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02/04/2013 à 17:58
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François Hollande a reçu Mohammed VI, le 24 mai à l'Elysée. François Hollande a reçu Mohammed VI, le 24 mai à l'Elysée. © Joel Saget / AFP

Après sa visite "historique" en Algérie fin 2012, François Hollande est attendu dans le royaume chérifien les 3 et 4 avril. L'occasion de dissiper certains malentendus. Mais aussi de marquer un rapprochement avec Mohammed VI, qu'il connaît mal.

«Entre nous, ça va tellement bien que l'on n'a même pas besoin de se voir ! » Adressée à son homologue français Jean-Marc Ayrault, la boutade du chef du gouvernement marocain Abdelilah Benkirane prêterait à sourire. En pleine visite à Casablanca, mi-décembre 2012, elle soulignait en tout cas la bonne santé de la relation bilatérale, à quelques jours de la visite « historique » du président François Hollande en Algérie. « Partenariat d'exception », « réunion de haut niveau », « confiance », les termes employés devant un parterre de quatre cents patrons des deux pays dénotaient une pointe d'autosatisfaction. Alors, méthode Coué ? La patronne des patrons marocains, Miriem Bensalah Chaqroun, relevait même, sans qu'on puisse la démentir, que, « entre le Maroc et la France, il n'y a pas de passe difficile ni de conflit douloureux ». Ces définitions négatives visent bien sûr le voisin algérien. Quelques jours plus tard, François Hollande s'est rendu de l'autre côté de la frontière hermétiquement fermée de Zouj Beghal pour sa première visite d'État au Maghreb. Dire que la préférence - chronologique - donnée à Alger a déplu aux Marocains serait exagéré. Mais il est vrai que la bouderie a été évitée de justesse. Reçu en audience au palais royal de Casablanca, Jean-Marc Ayrault avait anticipé la réaction du roi. « Pour lui, ça ne pose aucun problème que le président de la République rende une visite à Alger et au peuple algérien. Et ensuite, il viendra au Maroc », expliquait-on du côté de Matignon.

En juillet 2007, le Palais s'était fâché tout haut de la visite « en sauts de puce » projetée par Nicolas Sarkozy dans les trois pays du Maghreb. L'étape marocaine avait alors simplement été reportée. « Au début de son quinquennat, Sarkozy a eu l'illusion de pouvoir ouvrir une nouvelle page avec Alger, en oubliant Rabat. La suite des événements lui a donné tort », note un diplomate marocain. « Équilibre » est donc aujourd'hui le maître mot du côté français. « Ce n'est pas un jeu à sommes nulles. Pas besoin de se fâcher avec les Marocains pour gagner la confiance des autorités algériennes », renchérit, un brin optimiste, un socialiste qui connaît bien le dossier.

Funambule

Pour la gauche française, l'Algérie a longtemps été la destination de coeur, tant que l'idéal progressiste occultait les errements du socialisme FLN. « Jusqu'à l'arrivée de François Mitterrand à l'Élysée, en 1981, les socialistes ont totalement vécu sous un tropisme résolument pro-Algériens et vaguement antimonarchiste, analyse Ali Bouabid, délégué général de la Fondation Abderrahim Bouabid et l'une des chevilles ouvrières de l'unique visite qu'avait effectuée François Hollande, à l'époque premier secrétaire du Parti socialiste (PS), en 2006. Les réformes entreprises par Hassan II dans les années 1990 et le blocage politique en Algérie ont depuis changé cette perception. » Avec l'ouverture politique voulue par « notre ami le roi », les socialistes français ont commencé à découvrir le Maroc, et pas seulement les fastes de la Mamounia. Lionel Jospin et Jean-Pierre Chevènement, entre autres, qui s'intéressaient aux affaires internationales, ont fini par prendre leurs distances avec les thèses du Polisario, dont le conflit avec le Maroc autour du Sahara occidental continue de peser sur les relations entre Paris, Rabat et Alger.

Un homme a joué un rôle primordial dans la « grande révision » des socialistes vis-à-vis du royaume : Hubert Védrine, qui fut secrétaire général de l'Élysée (1991-1995) puis ministre des Affaires étrangères du gouvernement Jospin (1997-2002). Il conserve des liens solides avec le pays dont son père, Jean Védrine, a ardemment défendu l'indépendance, et a encore l'oreille du président. Car François Hollande est arrivé à la plus haute fonction de l'État sans avoir de connexion au Maroc. Ce n'est pas le cas de nombre de ses camarades du PS : Martine Aubry, Dominique Strauss-Kahn, Élisabeth Guigou. Sauf que ceux-là ne sont pas des hollandais historiques. Hormis une conférence à la fondation Bouabid en 2006, une escapade près de Tanger, qui avait dévoilé sa liaison avec Valérie Trierweiler, à l'été 2007, le royaume et ses arcanes ne sont guère familiers au républicain Hollande, qui connaît bien mieux l'Algérie.

