambre s'est d'ailleurs, pour la énième fois, prononcée en faveur de son abrogation...

Impossible, enfin, de ne pas évoquer la rocambolesque arrestation pour espionnage d'un attaché de l'ambassade américaine à Moscou. Dans le sac de cet agent très peu discret, les policiers russes ont en effet découvert des perruques, pas mal de grosses coupures et des téléphones d'un autre âge. Pour anecdotique qu'il soit, cet épisode a contribué à entretenir une désagréable impression d'amateurisme. À l'évidence, Obama a les plus grandes difficultés à « tenir » son administration. Et il risque d'avoir du mal à se débarrasser de l'image de « bystander president » (« président badaud ») raillé par les éditorialistes.

Pour tenter de reprendre la main, il a nommé un nouveau chef à la tête de l'IRS et promis une nouvelle loi pour protéger les sources des journalistes. Ses services ont dans le même temps publié une collection d'e-mails - plus de 100 pages au total - qui confirment la version de la Maison Blanche concernant l'attaque de Benghazi, mais révèlent aussi les considérables tensions provoquées par cette tragédie entre la CIA et le département d'État.

Diversion ?

Le président s'efforce d'ouvrir une nouvelle séquence, insiste sur les réformes qui ont des chances raisonnables d'être adoptées, en dépit du climat délétère qui règne à Washington. La loi sur l'immigration, par exemple, semble bien partie, alors qu'un accord budgétaire avec les républicains ne paraît plus hors de portée. Les proches collaborateurs d'Obama ont été priés de ne pas consacrer plus de 10 % de leur temps à répondre aux polémiques. Et le 19 mai, lors de la remise des diplômes dans la seule université masculine noire du pays, près d'Atlanta (c'était celle de Martin Luther King), Obama a évoqué de manière très personnelle son expérience d'homme noir en Amérique. Étonnant, sachant qu'il se montre habituellement très avare de ce genre de confidences. De là à le soupçonner de chercher à faire diversion...

Le jeu de massacre ne passionne pas les Américains? Et le président reste très populaire.

En face, les républicains affûtent leurs armes. À coups de commissions d'enquête, ils sont déterminés à empoisonner le second mandat d'Obama, comme ce fut le cas dans le passé pour Nixon, Clinton ou Bush Jr. Pourtant, leur camarade Newt Gingrich, l'ancien speaker de la Chambre, leur a récemment rappelé l'inutilité des efforts des ultraconservateurs pour destituer Bill Clinton... Il aurait aussi pu leur parler de leur collègue républicain Mark Sanford, récemment réélu gouverneur de Caroline du Sud après avoir été acculé à la démission, en 2009... Le brave homme prétendait avoir fait une randonnée de six jours dans les Appalaches, alors qu'il se trouvait en Argentine avec sa maîtresse ! Comme quoi...

Et Guantánamo ?

Il y a quand même un scandale qui ne fait pas les gros titres des journaux, et qu'aucun adversaire politique ne cherche à exploiter : la dure grève de la faim dont le camp de Guantánamo, à Cuba, est le théâtre. Les deux tiers des 165 détenus en toute illégalité y participent. Certains doivent être nourris de force. Début mai, Barack Obama a promis de tout faire pour faire fermer ce camp. Il s'y était déjà engagé dès 2009, avec le résultat que l'on sait. Il est vrai que les républicains y sont farouchement hostiles. Jean-Éric Boulin

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