Extension Factory Builder
15/02/2013 à 12:57
Diminuer la taille du texte Augmenter la taille du texte Imprimer Envoyer Partager cet article
Ramsès Damarifa revendique un répertoire engagé. Ramsès Damarifa revendique un répertoire engagé. © DR

Figure emblématique du hip-hop malien, Ramsès Damarifa, le leader de Tata Pound se met en scène dans un portrait musical où il apparaît comme un formidable acteur.

Sa voix puissante envahit l'espace. Ramsès Damarifa apparaît au milieu des spectateurs, sur un rap décoiffant, « Vert, jaune, rouge », à la gloire du drapeau malien. Il vient d'interrompre Soumaoro, qui racontait l'histoire du roi forgeron, dont ils sont tous deux des descendants. Mis en scène par François Ha Van, Plus fort que mon père met en lumière les liens profonds et parfois conflictuels qui se nouent entre l'histoire ancienne du Mali et les aspirations des jeunes chanteurs d'aujourd'hui. Les protagonistes défendent chacun son point de vue sur ce que doit être une mélodie, quels instruments utiliser... puis finissent par s'accorder et créer une chanson en duo, entre tradition et modernité. Initiée par Jean-Louis Sagot-Duvauroux, cofondateur de la troupe franco-malienne BlonBa, cette pièce est aussi et avant tout la biographie musicale de Ramsès Damarifa. À 36 ans, cette figure du hip-hop malien se produit dans les stades et rassemble en moyenne 25 000 spectateurs à chaque concert. À son compteur, six albums avec son groupe Tata Pound, un en solo et un deuxième en préparation.

Sur scène, sa vie est à peine romancée, et l'on découvre comment Sidy Soumaoro - son vrai nom - s'est inspiré de la musique de son père, Idrissa Soumaoro, chanteur à succès, compagnon de route de Salif Keita et de Mory Kanté et par ailleurs professeur de chant d'Amadou et Mariam. S'il enflamme aujourd'hui Bamako de son rap singulier, Ramsès Damarifa revendique des influences américaines (Tupac Shakur, B.G. [Baby Gangsta]...), jamaïcaine (Bob Marley) ou française (I Am). Euphorique à ses débuts, en 1996, cet originaire de Ouéléssébougou (à environ 80 km de Bamako) a longtemps imité ses idoles avant de créer un style plus personnel, où les instruments traditionnels habillent judicieusement ses textes en bambara ou en mandingue, donnant à son rap une coloration africaine. « J'ai atteint son but, se vante-t-il. Ce genre musical n'a d'intérêt que s'il est engagé, s'il incite à un changement de mentalité et surtout s'il parle au plus grand nombre. »

Dans le premier album des Tata Pound, en 2000, le rappeur exhortait les politiques à s'unir, malgré leurs différends, pour éviter au pays de sombrer dans le chaos.

Ramsès (un clin d'oeil au groupe I Am, dont les membres ont des pseudonymes empruntés à l'Égypte ancienne) se souvient que le succès s'est invité dès le premier album de Tata Pound, enregistré à Dakar en 2000, grâce au titre « Confrontation ». Le rappeur y exhortait les politiques à s'unir, malgré leurs différends, pour éviter au pays de sombrer dans le chaos. Sa plus grande réussite ? « Être parvenu à fédérer plusieurs générations autour de chansons souvent interdites de diffusion sur les antennes publiques », assure-t-il. Les textes de Ramsès disent la fierté et rappellent au peuple malien son histoire ; ils épinglent les faux patriotes coupables de détournements de deniers publics, rendent hommage à ceux qui quittent leur pays à bord d'embarcations de fortune et y reviennent en avion pour construire des hôpitaux. En ces périodes de troubles, ils revêtent un accent particulier. Le rappeur se dit honoré que « Vert, jaune, rouge » soit l'un des titres les plus écoutés au Mali depuis la visite de François Hollande à Bamako.