>> Lire "France - Maroc : une idylle de quarante ans"

On peut compter, d'ailleurs, quelques Français d'origine algérienne dans le premier cercle présidentiel, comme Faouzi Lamdaoui ou Kader Arif. L'idée que la gauche est moins proche du Maroc est aussi confortée par les froides relations entretenues par tous les présidents de droite avec Alger. « Il faut que l'on sorte des clichés, s'agace presque un proche du président français. La gauche n'est pas plus algérienne que la droite serait marocaine. » Mais il faut bien reconnaître que le chemin parcouru avec le Maroc ferait pâlir les plus enthousiastes des algérophiles. « Au Maroc, nous célébrons notre amitié, nous sommes en phase sur la plupart des sujets, poursuit la même source. Une visite en Algérie, c'est toujours pour se réconcilier. »

Tête-à-tête

Comme ses prédécesseurs, l'ambassadeur de France à Rabat, Charles Fries, arrivé en juin 2012, s'est employé à déminer le terrain en affirmant à tous ses interlocuteurs marocains que l'embellie de la relation franco-algérienne ne peut nuire à celle existant avec le Maroc. « On part de tellement loin en Algérie que l'on ne peut parler de rééquilibrage », affirme-t-il. Les diplomates savent marcher sur des oeufs sans éclabousser leurs souliers vernis. Cette visite présidentielle sera en tout cas utile, ne serait-ce que pour dissiper certains malentendus. Ainsi, Rabat aurait parié sur une réélection de Nicolas Sarkozy, après avoir d'abord misé sur DSK puis sur Aubry. Sans succès. Tout cela est oublié. M6, en voyage privé à Paris, n'a d'ailleurs pas manqué d'aller rencontrer le nouveau locataire de l'Élysée, le 24 mai 2012. Au téléphone, ils se sont parlé à deux reprises avant la rencontre de leurs chefs de gouvernement respectifs puis le déclenchement de l'opération Serval au Mali. Les communiqués très arides sortis de ces deux entretiens ne permettent pas de saisir la qualité de leur relation.

D'après une source au Château, le « courant passe entre les deux hommes ». Sans plus. Ces deux-là sont encore loin d'afficher la complicité que pouvaient avoir Hassan II et Chirac ou la camaraderie bling-bling entre Sarkozy et M6. C'est l'un des enjeux de cette visite : rapprocher les deux chefs d'État. Pour les présentations, les Marocains sortent le grand jeu. Réception à Casablanca, accueil intimiste du président et de sa compagne, le 3 avril, par le roi, sa femme et ses frères et soeurs à la résidence royale d'Anfa, où ils passeront la nuit. Le soir même, à l'occasion d'un grand dîner rassemblant quatre cents invités, les deux chefs d'État prendront la parole. Est également prévu un tête-à-tête où seront abordés le dialogue politique, la diplomatie, l'économie. « Ce n'est pas parce que l'on est en phase sur tous les sujets qu'il n'y a rien à construire, ajoute le proche de Hollande. Ce n'est pas une visite banale. »

>> Lire "Les 'Marocains' du président Hollande"

Soutien

Côté marocain, on scrutera les mots employés par François Hollande sur le dossier numéro un : le Sahara. Devant le Parlement algérien, en décembre 2012, le président français avait dit soutenir l'initiative onusienne pour sortir du conflit. Devant les parlementaires du royaume, réunis en congrès pour un discours présidentiel lors du deuxième jour de la visite, il devra trouver les mots justes pour réitérer son soutien aux pourparlers en cours, sans rien renier de la position très avancée défendue par le Quai d'Orsay depuis Sarkozy : « Le plan de large autonomie [proposé par Rabat en 2007] est une base sérieuse et crédible » pour mettre fin au conflit. Toute formulation a minima serait considérée comme un désaveu côté marocain, à quelques semaines du renouvellement du mandat de la Mission des Nations unies pour l'organisation d'un référendum au Sahara occidental (Minurso) au Conseil de sécurité.

En Côte d'Ivoire, comme plus récemment au Mali, la coopération entre les deux pays est totale en matière de renseignements.

Les diplomates se veulent confiants : « L'Algérie a intérêt à maintenir le Maroc sous pression, explique l'un d'entre eux. C'est d'ailleurs toujours Rabat qui fait le premier pas. On doit encourager les deux pays à se parler, car, à un moment ou à un autre, il faudra une solution négociée avec le Polisario et l'Algérie. » Le Mali, où Rabat apporte un appui humanitaire et militaire discret, sera au centre des discussions. Pour les Français, il s'agit de voir avec leur partenaire quel rôle il pourrait jouer dans le futur cadre onusien. En Côte d'Ivoire, comme plus récemment au Mali, la coopération entre les deux pays est totale en matière de renseignements. Au point que la rumeur d'une présence sur le sol de trois cents soldats des forces spéciales marocaines n'a jamais été sérieusement démentie.

Pas de rupture envisagée par le successeur de Nicolas Sarkozy sur l'appréciation faite par Paris de la transition démocratique en cours au Maroc. « Ce n'est pas encore la démocratie idéale, mais les autorités font de gros efforts et sont sur la bonne voie », explique un conseiller de Hollande. Paris devra encore se montrer disponible pour accompagner les réformes en cours. En somme, quoi qu'en dise Benkirane, le président français devra certainement méditer la phrase prêtée à Jean Cocteau : « Il n'y a pas d'amour. Il n'y a que des preuves d'amour. »

Sidi Sarkozy

Les rois du Maroc n'ont jamais coupé les ponts avec les chefs d'État battus aux élections. Nicolas Sarkozy a bénéficié, juste après sa défaite en mai 2012, de l'avion royal pour venir se reposer à Marrakech, où il avait préparé, avec ses proches et conseillers, la victoire électorale de 2007. Depuis sa défaite, il y est retourné plusieurs fois avec son épouse, Carla Bruni-Sarkozy. Il a vu le roi à plusieurs reprises, a reçu Abdelilah Benkirane, le Premier ministre, et a passé Noël 2012 au palais Antares. Il projetterait par ailleurs d'acquérir à Marrakech une villa de 1 500 m2 avec vue sur l'Atlas, piscine et spa. Mais cela n'a pas été confirmé. Ce qui est sûr, c'est que les Marocains, dans leur majorité, n'apprécient guère le côté bling-bling de l'ex-président et préféraient le couple Chirac, qui passait de discrètes vacances à Taroudant, dans le sud du pays. De plus, la politique restrictive de Sarkozy en matière de visas n'a jamais été vraiment goûtée...

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