Extension Factory Builder
15/02/2013 à 12:27
Diminuer la taille du texte Augmenter la taille du texte Imprimer Envoyer Partager cet article
Mouna Ndiaye (à g.) et Yolande Sanon dans Super Flics. Mouna Ndiaye (à g.) et Yolande Sanon dans Super Flics. © D.R.

Très populaires auprès des téléspectateurs de la sous-région, les sitcoms burkinabè peinent pourtant à être rentables.

Elles ont conquis le petit écran et le coeur des téléspectateurs burkinabè. En une décennie, les séries « made in Faso » sont devenues omniprésentes dans la grille de programmes de la télévision nationale (RTB), mettant fin au règne des telenovelas. Au-delà d'une consommation locale, elles s'inscrivent dans le paysage audiovisuel de la sous-région. Et au-delà, grâce à TV5, qui diffuse actuellement jusqu'à six d'entre elles.

C'est à partir de l'an 2000 qu'est élaborée la recette désormais éprouvée du succès. Au fil de leurs péripéties, des personnages placés dans des situations comiques gagnent l'affection du public. Proche de la réalité, les épisodes se déroulent dans les quartiers populaires de Ouagadougou (Kadi Jolie) ou de Bobo-Dioulasso (Au royaume d'Abou, Les Bobodioufs). Depuis, les protagonistes de ces sitcoms et leurs répliques sont devenus cultes d'Abidjan à Libreville. Mais surtout, ce succès populaire a galvanisé un secteur balbutiant, si bien que plus d'une quinzaine de séries ont suivi, avec en moyenne deux nouvelles productions chaque année.

« Ce qui explique ce boom, c'est que les Africains, comme tous les peuples, ont besoin d'avoir des héros à leur image », analyse Toussaint Tiendrébéogo, pionnier du genre au Burkina Faso, aujourd'hui spécialiste des politiques et industries culturelles à l'Organisation internationale de la francophonie (OIF). En 1998, alors producteur, il convainc Dani Kouyaté de réaliser À nous la vie, la toute première série burkinabè « en réaction à Hélène et les garçons », admet-il en riant. La sitcom qui raconte le quotidien d'une bande d'étudiants de diverses nationalités africaines reçoit en 1999 un prix au Festival panafricain du cinéma et de la télévision de Ouagadougou (Fespaco) et ouvre la voie à ce qui deviendra un véritable phénomène de société.

Passion

Un chemin que ne tarderont pas à emprunter une dizaine d'opérateurs favorisés par l'avènement progressif du numérique. Accessible, la nouvelle technologie permet une réduction de 30 % à 40 % des coûts de production, ramenés à 5 millions de F CFA (7 600 euros) par épisode. « Quand on est autonome sur le plan logistique, il ne reste plus qu'à trouver l'argent pour gérer les comédiens », explique Aminata Diallo-Glez, alias Kadi Jolie, le sobriquet affectueux que lui donnent ses compatriotes depuis la série éponyme qui l'a révélée, en 1999. Passée derrière la caméra, elle a créé sa propre structure, Jovial' Productions. Super Flics, sa série policière lancée en 2008, est diffusée sur TV5 et le sera dans les 26 pays d'Afrique du réseau de Canal France International (CFI), à partir de mars.

Mais après une seconde saison, l'actrice-productrice envisage de jeter l'éponge, comme nombre de ses confrères. La cause, les difficultés grandissantes de rentabilité. « Nous finissons toujours chaque tournage avec des problèmes de découvert bancaire, mais nous continuons par passion », soupire-t-elle pour évoquer le maintien fragile de l'activité.

