Onze ans après avoir pris la direction du RND, Ahmed Ouyahia, 61 ans, a dû démissioner la mort dans l'âme. Le temps de la retraite ou d'une longue traversée du désert ?
Jeudi 3 janvier 2013. Ahmed Ouyahia, secrétaire général du Rassemblement national démocratique (RND), est au siège du parti, sur les hauteurs d'Alger. Seul dans son bureau, il relit pour la dernière fois la lettre qu'il a rédigée la veille. Dans cette longue missive, qui sera rendue publique le jour même, il y a un mot qui lui fait très mal : « démission ».
Onze ans après avoir pris la direction du RND, créé en février 1997, Ouyahia, 61 ans, accepte, la mort dans l'âme, de rendre son tablier, victime d'une fronde interne amorcée dès mai 2012 par des membres du parti qui contestent autant son leadership que sa gestion.
Avenir scellé
« Il pensait survivre à cette fronde, avoue aujourd'hui l'un de ses anciens collaborateurs. Mais il a été surpris par la fulgurance du raid lancé contre lui. » Surpris, Ouyahia ? Pas vraiment, nuance un ancien ministre, qui a longtemps travaillé avec lui dans les années 1990. « Dès lors que la fronde a été orchestrée par Yahia Guidoum, réputé proche des militaires, et qu'Ahmed Ouyahia a perdu, en septembre 2012, son poste de Premier ministre, il était évident que son avenir à la direction du RND était scellé. Bouteflika l'a largué sans frais, et l'armée ne le voyait plus comme un successeur potentiel du président. Mais, contrairement à Belkhadem, Ouyahia est un homme discipliné. Il a préféré donner l'image d'un homme qui part de son plein gré plutôt que d'être chassé. »
Quid de l'avenir politique d'Ouyahia ? Peut-il revenir dans quelques mois à la direction du RND ? A-t-il tiré un trait sur ses ambitions présidentielles ? Compte-t-il s'expliquer sur son départ précipité ? « Pour le moment, il prend du recul, déclare l'un de ses proches, qui ne souhaite pas être cité. Il ne veut pas parler et il ne parlera pas avant longtemps. » « Il est toujours membre du RND, acquiesce un proche de Guidoum, mais il est exclu qu'il revienne à la direction du parti. »

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