Extension Factory Builder
28/03/2013 à 18:24
Diminuer la taille du texte Augmenter la taille du texte Imprimer Envoyer Partager cet article
Youssef Amrani est un technocrate, membre de l'Istiqlal. Youssef Amrani est un technocrate, membre de l'Istiqlal. © Hassan Ouazzani/J.A

Diplomate expérimenté, le ministre marocain délégué aux Affaires étrangères joue un rôle de premier plan dans les dossiers de l'heure, notamment la guerre au Mali.

Depuis janvier 2012, le ministre marocain délégué aux Affaires étrangères joue le rôle de vigie de la diplomatie marocaine. À 59 ans, Youssef Amrani fait la paire avec l'islamiste Saadeddine El Othmani, au profil plus partisan. Né à Tanger, cet homme de dossiers a longtemps cultivé un attachement au monde hispanophone. De 1992 à 1996, il a été consul général à Barcelone, puis ambassadeur en Colombie, au Chili et au Mexique. Directeur des relations bilatérales (2003), il est promu secrétaire général du ministère (2008), puis de l'Union pour la Méditerranée (2011), de nouveau à Barcelone. Ce technocrate (encarté à l'Istiqlal) occupe donc un rôle de premier plan dans tous les dossiers de l'heure (Mali, Sahara), au moment où le royaume boucle sa deuxième année au Conseil de sécurité de l'ONU.

Jeune Afrique : Jusqu'où ira l'engagement du Maroc dans le dossier malien ?

Youssef Amrani : Le Maroc a été parmi les premiers pays à accourir au chevet du Mali. Nous n'avons pas de frontière commune. Ça tombe bien, la solidarité, non plus, n'a pas de frontières ! Nous nous sentons profondément solidaires de ce pays frère et de son peuple. Nous agissons en conséquence. Dès le début, nous nous sommes préoccupés de la dimension humaine et humanitaire du conflit. Nous restons très attentifs à cela, et nous savons que beaucoup reste à faire pour un retour à la paix et à la stabilité. Du reste, ce sont les autorités de transition, la Commission nationale de dialogue et de réconciliation et - une fois l'ordre constitutionnel rétabli - le gouvernement du Mali qui devront mener à bon port la barque de la normalisation démocratique et de la restauration de l'effectivité de l'État. Sur le plan diplomatique, le Maroc continuera de placer la situation au Mali parmi ses priorités : il appuiera la voix du Mali au Conseil de sécurité et partout ailleurs, notamment pour défendre sa souveraineté et son intégrité territoriale.

Peut-il y avoir, sur ce dossier, une coordination avec l'Algérie, en dépit des divergences d'approche ?

Les divergences d'approche ne sont pas une fatalité. Les approches sont faites pour évoluer. Ce qui est une fatalité, en revanche, c'est que la somme des actions unilatérales de deux pays sera toujours inférieure à l'efficacité de leur action concertée. Appliqué à la situation sécuritaire dans notre région, ce constat donne la mesure du risque que l'exclusivisme fait courir à la région. Le moins que l'on puisse dire, c'est que nous pouvons faire mieux. Nous en avons les moyens et la capacité. La coopération entre le Maroc et l'Algérie ne doit plus rester le talon d'Achille de la sécurité régionale. Il nous appartient donc de travailler pour plus de coopération et de coordination, dans un esprit de confiance mutuelle.

Pendant que l'Union du Maghreb arabe (UMA) est inexistante, le Maroc multiplie les contacts avec d'autres organisations régionales...

Le discours adressé par Sa Majesté le roi Mohammed VI aux chefs d'État et de gouvernement de la Communauté économique des États de l'Afrique de l'Ouest [Cedeao] a rappelé l'importance stratégique que le royaume accorde à ses relations avec l'Afrique de l'Ouest, sa solidarité agissante et sa volonté d'oeuvrer pour la paix et la stabilité dans cette région. Aujourd'hui, le royaume estime que seule une véritable coopération régionale permettra de répondre aux défis interconnectés dans la région. Le Maroc soutient l'action courageuse déployée par la Cedeao dans la gestion de la crise malienne. Simultanément, le Maroc a assumé pleinement ses responsabilités en refondant, avec ses pairs, la Communauté des États sahélo-sahariens [Cen-Sad] lors d'une réunion extraordinaire à Rabat, en juin 2012. Un dernier mot : le prochain sommet de la Cen-Sad aura lieu chez nous.

Quels sont les effets de l'actualité au Sahel sur le dossier du Sahara occidental ?