Déficit

« Un producteur peut se retrouver avec 15 000 à 40 000 euros de déficit », constate Adama Roamba, qui vient de terminer la saison 3 de Célibatorium, du nom de ces habitations individuelles, « entrer-coucher », réunies dans une même cour. Et même si la demande des fans est au rendez-vous, il jure que cette livraison achevée dans la douleur sera la dernière. Ces dernières années, il a vu se tarir les guichets traditionnels de financement (OIF, Union européenne et ministère des Affaires étrangères français), inadaptés à un volume grandissant. Les subventions, qui avoisinaient les 60 000 euros, ont diminué de moitié ou des deux tiers. Dans le même temps, les télévisions nationales et les partenaires privés locaux n'ont pas vraiment pallié le manque à gagner. « Ils accordent tout au plus 1 million de francs CFA chacun, regrette le réalisateur. Je crains que nous ne soyons en train de sortir de l'âge d'or des productions télévisuelles. »

Illusion d'une période bénie, selon Toussaint Tiendrébéogo, pour qui ce dynamisme a toujours été en trompe-l'oeil : « Les opérateurs ne restent pas longtemps. Les nouveaux entrants produisent des efforts pendant un temps, puis s'essoufflent, et d'autres leur succèdent. Voilà ce que cache la constance de la production. » 

Abonnez-vous pour 11,25€ / mois
Tous droits de reproduction et de représentation ImprimerImprimer EnvoyerEnvoyer Partager cet articlePartager

0 réaction(s)

Réagir à cet article

Burkina Faso

Mali : IBK ne veut plus de la médiation du Burkinabè Compaoré

Mali : IBK ne veut plus de la médiation du Burkinabè Compaoré

Le président malien Ibrahim Boubacar Keïta soupçonne Blaise Compaoré de vouloir réintroduire dans le jeu Iyad Ag Ghaly, le chef d'Ansar Eddine.[...]

Mali : les groupes armés du Nord veulent faire front commun face au gouvernement

Les six principaux groupes armés du Nord du Mali ont signé jeudi à Ouagadougou une déclaration commune censée mettre fin à leurs divisions. Ils entendent ainsi présenter un front[...]

Trafic de bébés : la fuite de Hama Amadou au Burkina divise le Niger

Acharnement de l'État à son encontre pour les uns, comportement indigne pour les autres : au Niger, la fuite burkinabè du président de l'Assemblée nationale, opposant numéro un[...]

Ballaké, l'une des grandes voix d'Afrique s'est éteinte

Le chanteur Burkinabè Ballaké s'est éteint. Florent Mazzoleni rend hommage cet artiste qui comptait parmi les dernières grandes voix africaines.[...]

Mali : les groupes armés du nord peaufinent leurs revendications à Ouagadougou

Les principaux mouvements armés du Nord du Mali sont réunis depuis mardi à Ouagadougou. Objectif : harmoniser leur plateforme de revendications avant un second round de négociations décisif avec[...]

Éthiopie : Hiroute Guebre Sellassie, une diplomate tout-terrain pour le Sahel

De Nouakchott à Niamey, le nouvel envoyé spécial de l'ONU se démène pour mobiliser chefs d'État et partenaires internationaux. Son nom ? Hiroute Guebre Sellassie.[...]

Au Burkina, les étudiants font de la résistance contre Blaise Compaoré

Pour beaucoup d'étudiants, pas question de laisser Blaise Compaoré briguer un cinquième mandat en 2015. Reportage sur le campus de Ouagadougou, potentielle bombe à retardement.[...]

Afrique subsaharienne : ces étonnants banquiers qui aiment le risque

D'un bout à l'autre du continent, des banques rivalisent d'ingéniosité pour offrir aux Africains des services financiers adaptés à leurs besoins.[...]

Burkina Faso : manifestation d'ampleur contre un potentiel référendum

Des dizaines de milliers de personnes ont marché samedi matin à Ouagadougou, renforçant l'opposition burkinabè dans son combat contre un éventuel référendum constitutionnel, qui[...]

Newton Ahmed Barry, journaliste burkinabè : "Je crains pour ma vie"

Les tensions politiques au Burkina Faso se traduisent par une insécurité de plus en plus grande pour les journalistes. Newton Ahmed Barry, le rédacteur en chef du bimensuel[...]

Dernière Minute

Toutes les dépèches
Voir tous les dossiers

Jeune Afrique Emploi

Toutes les annonces
Buy VentolinBuy Antabuse Buy ZithromaxBuy Valtrex