Extension Factory Builder
19/02/2013 à 13:27
Diminuer la taille du texte Augmenter la taille du texte Imprimer Envoyer Partager cet article
L'échiquier politique algérien ressemble à un chant de ruines. L'échiquier politique algérien ressemble à un chant de ruines. © J.A

Abdelaziz Belkhadem évincé de la direction du FLN, Ahmed Ouyahia "démissionné" de celle du RND, la course à la succession d'Abdelaziz Bouteflika n'a jamais été aussi indécise en Algérie.

D'un extrême, l'autre... Avant, on respectait le chef, quel qu'il fût et quoi qu'on pût lui reprocher. Aujourd'hui, on « redresse » à tout va. Même un CV long comme le bras ne prémunit en rien contre un coup de Jarnac. Les têtes tombent, les unes après les autres. Parmi les trois anciens ténors de l'ex-alliance présidentielle, deux ont déjà rendu les armes, Ahmed Ouyahia, du Rassemblement national démocratique (RND), et Abdelaziz Belkhadem, du Front de libération nationale (FLN). Le premier n'a pas attendu qu'on le mette à la porte et a préféré démissionner. Le second a tout tenté pour sauver son scalp, mais il a tout de même été évincé.

--> Lire : "A qui profite la redistribution des cartes"

Reste le Mouvement de la société pour la paix (MSP, ex-Hamas), qui ne se porte guère mieux, miné par les dissensions, les échecs électoraux et les affaires. Son chef, Bouguerra Soltani, qui affronte depuis de longues années une fronde interne jusqu'ici maîtrisée, pourrait bien être le prochain sur la liste des « redressés », comme on dit en Algérie. Ailleurs dans l'opposition, les leaders d'antan, longtemps indéboulonnables, quittent également le champ de bataille. Ainsi de Hocine Aït Ahmed ou de Saïd Sadi, qui ont passé la main, laissant à leurs fragiles héritiers le soin de porter sur leurs épaules le fardeau que représentent des partis historiquement importants mais au poids électoral déjà faible du temps des illustres anciens.

--> Lire : "Quelle tête de file pour les islamistes"

À un peu plus de un an d'une présidentielle censée être capitale, compte tenu du départ probable de celui qui « tient la baraque » depuis 1999, Abdelaziz Bouteflika, mais aussi d'un environnement extérieur aux antipodes de ce qu'il était il y a seulement deux ans, avant le déclenchement du Printemps arabe, c'est un champ de ruines qui tient lieu d'échiquier politique. Miser ne serait-ce que 1 dinar sur l'identité non pas des têtes d'affiche mais simplement sur celle des futurs candidats, c'est déjà prendre un risque énorme...

--> Lire : "Et Bouteflika dans tout ça ?"

La grande discrète

Et puis il y a l'« effet In Amenas », qui a ramené sur le devant de la scène une institution militaire qui, depuis la première réélection de « Boutef », en 2004, avait appris à se faire discrète. Jadis omnipotente, sous l'effet conjugué de son rôle historique et de l'influence d'un certain nombre de généraux, depuis disparus ou mis à la retraite, elle n'incarne plus ce centre névralgique du pouvoir qui décide tout et tout seul. Cela ne signifie pas pour autant qu'elle ne joue aucun rôle. Surtout s'agissant de l'un des derniers « janviéristes »* encore en activité, le général Mohamed Mediène, alias Toufik, patron du tout-puissant Département du renseignement et de la sécurité (DRS), en poste depuis... septembre 1990. Quelle sera l'attitude de l'armée lors de la présidentielle d'avril 2014 ? Tentera-t-elle d'imposer un candidat ou, au contraire, laissera-t-elle les politiques se débrouiller entre eux ? L'armée algérienne n'est pas une entité homogène adepte de la pensée unique. Si certains comptent sans doute peser sur la succession de Bouteflika, la plupart des « jeunes » officiers entendent rester dans leur rôle, c'est-à-dire dans les casernes.

Changement

Abdelaziz Bouteflika, face à un tel vide et devant la résurgence de la menace terroriste, qui pourrait par ailleurs inciter à plus de clémence les pays occidentaux qui ne goûtent guère les chefs d'État qui s'accrochent au pouvoir, décidera-t-il de poursuivre sa mission, ne serait-ce que pour quelques mois ? D'après nos informations, bien que son cerveau soit l'un des plus insondables du continent et qu'il ne se confie qu'à un cercle de plus en plus restreint de personnes, le président observe attentivement les querelles intestines au sein de « son » parti, le FLN, comme au sein du RND. Mais il ne s'implique nullement, ni pour sauver l'un de ses ex-soldats, ni, au contraire, pour l'enfoncer un peu plus. Il n'envisagerait pas non plus, en dépit des rumeurs persistantes, de prolonger son séjour à El-Mouradia.

