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18/02/2013 à 19:05
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Mohamed Ould Bouamatou en 2008. Mohamed Ould Bouamatou en 2008. © DR

Trois sociétés liées au groupe appartenant au célèbre homme d'affaires mauritanien Mohamed Ould Bouamatou ont reçu des avis de redressement fiscal d'un montant total estimé à 10,3 millions d'euros.

En exil à Marrakech, au Maroc, depuis 2010, Mohamed Ould Bouamatou, le patron mauritanien le plus célèbre - et le plus puissant -, est dans le collimateur de la Direction générale des impôts (DGI) de son pays. Trois sociétés liées à l'immense groupe du même nom, Bouamatou SA (BSA), ont reçu des avis de redressement fiscal d'un montant total estimé à 4,3 milliards d'ouguiyas (10,3 millions d'euros). Du jamais vu, selon la presse locale, qui a aussitôt volé au secours de Bouamatou, l'ancien instituteur devenu milliardaire, dont l'entourage ne cesse de dénoncer depuis l'« acharnement » dont il serait victime. Rien que de très normal, répond la DGI, qui se prévaut d'une logique implacable : celui qui fait le plus de chiffre d'affaires est celui qui paie le plus d'impôts.

Tout a commencé à la fin du mois de novembre 2012, quand la DGI notifie à BSA Ciment (fabrication et emballage de ciment) un redressement estimé à quelque 1,5 milliard d'ouguiyas. Bouamatou y détient 35 % du capital, le reste (65 %) appartenant au groupe français Vicat. Lequel aurait directement négocié afin de ramener la somme due à 1,1 milliard d'ouguiyas. Mattel - premier opérateur GSM du pays, créé en 2000 par Bouamatou avec Tunisie Télécom, majoritaire, et un autre actionnaire privé mauritanien - est également visé. Mais, au terme d'un arrangement entre son directeur général et la DGI, la société s'acquitte de 1 milliard d'ouguiyas, au lieu du 1,3 milliard initialement réclamé.

Il avait apporté son soutien financier à "Aziz", qui n'a pas renvoyé l'ascenseur.

Arrive ensuite le tour de la fameuse Générale de banque de Mauritanie (GBM), première banque privée du pays, fondée par Bouamatou en 1995. Bénéficiant des dépôts de l'État, qu'elle prête au secteur privé actif (agriculture, pêche...), elle est vite devenue l'une des plus actives du pays. La DGI lui réclame 1,5 milliard d'ouguiyas. Le 23 janvier, le gouverneur de la Banque centrale de Mauritanie (BCM) a ordonné aux entreprises publiques de retirer leurs avoirs de la GBM. Et un virement de 400 millions d'ouguiyas, destiné à la Fondation Bouamatou (lutte contre la cécité), a été bloqué. Enfin, le vice-président du groupe BSA, Mohamed Ould Debagh, a été écroué le 6 février après la mise en liquidation de Mauritania Airways, dont il n'a pourtant été que l'éphémère président du conseil d'administration. BSA n'en détient d'ailleurs que 39 % des parts, aux côtés de Tunisair, majoritaire (51 %), et de l'État mauritanien (10 %).

Guerre des cousins

Hasard de calendrier ? Toujours est-il qu'à Nouakchott on croit assister à une nouvelle guerre des cousins. Issus de la même tribu, les Ouled Besbah, Mohamed Ould Abdelaziz et le richissime Mohamed Ould Bouamatou ont pourtant été très proches. Ce dernier a été l'un des missi dominici d'« Aziz » en France, chargé de faire avaliser par Paris le putsch d'août 2008. Proche de l'ex-secrétaire général de la présidence Claude Guéant et de l'avocat Robert Bourgi, Bouamatou a aussi généreusement et ouvertement aidé Aziz avant la présidentielle de juillet 2009. Un indispensable soutien financier... qui n'a pas été payé en retour. Furieux, Bouamatou s'est exilé en 2010 au Maroc, où il vit encore avec ses proches, refusant toujours de s'exprimer dans la presse. Ce qui ne l'empêche nullement de critiquer sévèrement le régime d'Aziz en privé. « Des tractations, dépassant le cadre tribal, sont en cours afin de trouver une solution aux problèmes rencontrés par Bouamatou », confie l'un de ses fidèles amis. Toujours est-il que BSA a saisi la justice : le 4 février, deux plaintes ont été déposées, l'une contre la BCM, l'autre contre son directeur des marchés et liquidités.

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