Extension Factory Builder
27/03/2013 à 09:40
Diminuer la taille du texte Augmenter la taille du texte Imprimer Envoyer Partager cet article
Jean-Luc Mélenchon, quatrième homme de la présidentielle 2012. Jean-Luc Mélenchon, quatrième homme de la présidentielle 2012. © AFP

À peine rentré d'une tournée au Maghreb, le leader du Parti de gauche, natif de Tanger, rêve d'une vaste communauté euro-méditerranéenne. Et fustige pêle-mêle l'islamisme, le Front national et le social-libéralisme.

De retour d'une tournée dans trois pays du Maghreb, Jean-Luc Mélenchon reçoit. Dans ce petit café proche de la gare de l'Est, à Paris, le quatrième homme de l'élection présidentielle de 2012 (11,10 % des voix au premier tour) est chez lui, ou presque. En habitué, il lit Le Parisien au comptoir, commande un café et une eau gazeuse. Avec précision et clarté, il évoque sa vision d'une Euro-Méditerranée à venir. Toujours cinglant avec ses adversaires, il fustige, pêle-mêle, le Front national, les islamistes, le social-libéralisme et, de manière générale, les « bourgeois ». Ça fait beaucoup pour un seul homme ? Pas pour Jean-Luc Mélenchon, qui rentre survolté de ce voyage sur les terres de son enfance - il est né à Tanger, en 1951.

« Ça m'a fait le même effet que lorsque je vais en Amérique latine. À chaque fois que j'en reviens, je trouve mon pays tristounet. Quant à passer le Rhin, n'en parlons pas : l'Allemagne est une maison de retraite. »

Le ton est donné. L'opposant de gauche à François Hollande n'a pas dévié d'un iota de sa ligne, résumée par le titre d'un livre-programme paru en 2010 : Qu'ils s'en aillent tous ! De sa visite au Maghreb, mi-février, il conserve l'impression d'une bouffée de jeunesse. Des trois pays, c'est le Maroc, qu'il a quitté enfant, en 1962, qui lui a paru « le plus décontracté ».

Rien à voir

Oh ! certes, le pays a changé. Vite, beaucoup. Les lieux qu'il a connus jadis n'ont « plus rien à voir ». « Retrouver Tanger, ma ville, transformée en un Évry de 1 million d'habitants me fait l'effet d'un plat cuisiné qu'on vient de décongeler », commente-t-il, entre sarcasme et nostalgie. « Qu'on m'entende bien : tant mieux pour les Tangérois ! Mais est-ce vraiment mieux ? Je n'en suis pas si sûr. » D'où ses réserves sur les investissements français dans la région. « Personne, explique-t-il, ne propose de fermer l'usine Renault de Tanger, on ne peut retirer leur pain à des milliers de familles. Mais tout cela pose des problèmes auxquels il aurait fallu réfléchir avant. Renault fait du dumping social pour construire un modèle économique absurde : vendre à des chômeurs des voitures produites par des esclaves - entre guillemets, bien sûr. Ça ne marchera pas. »

Mine de rien, Mélenchon pèse ses mots et s'abstient de porter des jugements définitifs. Entre l'Europe et le Maghreb, il propose d'établir une communauté politique, comme il existe déjà une communauté humaine et économique. « Fondamentalisme religieux et fondamentalisme ethniciste sont les deux faces d'une même médaille, estime-t-il. Le FN et Ennahdha, c'est la même chose, la même frontière mentale. » En Tunisie, le coprésident du Front de gauche a donc testé sa stratégie de la confrontation, aux antipodes du front républicain prôné par certains. Il en est revenu avec une certitude solidement ancrée : il n'y a pas, d'un côté, l'extrême droite religieuse, et de l'autre, les modernistes. Cette division est « absurde ».

Terrain

Ce qui importe à ses yeux, c'est de reprendre langue avec le peuple, de se donner les moyens de la reconquête. Bref, « il faut assumer la fonction tribunitienne, comme le faisait Chokri Belaïd », le militant gauchiste tunisien assassiné en février. Aller au contact, sur le terrain... Mélenchon a beaucoup pratiqué ce sport. Notamment lors de sa campagne législative malheureuse face à Marine Le Pen, à Hénin-Beaumont (nord de la France), en juin 2012. « J'ai toujours été opposé aux alliances avec les islamistes », explique-t-il. En 1995, en Algérie, lors de l'adoption de la plateforme de Sant'Egidio, il était ainsi en complet désaccord avec son ami Hocine Aït Ahmed, le leader du Front des forces socialistes (FFS).