À ceux qui réclamaient, dans un réflexe quasi pavlovien, un quatrième mandat à la fin d'un discours prononcé à Sétif en mai 2012, alors qu'il venait tout juste d'expliquer que sa génération était arrivée au bout de son chemin, il a répondu, en les priant de se taire : « Longue vie à ceux qui connaissent leurs limites... » Un message sibyllin, certes, mais tout de même. Ceux qui le côtoient savent qu'il n'a pas prononcé ces paroles en l'air. Comme ils peuvent imaginer qu'il ne souhaite pas non plus, car ce ne serait même pas dans son intérêt, annoncer son départ avant l'heure.

Reste que les Algériens attendent du changement. À leur manière, avec une infinie patience, pour ne pas dire avec résignation, ce qui n'est pas sans surprendre tous ceux, et ils sont nombreux, qui pensaient naïvement que l'Algérie suivrait le chemin emprunté par la Tunisie, l'Égypte ou la Libye. L'évolution des révolutions nord-africaines ne les incite d'ailleurs pas à secouer plus que de raison le palmier algérien... Ils se posent cependant nombre de questions et ont du mal à comprendre le jeu de massacre auquel se livre subitement leur classe politique. Seule certitude, désormais : la succession de Bouteflika ressemble de plus en plus au triangle des Bermudes...

* Du nom de ceux qui ont décidé l'interruption du processus électoral en janvier 1992, comme Khaled Nezzar, Mohamed et Smaïn Lamari ou Abdelmalek Guenaïzia.

Abonnez-vous pour 11,25€ / mois
Tous droits de reproduction et de représentation ImprimerImprimer EnvoyerEnvoyer Partager cet articlePartager

Réagir à cet article

Algérie

Algérie : douze jihadistes en fuite condamnés à mort pour un attentat en 2008

Algérie : douze jihadistes en fuite condamnés à mort pour un attentat en 2008

Douze jihadistes ont été condamnés à mort mercredi en Algérie et deux autres à la prison à vie pour leur rôle dans un attentat à la bombe en 2008 qui a fait deux morts [...]

Algérie : camouflet pour Amar Saadani, le patron du FLN...

C'est une sacrée gifle que vient de recevoir Amar Saadani, le secrétaire général du Front de libération nationale (FLN), déjà confronté à la contestation de plusieurs[...]

Affaire Sonatrach-Saipem : Bedjaoui face à la justice italienne

Impliqué dans une affaire de corruption internationale touchant les géants pétroliers Sonatrach et Saipem, l'homme d'affaires doit maintenant faire face à la justice italienne.[...]

Algérie : Amine Mazouzi prend ses fonctions à la tête de Sonatrach

Il succède à Saïd Sahnoun, désigné en juillet 2014 à titre intérimaire après le limogeage de son prédécesseur, Abdelhamid Zerguine.[...]

Ramtane Lamamra : il ne reste en Algérie "que des résidus de terrorisme"

Lors d’une déclaration à la presse, jeudi, Ramtane Lamamra, le ministre des Affaires étrangères et de la Coopération internationale, a qualifié de "spectaculaire"[...]

Algérie : 23 jihadistes tués près de Bouira lors d'une opération de l'armée

L’armée populaire nationale algérienne a lancé mardi une importante opération contre des jihadistes dans les alentours de la capitale. Au moins 23 terroristes ont été[...]

Algérie : Tayeb Belaïz, c'est son coeur qui l'a lâché

Les problèmes de santé de Tayeb Belaïz, 67 ans, l'ont finalement contraint à quitter son poste de ministre de l'Intérieur le 14 mai. En guise de lot de consolation, il hérite du poste[...]

Le jihadiste algérien Belmokhtar dément l'allégeance de son groupe à l'EI

Le chef jihadiste Mokhtar Belmokhtar a réaffirmé la loyauté de son groupe, Al-Mourabitoune, à Al-Qaïda et démenti l'allégeance à l'État islamique (EI) proclamée[...]

Algérie : 21 terroristes recherchés après l'assassinat de quatre agents de sûreté

Quatre retraités algériens ont été tués puis brûlés par des terroristes dans la région de Batna, (est) le 12 mai. Les unités algériennes de lutte contre le[...]

Farid Benstiti, l'homme qui a mené le PSG en finale de la Ligue des Champions

Jeudi soir, les joueuses du Paris SG se sont inclinées sans rougir à la dernière minute en finale de la Ligue des Champions, à Berlin, face au FFC Francfort (1-2). Farid Benstiti,[...]

Dernière Minute

Toutes les dépèches
Voir tous les dossiers