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20/02/2013 à 09:10
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Rachida Dati, ancienne ministre de la Justice. Rachida Dati, ancienne ministre de la Justice. © DR

Les élections municipales auront lieu dans un peu plus de un an. À Paris, les hostilités sont à peine engagées mais, déjà, une guerre des dames se profile.

Un jeune conseiller de l'Union pour un mouvement populaire (UMP) de Paris, Pierre-Yves Bournazel, a trouvé la bonne formule pour la plus emblématique des élections municipales de mars 2014 : l'élection du maire de Paris, triomphalement inaugurée le 20 mars 1977 par Jacques Chirac, puis constamment remportée par la gauche depuis la victoire de Bertrand Delanoë, en mars 2001. « Ce sera une élection temps plein, pas tremplin », prédit Bournazel, qui pourrait y concourir lui-même pour l'exemple. Le jeu de mots est facile, mais le slogan risque d'être assassin.

Candidate favorite de la gauche, Anne Hidalgo s'est empressée de le reprendre à son compte, l'enrichissant au passage d'un autre emprunt explosif à la droite : « L'élection municipale de Paris ne doit pas être volée pour d'autres ambitions. » Volée ? C'est l'accusation lancée par François Fillon contre Jean-François Copé à l'aube de la nuit des longs couteaux, où son rival s'était autoproclamé vainqueur de la primaire pour la présidence de l'UMP. Dans ce procès anticipé de toute candidature qui prétendrait se servir de Paris plutôt que de servir les Parisiens, les socialistes reçoivent même l'appui des centristes de Jean-Louis Borloo : « Les électeurs ne supportent plus le tourisme électoral. »

Défaites

Est-ce la fin de la flamboyante référence chiraquienne, dont les gaullistes avaient fait une doctrine en deux articles ?

1. La droite ne peut gagner à Paris que si elle présente une personnalité de haute notoriété et de stature étatique.

2. Son candidat doit avoir pour mission de consolider à l'Hôtel de Ville ses chances de conquérir l'Élysée pour son camp.

Sauf qu'après Chirac, rappelle Borloo, la droite a subi les défaites successives de Philippe Séguin et de Françoise de Panafieu. Et que Chirac lui-même, fidèle à sa chère Corrèze, n'aurait jamais envisagé de faire carrière à Paris si « la moutarde ne lui était montée au nez », comme il l'a raconté, lorsqu'il entendit à la télé Michel d'Ornano annoncer sa candidature après un entretien avec Valéry Giscard d'Estaing : « Devant cette insolence qui visait à éliminer les élus gaullistes de l'Hôtel de Ville, j'ai décidé de me battre avec les miens. » Habitué à parcourir la politique au galop, il réussit en moins d'un semestre l'exploit de démissionner de Matignon, en août ; de se faire élire président du nouveau Rassemblement pour la République (RPR), en décembre ; puis maire de Paris, en mars.

Fillon peut-il rééditer aujourd'hui pareille performance ? Il a longtemps bénéficié d'atouts comparables : le quasi-plébiscite des sondages ; le bon souvenir qu'une majorité de Français garde de son action à la tête du gouvernement ; la double particularité, surtout, d'une élection parisienne à la fois très personnalisée, où l'image et la dimension jouent un rôle prépondérant, et très politisée, où la dégradation économique et sociale devrait aggraver les risques d'un vote sanction. Comme en 1983, où la gauche perdit trente et une villes de plus de 30 000 habitants dans le grand virage de la rigueur.

Réflexion

Seulement voilà, Fillon a trébuché sur la deuxième marche : la direction du parti. La crise interne de l'UMP a tout changé. On comprend que l'ancien Premier ministre ait demandé un long délai de réflexion avant de se prononcer. Paraphrasant à rebours la confidence de Hollande à Bamako sur « le plus beau jour de sa vie politique », on imagine qu'il traverse aujourd'hui l'épreuve la plus difficile de sa carrière. Rares sont ceux à l'UMP qui, tel Brice Hortefeux, continuent de voir en lui « le candidat légitime et naturel » de la droite à l'Hôtel de Ville. La plupart lui conseillent la plus grande prudence face à un pari où il aurait tout à perdre dans le naufrage de ses espérances élyséennes, et relativement peu à gagner en comparaison, malgré le prestige, l'influence et les immenses moyens matériels de la mairie de Paris avec ses 50 000 fonctionnaires et ses 8 milliards de budget annuel. Évincé de la présidence de l'UMP, qu'il devait remporter haut la main pour devenir le chef de l'opposition, Fillon ne se relèverait sans doute pas d'un deuxième échec.

C'est pourquoi on s'attend à ce qu'il annonce son retrait lors de son meeting de rentrée, le 26 février. « C'est la rumeur qui court, convient Nathalie Kosciusko-Morizet. Mais il faudrait qu'il le dise clairement. » Ancienne ministre du Développement durable et porte-parole de la campagne présidentielle de Nicolas Sarkozy, elle serait la mieux placée, d'après les sondages, pour remplacer François Fillon. Mais elle refuse, malgré les pressions médiatiques, de se déclarer, se bornant à affirmer que la reconduction de la gauche « n'est pas une fatalité ». Cette battante est aussi une patiente qui a appris avec l'écologie que tout finit par se recycler.

Dauphine

À gauche, la situation est plus claire et les choix sont plus simples, un peu trop même, au point que le principal problème d'Anne Hidalgo, adoubée dès 2005 par Bertrand Delanoë, sera de ne pas apparaître comme une candidate officielle imposée par le fait du prince. Ne l'appelle-t-on pas « la dauphine » à tous les étages de l'Hôtel de Ville et dans tous les médias, au vif agacement de monsieur le maire, qui trouve l'appellation « complètement débile ». Et conseille à l'occasion, sans convaincre : « Ne m'enterrez pas trop vite. »

Son principal contestataire, le maire adjoint Jean-Marie Le Guen, s'insurge contre un arrangement amiable qui renie les traditions de la gauche sans exclure pour autant un effet boomerang comme celui qui fut fatal à Ségolène Royal aux dernières législatives. Mais il hésite manifestement à se présenter contre elle à la primaire envisagée pour l'automne. Loin encore de l'arrivée, Hidalgo est donc bien partie et peut se targuer, preuves à l'appui, de l'exclusivité de sa « passion pour Paris ». Alors que certains l'auraient bien vue à la tête du Parti socialiste (PS) après le départ de Martine Aubry, elle s'est tenue à l'écart de la compétition, puis a obstinément refusé le portefeuille ministériel que François Hollande, après Jean-Marc Ayrault, lui a proposé lorsqu'il lui a remis la Légion d'honneur, en septembre 2012. Une partie de son site web s'appelle « Oser Paris », et son livre, dont la sortie est prévue au printemps, aura pour titre Ma bataille de Paris. Jusqu'à la fin, elle se comportera comme la candidate exemplaire du Paris à temps plein.

Une femme à la tête de la capitale la plus visitée au monde, cela serait une première véritablement « historique ». Une bataille de dames pour la conquérir, également jeunes, ambitieuses, compétentes et combatives, « ça aurait de la gueule », s'exclame Rachida Dati. Une connaisseuse qui a déjà réservé sa place sur la photo !

Elle va être servie puisque, le 14 février, Nathalie Kosciusko-Morizet a fini par déclarer sa candidature.

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