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25/02/2013 à 07:03
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Patrouille des FRCI, début août 2012 à Bingerville, près d'Abidjan. Patrouille des FRCI, début août 2012 à Bingerville, près d'Abidjan. © AFP

Comment faire d'unités hétérogènes et insubordonnées un corps organisé au service de la République ? Orchestrée par le chef de l'État, la réforme de l'armée est cruciale. Et prendra du temps.

Depuis mai 2012, le président ivoirien s'est octroyé le portefeuille de la Défense, secondé par un ministre délégué, Paul Koffi Koffi. À l'origine de cette décision, la volonté de mettre fin à la zizanie dans les rangs de la Grande Muette en prenant à bras-le-corps l'indispensable réforme de l'armée. Confronté à la crise postélectorale, Alassane Ouattara a été porté au pouvoir par les Forces républicaines de Côte d'Ivoire (FRCI), un rassemblement de groupes armés essentiellement issus de l'ex-rébellion et de quelques ralliés de l'armée fidèle à Laurent Gbagbo.

Créées en mars 2011, les FRCI ont absorbé, une fois la victoire acquise, le gros des troupes loyalistes de l'armée de terre, de l'air, de la marine et de la gendarmerie. Hétérogènes, elles comptent aujourd'hui quelque 40 000 hommes (dont 16 000 gendarmes). « Nous avons en réalité deux armées, explique un membre du Conseil national de sécurité (CNS), qui ne respectent pas toujours la chaîne de commandement et font régulièrement preuve de manque de discipline et de cohésion. »

Chantier

Les objectifs sont de réunifier et former les troupes. Il y a un important travail à faire avec les anciens chefs de guerre, dont la plupart sont, à l'origine, des caporaux propulsés au grade de commandant. D'autant que ce sont leurs unités, les mieux armées, qui assurent aujourd'hui la stabilité intérieure. Il faut leur (ré)apprendre l'organisation, l'obéissance à la hiérarchie, l'éthique, le respect des droits de l'homme... Des principes élémentaires que certains d'entre eux et de leurs hommes ont perdus dans la rébellion. Un chantier au long cours, loin d'être une sinécure au regard du faible niveau d'instruction des troupes.

Pour le mener à bien, le chef de l'État ivoirien a fait appel aux compétences de la France et de l'Opération des Nations unies en Côte d'Ivoire (Onuci). Deux officiers supérieurs français sont à pied d'oeuvre, l'un aux côtés du président Ouattara, l'autre au sein du cabinet du Premier ministre.

Le besoin de financement de la réforme de l'armée sera très lourd, entre 100 et 150 millions d'euros.

En août, Alassane Ouattara a créé un CNS composé de 18 membres, parmi lesquels le Premier Ministre, les ministres des Affaires étrangères, de l'Intérieur, des Finances et de la Justice, le chef d'état-major des armées, le commandant supérieur de la gendarmerie nationale et le directeur général de la police nationale. Présidées par le chef de l'État, les réunions hebdomadaires du CNS permettent de prendre des décisions rapides sur l'avancée de la réforme ou celle du plan désarmement, démobilisation, réinsertion et de faire le point sur la situation sécuritaire.

Menaces

« Nous avons affaire à une menace venant de l'extérieur, notamment des frontières ouest et est. Nous menons des opérations conjointes avec les forces onusiennes et l'armée libérienne, explique Paul Koffi Koffi. Des exercices similaires seront bientôt menés avec l'armée ghanéenne pour contrer les déstabilisateurs. L'autre menace, au niveau intérieur celle-là, émane des jeunes démobilisés. Là encore, nous sommes en train de tout faire pour réussir le plan DDR. »

Parallèlement s'amorce une réflexion approfondie sur la politique de la défense nationale, le concept d'emploi des forces armées et la loi de programmation militaire, une meilleure planification dans l'organisation et la gestion des moyens et des effectifs. Sans oublier la remise à plat des capacités opérationnelles. Le pays va par ailleurs s'équiper (avions, hélicoptères, navires...) pour lutter contre le terrorisme, le narcotrafic et la piraterie maritime.

Le besoin de financement de la réforme de l'armée sera très lourd, entre 100 et 150 millions d'euros. « Je veux une armée loyaliste, très professionnelle, pour répondre aux défis intérieurs, mais aussi capable de se projeter dans les opérations de maintien de la paix », conclut le président Ouattara.

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