Le Maroc s'efforce depuis des années de mettre en garde la communauté internationale contre les risques pesant sur la stabilité et la sécurité de la région du Sahel et du Sahara. Le Mali vient d'en connaître les manifestations les plus brutales. Cette crise douloureuse a également mis en évidence la collusion manifeste entre des groupes aux visées terroristes et séparatistes. Ne nous trompons pas, l'objectif premier de ces groupes était et demeure le démembrement d'un État africain, pour, in fine, déstabiliser l'ensemble de la région. Ils ont tenté de tirer profit de la faiblesse de la coopération régionale. Aujourd'hui, un consensus émerge au niveau international sur la nécessité de favoriser toutes les initiatives politiques d'intégration, afin d'assurer l'homogénéité et les complémentarités évidentes de ces régions. C'est dans cet esprit que s'inscrit l'initiative marocaine d'autonomie.

Comment abordez-vous la reconduction, attendue en avril, du mandat de la Mission des Nations unies pour l'organisation d'un référendum au Sahara occidental (Minurso) ?

Avec sérénité, bien sûr, d'autant que l'échéance d'avril 2013 intervient à un moment où le Maroc continue à honorer ses engagements pour parvenir à une solution politique réaliste et définitive. Ce différend régional n'a que trop duré. Dans tous les cas, le Maroc réitère son engagement et sa détermination à oeuvrer, de bonne foi, pour atteindre cet objectif. De même et à la lumière des derniers développements dans la région, notamment sur le plan sécuritaire, le Maroc demeure convaincu de l'urgence d'avancer vers une solution de compromis. Enfin, nous demandons la mise en oeuvre des dispositions des résolutions pertinentes du Conseil de sécurité, y compris celles relatives au recensement des populations des camps de Tindouf dans la mesure où cette opération, une fois réalisée, permettra de répondre au double besoin de protection et de sécurité de ces populations.

_________

Propos recueillis par Youssef Aït Akdim

Abonnez-vous pour 11,25€ / mois
Tous droits de reproduction et de représentation ImprimerImprimer EnvoyerEnvoyer Partager cet articlePartager

Réagir à cet article

Maroc

Maroc : 15 ans de règne pour Mohammed VI, qui regrette des 'disparités sociales'

Maroc : 15 ans de règne pour Mohammed VI, qui regrette des "disparités sociales"

Le roi du Maroc Mohammed VI a fêté mercredi ses 15 ans de règne. Dans son discours, il a appelé à une "pause introspective" et a commandé une étude au Conseil économ[...]

Wikipédia : le classement des chefs d'État africains les plus populaires

Créé en 2001, Wikipédia s'est imposée depuis comme l'encyclopédie numérique la plus consultée au monde. Participative, elle rassemble des informations collectées par les[...]

Le FMI accorde au Maroc une nouvelle "ligne de précaution" de 5 milliards de dollars

Le Fonds monétaire international (FMI) a renouvelé la ligne de protection ouverte en faveur du Maroc. Valable sur deux ans, ce mécanisme permet au pays de se financer à hauteur de 5 milliards de dollars[...]

Maroc : gnaoua, le blues à l'âme

Menacée de disparaître, la tradition musicale des descendants d'anciens esclaves subsahariens revit grâce au festival d'Essaouira. Mais les maalem doivent aujourd'hui relever un nouveau défi :[...]

Maghreb : sur les routes du jihad pour la Syrie ou l'Irak

Ils sont des milliers à partir depuis Rabat, Tunis, Alger ou Tripoli pour rejoindre la Syrie ou l'Irak. Qui sont-ils ? Pourquoi partent-ils ? Quelles routes empruntent-ils ? "Jeune Afrique" a [...]

Ramadan 2014 : Aïd mabrouk !

Un peu partout dans le monde, les musulmans ont commencé à fêter l’Aïd el-Fitr, la fête de la fin du mois sacré de ramadan. Si certains ont débuté les festivités[...]

Mohamed Talbi : "L'islam est né laïc"

L'auteur tunisien de "Ma religion c'est la liberté" n'en démord pas : le Coran est porteur de modernité et de rationalité, mais son message a été altéré par[...]

Maroc - Prix Draper : Rachid Yazami, "Monsieur 100 000 Volts"

Le chimiste Rachid Yazami a inventé les batteries au lithium qui font vivre nos téléphones. Il est le premier lauréat français, mais aussi africain, du prestigieux prix Draper.[...]

Maroc : un millier de migrants clandestins tentent en vain de passer la frontière à Melilla

Mercredi, un millier de migrants en provenance d'Afrique subsaharienne ont tenté de pénétrer dans l'enclave espagnole de Melilla au Maroc, ont annoncé les autorités locales. Leur tentative a[...]

Maroc : mort de Hassan II, la nuit du destin

À l'occasion des quinze ans de la mort de Hassan II, Jeune Afrique réedite quelques articles d'époque. Dans celui-ci, paru dans JA n° 2012 du 30 juillet au 9 août 1999, François Soudan[...]

Dernière Minute

Toutes les dépèches
Voir tous les dossiers