Extension Factory Builder
16/02/2013 à 16:36
Diminuer la taille du texte Augmenter la taille du texte Imprimer Envoyer Partager cet article

Spécialiste en sciences de l'éducation

C'est en troisième année du primaire que les élèves de l'école publique font connaissance avec l'idiome de Voltaire. En revanche, ceux du privé s'y attellent dès le préscolaire. Pendant des décennies, certains se sont servi d'un épouvantail : l'acculturation, voire l'aliénation, à travers la langue du colonisateur. L'enseignement de la langue française a vogué au gré des coups assénés par ses opposants. De 1962 à la fin des années 1970, elle fut utilisée pour l'enseignement. Du primaire à l'université. C'était l'âge d'or du système éducatif algérien, quand les enfants issus de familles pauvres accédaient à de prestigieuses filières universitaires. En 1981, elle perd ce statut scolaire au profit de la langue arabe. Dorénavant, le français est enseigné en tant que simple langue étrangère, à partir de la quatrième année du primaire, et se voit même menacé d'être évincé de ce cycle de base.

Avec l'ouverture démocratique, au début des années 1990, la scène scolaire connaît un regain de fièvre anti-langue française. Le ministre de l'époque décide d'organiser un référendum - pas moins ! - auprès des parents d'élèves pour qu'ils choisissent entre l'anglais et le français. Ceux des quartiers populaires, aveuglés par une propagande hostile, optent pour son rejet du cycle primaire. Mais la tentative d'exclusion tourne court. Toutefois, sur le plan purement pédagogique, la dévalorisation du français se traduit par une réduction drastique des heures et du coefficient alloués à la matière. Méthodes, manuels et programmes s'en trouvent bouleversés. Autant de paramètres qui démotivent des élèves conditionnés par un système sacralisant, au-delà de tout entendement, la note chiffrée en vue du passage en classe supérieure.

S'inscrire dans la marche du siècle

Dans le sillage des établissements scolaires privés, de l'explosion des réseaux sociaux, des télévisions satellitaires et des échanges familiaux avec les centaines de milliers d'émigrés installés en France, l'enseignement du français reprend des couleurs. Seule l'école publique demeure en marge de ce vaste mouvement, pour des raisons évidentes liées au lourd passif d'un enseignement qui s'est montré hésitant des décennies durant. De ces tâtonnements pédagogiques est née une coupure linguistique entre le système scolaire public (de la maternelle au lycée) et l'université. Au plus fort de la croisade anti-langue française, au début des années 1980, les mathématiques, la physique, la chimie et les sciences sont enseignées en arabe dans le secondaire avant d'être francisées à l'université. Et la situation perdure. La langue arabe serait-elle inapte à véhiculer ces savoirs au niveau universitaire ? À moins que derrière cette coupure linguistique, véritable hérésie pédagogique, se cache une volonté non avouée d'opérer un filtre sélectif au profit des enfants des classes aisées.

Ainsi, les filières de prestige telles que la médecine, la pharmacie, l'architecture ou l'informatique sont devenues la chasse gardée des enfants issus de familles aisées qui peuvent bénéficier d'un cursus, dès le préscolaire, dans des écoles privées où l'enseignement du français prend le pas sur celui de l'arabe. Quant aux étudiants issus d'établissements publics et originaires de familles et de régions défavorisées, ils sont exclus de ces filières en vue pour « défaut de langue ». Admis au baccalauréat, ils sont orientés vers les filières des sciences sociales, hypersaturées et qui mènent généralement au chômage. Un demi-siècle après l'indépendance, la reproduction de l'élite sociale, chère à l'école coloniale, continue de creuser son fossé d'inégalités et de discriminations, provoquant une sérieuse menace pour la cohésion sociale et culturelle du pays.

Confrontés aux exigences de la mondialisation, et face à la réalité historique des liens qui nous unissent à la France - réaffirmés lors de la visite de François Hollande -, nos décideurs n'ont qu'un seul choix : s'inscrire dans la marche du siècle. En un mot, revenir aux fondamentaux de la pédagogie.

Abonnez-vous pour 11,25€ / mois
Tous droits de reproduction et de représentation ImprimerImprimer EnvoyerEnvoyer Partager cet articlePartager

0 réaction(s)

Réagir à cet article

Algérie

Mali : deux diplomates algériens libérés plus de 2 ans après leur rapt

Mali : deux diplomates algériens libérés plus de 2 ans après leur rapt

Deux diplomates algériens enlevés en avril 2012 par un groupe islamiste armé au Mali ont été libérés samedi, ont annoncé les autorités algériennes en confirmant[...]

Algérie - Maroc : la déchirure

Tranchées d’un côté, clôture de l’autre. Alors que le fossé entre les deux voisins ne cesse de se creuser, "Jeune Afrique" a enquêté, vingt ans après la[...]

Mali : IBK ne veut plus de la médiation du Burkinabè Compaoré

Le président malien Ibrahim Boubacar Keïta soupçonne Blaise Compaoré de vouloir réintroduire dans le jeu Iyad Ag Ghaly, le chef d'Ansar Eddine.[...]

Mort d'Ebossé : ce que l'Algérie doit faire pour en finir avec les "supportueurs"

Le décès d’Albert Ebossé (24 ans), l’attaquant camerounais de la JS Kabylie, atteint mortellement par un projectile lancé par un supporteur samedi à l’issue de la rencontre[...]

Algérie : ma fortune pour un yacht !

Dernière tendance algéroise : se procurer un bateau et s'échapper en mer le week-end. Médecins, avocats... Pour quelques dizaines de milliers d'euros, ils sont de plus en plus nombreux à[...]

Algérie - Cameroun : la dépouille d'Albert Ebossé transférée vendredi à Douala

Le corps du footballauer camerounais Albert Ebossé sera transféré vendredi à Douala, au Cameroun, où il devrait arriver dans l'après-midi. Le joueur est décédé[...]

L'Algérie prépare un programme d'investissements de 260 milliards de dollars

 L'Algérie prépare le lancement d'un nouveau programme d'investissements quinquennal. D'un montant de 260 milliards de dollars, ce plan, qui court jusqu'à 2019, vise à faire de l'Algérie une[...]

Wikipédia : Kagamé, Kabila, ADO, Sissi, Boutef... Qui détient la biographie la plus souvent modifiée ?

Les biographies Wikipédia des chefs d’État sont modifiées tous les mois, voire tous les jours. Non seulement pour ajouter de nouveaux éléments, mais aussi pour supprimer les paragraphes[...]

Algérie : Bouteflika met fin aux fonctions de Belkhadem

Une source proche de la présidence algérienne a annoncé mardi qu'Abdelaziz Bouteflika a mis fin aux fonctions de son conseiller spécial Abdelaziz Belkhadem, une personnalité de premier plan qui[...]

Algérie - Maroc : vingt ans après, faut-il rouvrir la frontière commune ?

Vingt ans après sa fermeture, la frontière commune entre le Maroc et l'Algérie n'est toujours pas rouverte. Une situation préjudiciable pour les deux États qui se contentent, pour l'instant, de[...]

Dernière Minute

Toutes les dépèches
Voir tous les dossiers

Jeune Afrique Emploi

Toutes les annonces
Buy VentolinBuy Antabuse Buy ZithromaxBuy Valtrex