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19/04/2013 à 09:36
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Hommes politiques, militaires et journalistes de notre région ont tous relevé le double anniversaire du 11 avril. Ils nous ont d'abord rappelé que, ce jour-là, la guerre au Mali, dont la France a pris l'initiative, assume le fardeau et les risques, a franchi le cap des trois mois. Et que la Côte d'Ivoire a bouclé les deux premières années de l'ère Alassane Ouattara, qui débuta le 11 avril 2011 avec la chute de Laurent Gbagbo.

 

Ce double anniversaire et l'actualité chaude m'imposent de parler cette semaine encore de la France.

Vous savez que ce grand pays et son président traversent une zone de turbulences qui secoue sa classe politique dans son ensemble. Nul n'est à même de dire quand ils en sortiront. Ni dans quel état.

Les principaux hebdomadaires français sonnent la charge. Le Nouvel Observateur titre sur « Le jeu étrange de François Hollande », tandis que L'Express traite le président français de « Monsieur faible » et parle de « quinquennat brisé ». De son côté, Le Point affirme qu'il s'agit « d'une crise politique et économique » et que « tous les ingrédients d'une crise de régime sont là ». Qualifiant François Hollande de « pépère », l'hebdomadaire s'interroge : « Est-il à la hauteur ? ».

Des craquements et des dissonances se font entendre au sein du gouvernement et du Parti socialiste, dont l'aile gauche réclame, à voix forte, une politique économique différente.

Les journaux anglo-saxons ou européens du continent sont plus mesurés. Mais la correspondante de The Economist à Paris pose la question suivante : « Comment ce gouvernement va-t-il pouvoir continuer encore quatre ans, alors qu'on est déjà dans une ambiance de fin de règne ? » Et ajoute : « On s'attendait à une présidence Hollande difficile sur le plan économique. Pas à une crise politique. »

Je maintiens pour ma part que François Hollande est, à ce jour, protégé d'une crise de régime par la Constitution de la Ve République. Mais que sa cote de popularité, descendue à 26 %, ne peut se détériorer davantage. Ni se maintenir longtemps à ce niveau trop faible sans risque de paralysie gouvernementale et de dislocation de la majorité.

 

J'ai entendu l'un des pairs de François Hollande, qui n'a pourtant pour lui que de l'estime, dire son incompréhension : « Comment le président français a-t-il pu croire si longtemps les dénégations de son ministre du Budget, Jérôme Cahuzac, rester sourd aux accusations graves et circonstanciées portées contre lui ? Son devoir de chef d'État était de faire vérifier. Il en avait les moyens et il ne les a pas utilisés.

La faute politique est là, qui le place aujourd'hui dans une situation difficile, presque inextricable. »

C'est indiscutable. Toute la question est à présent de savoir si François Hollande a encore la capacité de réparer les dégâts effrayants que sa faute a provoqués.

Il faut l'espérer pour lui, pour la gauche française, pour la France et même pour l'Afrique, où la France occupe de nouveau une place importante.

En premier lieu au Mali, où la guerre est entrée dans son deuxième trimestre et où les dates des deux tours de l'élection présidentielle ont été annoncées pour les 7 et 21 juillet prochain.

 

J'ai écrit, la semaine dernière, que cette échéance n'a aucune chance d'être tenue « sauf à faire des élections dont on acceptera à l'avance qu'elles ne seront pas crédibles, car elles n'auront pas été convenablement préparées ».

Trois mois de préparation est un délai trop court. En outre, la consultation aura lieu en pleine période d'hivernage, et en plein mois de ramadan (pour le second tour).

Le pays compte des dizaines de milliers de personnes déplacées ou réfugiées dans les pays voisins, et sa partie septentrionale n'est libérée et à peu près pacifiée que dans les villes. Pour l'ensemble du Mali, les listes électorales n'ont été ni mises à jour ni vérifiées.

Mais la faiblesse des institutions de transition, leur fonctionnement erratique et les menaces de putsch qui pèsent toujours sur elles ont convaincu la classe politique malienne - ainsi que la France, puissance libératrice - que des élections imparfaites et organisées à la va-vite étaient la moins mauvaise des solutions.

Peut-être. Mais c'est un sacré pari !

 

Il suffit d'entendre le capitaine Amadou Sanogo, auteur principal du putsch de mars 2012, pour s'en convaincre. En réponse à la question d'un journaliste allemand : « Un nouveau président doit être élu en juillet, accepterez-vous le vainqueur ? », Sanogo a répondu : « Je n'interviendrai pas... si les élections sont organisées de manière régulière. »

Je crains que les Maliens, la Cedeao, la France, l'Union africaine et l'ONU n'aient pas fini d'entendre parler des initiatives de ce capitaine et de son entourage. Au même journaliste, il a confié : « Je ne me présenterai pas à cette élection. Mais si je le faisais, j'aurais une bonne chance de l'emporter, car je suis très populaire. »

 

La Côte d'Ivoire. Nous sommes donc dans les premiers jours de la troisième année de la présidence d'Alassane Ouattara.

Le principal pays de l'Afrique de l'Ouest est sorti, il y a deux ans, de la crise et s'est remis au travail. Si tout va bien, il pourra, d'ici à la fin de la décennie, doubler son revenu annuel par habitant.

Le PIB passerait de 23 milliards de dollars en 2010 à 50 milliards en 2020 ; la population passera, elle, de 22 millions à 24,5 millions d'habitants ; et le revenu annuel par habitant franchira le cap des 2 000 dollars.

C'est le défi qu'ont décidé de relever Alassane Ouattara et son équipe.

S'ils y parviennent, la Côte d'Ivoire sera un autre pays, l'Afrique de l'Ouest et le continent dans son ensemble y gagneront beaucoup.

Nous les suivrons pas à pas dans ce chemin ascendant et vous dirons si les fruits tiennent la promesse des fleurs.

 

Mais où en sommes-nous en avril 2013 ?

À mon avis, c'est « la fin du commencement » : après des tâtonnements et des ajustements, la Côte d'Ivoire s'est donné un gouvernement en bon état de fonctionnement. Le pays a regagné le temps perdu et donne l'impression de s'être replacé sur la ligne de départ de la longue marche vers le développement.

Ce n'est pas encore un État de droit, et les lois de la démocratie n'y ont pas encore acquis domicile. Mais le pays et ses dirigeants me paraissent avoir l'ambition de s'approcher de cet idéal.

La réconciliation nationale ? Ni le gouvernement ni le camp de Laurent Gbagbo, qui constitue l'essentiel de l'opposition et se refuse à reconnaître qu'il a perdu l'élection présidentielle à la fin de 2010, n'ont fait tout ce qu'il faut pour qu'elle se réalise, et rien n'indique qu'ils s'apprêtent à changer d'attitude.

Alors, il faut attendre et espérer que le temps fera son oeuvre et que le développement économique favorisera l'apaisement politique. 

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