Un look sage

Loin de lui pourtant le désir de faire sien le vocabulaire guerrier de certains de ses homologues. Il n'a d'ailleurs rien de l'image caricaturale que l'on peut se faire des rappeurs. Pas torturé pour un sou, ce diplômé de l'enseignement supérieur - comme les deux autres membres de Tata Pound (Dixon et Djo Dama) - décrit une enfance studieuse, dans une fratrie de neuf enfants. En jeans et baskets, imposant par son 1,94 m, il affiche un look plutôt sage, sans tatouages ni autre fioriture. De la panoplie bling-bling, ce célibataire, père d'une petite fille de 6 ans, ne retient que les chaînes extravagantes dont il se pare pour les besoins du spectacle.

Après le succès de la comédie Bama Saba (avec Lassy King Massassy et Amkoullel) en 2010, récemment diffusée sur TV5, et la tournée actuelle de Plus fort que mon père, Ramsès Damarifa avoue envisager de persévérer dans cette voie et de devenir un acteur accompli, menant de front les deux carrières. Il est d'ailleurs l'un des principaux acteurs de la dernière création théâtrale de BlonBa, Dieu ne dort pas, créée à Bamako en 2012 et qui sera jouée à Paris en mai.

Abonnez-vous pour 11,25€ / mois
Tous droits de reproduction et de représentation ImprimerImprimer EnvoyerEnvoyer Partager cet articlePartager

Réagir à cet article

Mali

Affaire Kadhafi - Sarkozy : les propos de Bany Kanté contredits par Dupuydauby

Affaire Kadhafi - Sarkozy : les propos de Bany Kanté contredits par Dupuydauby

Soupçonné d'être impliqué dans le financement présumé de la campagne électorale de Nicolas Sarkozy par Mouammar Kadhafi en 2007, Cheick Amadou Bany Kanté a démenti merc[...]

Affaire Kadhafi - Sarkozy : le Malien Bany Kanté nie avoir joué un rôle de "porteur de valise"

Soupçonné par la justice française d'être impliqué dans le financement présumé de la campagne électorale de Nicolas Sarkozy par Mouammar Kadhafi en 2007, le Malien Cheick[...]

Exclusif - Financement présumé de Sarkozy par Kadhafi : demande d'entraide judiciaire de la France au Mali

Rebondissement dans l'enquête sur le financement présumé de la campagne présidentielle de Nicolas Sarkozy par Mouammar Kadhafi en 2007. Soupçonnant certains hommes d'affaires maliens d'être[...]

Mali - OIF : Dioncounda Traoré, le lièvre de Bamako

Après des mois d'hésitations, l'ancien chef de l'État malien se lance enfin dans la course pour succéder à Abdou Diouf à la tête de l'OIF. Le soutien du président IBK[...]

Nord du Mali : deux soldats burkinabè tués, quatre blessés dans un attentat suicide

Deux soldats burkinabè de la force de l'ONU au Mali ont été tués samedi et quatre blessés dans un attentat-suicide à Ber, dans le nord du Mali, a-t-on appris de source sécuritaire[...]

Mali : les négociations de paix d'Alger reportées au 1er septembre

Après une première phase préparatoire en juillet, les pourparlers entre le gouvernement malien et les groupes armés vont reprendre le 1er septembre à Alger et non plus le 17 août comme[...]

Mali : trois jihadistes, dont un proche de l'émir d'Aqmi au Sahel, arrêtés par l'armée française

Trois présumés jihadistes, dont un proche de Djamel Okacha, ont été arrêtés par l'armée française le 10 août près de Tombouctou.[...]

Mali : Karim Keïta, ascenseur pour un novice

Le fils du président malien, Karim Keïta, déjà président de la Commission de la Défense de l'Assemblée, multiplie les interventions à l'étranger. Une manière de[...]

Mali - Yero Ould Daha : "Le Mujao nous protégeait du MNLA"

Yero Ould Daha, ancien cadre du Mujao à Gao, a rejoint le Mouvement arabe de l'Azawad (MAA), groupe armé opposé au MNLA qui participe aux négociations d'Alger en vue d'un accord de paix.[...]

Le Mali relâche un ex-responsable jihadiste arrêté par les militaires français

Un ancien responsable du Mujao, un groupe islamiste armé, arrêté la semaine dernière à Gao, dans le nord du Mali, par les militaires français de l'opération Barkhane, a[...]

Dernière Minute

Toutes les dépèches
Voir tous les dossiers