Il dénonce la versatilité des socialistes français. Un jour, Manuel Valls, le ministre de l'Intérieur, traite les islamistes de « fascistes ». Un autre, après l'assassinat de Chokri Belaïd, une délégation de parlementaires conduite par les anciens ministres Élisabeth Guigou et Jean Glavany demande audience à Rached Ghannouchi, le cheikh d'Ennahdha... Du chef des islamistes tunisiens, il pense que c'est un « adversaire absolu », qu'il convient de combattre politiquement, par des idées et des bulletins de vote. La visite de courtoisie faite à ce « loup qui s'avance dans la peau d'un mouton » était, à ses yeux, « une faute ».

Vraies gens

Lui, l'homme du discours du Prado, à Marseille, qui, en avril 2012, fit vibrer des milliers d'« Euro-Maghrébins », fustige le décalage entre les représentations politiques et la réalité sociale. Ce qu'il veut, c'est « mettre en place une grande et belle et généreuse machine à faire France de tout bois », face aux tenants d'une nation recroquevillée sur elle-même. À ses ennemis lepénistes, il lance : « Ce pays est à nous, nous ne partirons pas. Il est à nous tous, et pas seulement aux catholiques blonds aux yeux bleus qui fréquentent Saint-Nicolas-du-Chardonnet. » Sa France à lui, dit-il, est celle des vraies gens, alors que celle des frontistes, il en est convaincu, n'existe que dans les cimetières.

Député européen, Jean-Luc Mélenchon développe un argument qui risque de faire grincer quelques dents au parlement de Strasbourg : « Un Européen du Sud est plus proche d'un Maghrébin que d'un Letton ou d'un Slovaque. » Or la construction de l'UE s'est faite en posant la Méditerranée comme frontière. Pour construire cette communauté de destin, il juge indispensable de sortir de la « prison mémorielle ». « On ne va quand même pas demander des excuses à César pour avoir étranglé Vercingétorix ! » ironise-t-il. De quoi faire réfléchir son ancien camarade, aujourd'hui président de la République ? « Ah ! c'est un brave homme. Mais la réalité maghrébine, je ne suis pas sûr que, depuis la Corrèze, il en ait une perception très claire. » Et toc !

Abonnez-vous pour 11,25€ / mois
Tous droits de reproduction et de représentation ImprimerImprimer EnvoyerEnvoyer Partager cet articlePartager

Réagir à cet article

Maghreb & Moyen-Orient

L'analyse des boîtes noires du vol AH 5017 pourrait prendre 'plusieurs semaines'

L'analyse des boîtes noires du vol AH 5017 pourrait prendre "plusieurs semaines"

Selon Frédéric Cuvillier, secrétaire d'État français aux transports, l'analyse des boîtes noires de l'avion d'Air Algérie qui s'est écrasé jeudi dernier au Mali "[...]

Libye : l'incendie d'immenses réservoirs de carburant menace Tripoli

Un tir de roquette a provoqué dimanche l'incendie de vastes réservoirs de carburant près de Tripoli. Le gouvernement évoque une situation "très dangereuse", les pompiers ne parvenant[...]

Tunisie : Ali Laarayedh... consensuel, vraiment ?

Son passage au gouvernement n'a pas laissé que des bons souvenirs aux Tunisiens, entre échec économique et complaisance envers les salafistes. Pourtant, Ennahdha a fait d'Ali Laarayedh son[...]

Ramadan 2014 : Aïd mabrouk !

Un peu partout dans le monde, les musulmans ont commencé à fêter l’Aïd el-Fitr, la fête de la fin du mois sacré de ramadan. Si certains ont débuté les festivités[...]

Deux poids, deux mesures

Le conflit entre le Hamas et Israël a atteint un degré de violence inimaginable il y a seulement quelques semaines de cela. Un seul mot suffit à le définir : horreur. Or il n'est pas[...]

Algérie : valse de patrons à la tête du groupe pétrolier Sonatrach

Le groupe pétrolier algérien Sonatrach a un nouveau PDG, le 9e en 15 ans, signe d’une instabilité chronique à la tête du plus grand groupe africain par le chiffre d’affaires,[...]

Gaza : Obama intervient personnellement pour un cessez-le-feu avant l'Aïd el-Fitr

Les combats ont cessé à Gaza depuis dimanche soir, après une intervention personnelle de Barack Obama appelant à un cessez-le-feu. Mais l'accalmie demeure très fragile.[...]

Algérie : coup de balai à El-Mouradia

Si le mois de ramadan était jusqu'ici utilisé par Abdelaziz Bouteflika pour examiner les performances de ses ministres, cette année ce sont ses conseillers qui ont été passés au[...]

Mohamed Talbi : "L'islam est né laïc"

L'auteur tunisien de "Ma religion c'est la liberté" n'en démord pas : le Coran est porteur de modernité et de rationalité, mais son message a été altéré par[...]

Vol AH 5017 : les deux boîtes noires transférées à Paris

Les deux boîtes noires de l'avion d'Air Algérie qui s'est écrasé au Mali ont été transférées dimanche soir de Bamako à Paris, où elles doivent être[...]

Dernière Minute

Toutes les dépèches
Voir tous les dossiers