Extension Factory Builder
22/03/2013 à 15:57
Diminuer la taille du texte Augmenter la taille du texte Imprimer Envoyer Partager cet article
Jérôme Champagne, ancien secrétaire général adjoint de la Fifa. Jérôme Champagne, ancien secrétaire général adjoint de la Fifa. © AFP

Ancien secrétaire général adjoint de la Fédération internationale de football, Jérôme Champagne envisage de se porter candidat à la présidence de l'institution en 2015. Avec un programme à contre-courant.

Le journalisme sportif mène à tout. Pigiste à l'hebdomadaire France Football, Jérôme Champagne (54 ans) entreprend en 1983 une carrière de diplomate qui le mène successivement à Oman, Cuba, Los Angeles et Brasília. Conseiller diplomatique et chef du protocole du comité français d'organisation de la Coupe du monde 1998, il rejoint dans la foulée la Fifa, d'abord en tant que conseiller du président Joseph Blatter, puis secrétaire général adjoint et, pour finir, directeur des affaires internationales. Consultant depuis trois ans, il vit toujours à Zurich, multiplie les missions à l'étranger (Palestine, Kosovo, Chypre du Nord, Indonésie, RD Congo) et fut commissaire football du Festival mondial des arts nègres, à Dakar, en 2010.

Jeune Afrique : Alors, serez-vous, oui ou non, candidat ?

Jérôme Champagne : Je n'ai rien décidé, mais je n'exclus rien. L'élection est encore loin, d'autres noms circulent, je veux avant tout continuer de défendre mes idées. Quel type de football veut-on pour le XXIe siècle ? C'est ma seule interrogation.

Alors, quel football voulez-vous ?

Il n'y a que deux solutions. La première est la poursuite de la politique élitiste en cours, avec des riches de plus en plus riches et des pauvres de plus en plus pauvres. Le football africain, par exemple, a davantage d'argent qu'il y a dix ou quinze ans, mais le fossé qui le sépare du foot européen s'est creusé. Veut-on un système entièrement contrôlé par une vingtaine de clubs européens ?

La seconde solution est la mise en place d'un football différent, universel, qui s'efforce de corriger les inégalités. Qui fasse en sorte que certains continents - je pense à l'Afrique - ne soient pas seulement des pourvoyeurs de « matière première », avec des championnats locaux vidés de leurs meilleurs joueurs et concurrencés de manière inéquitable par une avalanche d'images venues d'Europe de l'Ouest. Nous avons besoin d'une autre Fifa.

Plus démocratique ?

Oui, plus démocratique, plus respectée. Une Fifa qui amplifie ses programmes de développement, comme le projet Gagner en Afrique, avec l'Afrique, dont le président Blatter m'avait chargé. Avec 70 millions de dollars, nous avons financé l'installation de pelouses artificielles dans tous les pays affiliés à la CAF, imposé que 5 % du montant d'un transfert soient reversés aux clubs formateurs, et adopté un nouveau règlement sur la binationalité, qui permet par exemple à un Franco-Sénégalais de porter le maillot du Sénégal, même s'il a joué pour la France dans les catégories de jeunes.

Tout cela montre que la Fifa est dynamique, réactive. Elle doit continuer de l'être, mais en utilisant mieux ses règlements et ses moyens de régulation. Et en faisant en sorte que le football reste universel. Est-il logique que, lors d'une phase finale de Coupe du monde, l'Europe, qui compte 53 fédérations, ait 13 qualifiés, et l'Afrique (54 fédérations), seulement 5 ?

Les insitutions du football ont besoin d'ouverture. Et d'un peu plus de démocratie.

Par ailleurs, la Fifa est une fédération de fédérations. Je défends donc l'idée qu'une majorité des sièges au comité exécutif soient réservés aux présidents de fédérations nationales, mais aussi aux représentants des joueurs et des clubs.

Faut-il un président plus fort ?

Les gens sont convaincus que le président de la Fifa est tout-puissant. Or il ne l'est pas. Il est élu, mais ne nomme pas les membres du comité exécutif, qui est contrôlé par les confédérations. Il faut à l'avenir qu'il le soit au scrutin de liste, ou par toute autre méthode qui lui assure une majorité de gouvernement.

Le mode de gouvernance en vigueur semble convenir à tout le monde...

Je n'en suis pas si sûr. Ayant passé onze ans à la Fifa, j'ai eu le temps d'en cerner les lacunes. Je préconise que le comité exécutif se concentre exclusivement sur le jeu et abandonne les questions commerciales à une structure créée à cet effet. C'est le seul moyen d'éviter les conflits d'intérêts.

Le fair-play financier instauré par Michel Platini est-il une bonne idée ?

Oui, mais elle ne prend en compte que la question des déficits, pas celle de la répartition des revenus entre les clubs européens les plus riches et les autres. Même la Commission européenne, dans un rapport récent, juge anormal que 32 clubs reçoivent près de 80 % des recettes de la Ligue des champions.

Lors de l'élection du président de la CAF, Issa Hayatou était le seul candidat...

Un amendement a été adopté en septembre 2012 qui restreint l'accès à la présidence aux membres, actuels ou anciens, du comité exécutif. Il s'agit d'éviter que des aventuriers - ce qui, bien sûr, n'est pas le cas de Jacques Anouma [le candidat évincé, NDLR] - puissent y postuler. Quand on voit que des politiques, des fonds privés, des fonds de pension et même des mafias tentent de s'emparer du football, mieux vaut prendre ses précautions. Reste que les institutions du football ont besoin d'ouverture et d'un peu plus de démocratie.

L'attribution de la Coupe du monde 2022 au Qatar suscite des interrogations...

Attendons les résultats de l'enquête de la commission d'éthique. La Coupe du monde, qui est le plus grand événement sportif mondial, se doit d'être irréprochable. S'il s'est passé quelque chose qui contrevienne aux règles éthiques, on doit le savoir et en tirer les conséquences. S'il ne s'est rien passé, on doit le savoir aussi !

Comment se déroule votre coopération avec les Congolais du TP Mazembe ?

J'ai un rôle de conseiller pour les affaires internationales, surtout le développement de la coopération avec d'autres clubs, en Europe ou en Amérique du Sud. LE TPM est la négation du préjugé selon lequel le foot africain n'a pas d'avenir. Il a son stade, son académie... Moïse Katumbi, son président, a beaucoup d'argent, mais aussi une vision du football. C'est la condition pour que les succès du club soient durables. 

________

Propos recueillis à Zurich par Alexis Billebault

Abonnez-vous pour 11,25€ / mois
Tous droits de reproduction et de représentation ImprimerImprimer EnvoyerEnvoyer Partager cet articlePartager

Réagir à cet article

International

RDC : le docteur Mukwege lauréat du prix Sakharov du Parlement européen

RDC : le docteur Mukwege lauréat du prix Sakharov du Parlement européen

Le docteur congolais Denis Mukwege s'est vu décerner mardi le Prix Sakharov 2014 pour son travail auprès des femmes victimes de violences sexuelles dans les conflits armés de l'est de la RDC.[...]

La course pour la direction du Bureau Afrique de l'OMS est lancée...

Qui, début novembre, succédera à l'Angolais Luís Gomes Sambo à la tête du bureau Afrique de l'Organisation mondiale de la santé (OMS) ?[...]

Cinéma : "Bande de filles", quatre ado dans le vent

Porté par des actrices non professionnelles, le film de Céline Sciamma "Bande de filles" pose un regard plein de fraîcheur sur les banlieues françaises.[...]

France : Christophe de Margerie l'Africain

Surnommé "Big moustache", le dirigeant de Total Christophe Margerie, mort dans le crash de son jet à l'aéroport de Moscou, a su faire fructifier l'héritage africain du groupe français.[...]

"Les Nègres" : farce noire de Jean Genet à l'Odéon

Le metteur en scène américain Robert Wilson créé la pièce de Jean Genet "Les Nègres" au théâtre parisien l'Odéon. Une oeuvre qui parle de racisme, de[...]

Christophe de Margerie, PDG de Total, meurt dans un accident d'avion en Russie

Christophe de Margerie, 63 ans, patron du groupe pétrolier français Total, est décédé dans la nuit de lundi à mardi en Russie dans le crash d'un avion privé à[...]

Ebola : l'UE va débloquer 500 millions d'euros pour "endiguer" l'épidémie en Afrique

L'Union européenne a annoncé lundi son engagement à débloquer 500 millions d'euros d'aide pour "endiguer" Ebola dans les pays africains touchés.[...]

L'OIF aux Africains !

Moins de six semaines nous séparent de l'élection du nouveau secrétaire général de l'Organisation internationale de la francophonie (OIF). Les 57 chefs d'État ou de gouvernement[...]

Terrorisme : les autorités françaises ont-elles encore commis une bourde ?

Après l'affaire des trois présumés jihadistes français de retour de Turquie attendus par la police à l'aéroport d'Orly et finalement descendus sans être[...]

Vatican : le débat continue sur le divorce et l'homosexualité avec le pape François

Le synode de la famille s'est achevé dimanche au Vatican. Deux semaines de travaux à huis clos pendant lesquelles les évêques ont largement évoqué les thèmes du divorce et de[...]

Dernière Minute

Toutes les dépèches
Voir tous les dossiers