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11/02/2013 à 14:33
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Des manifestants près de la place Tahrir au Caire. Des manifestants près de la place Tahrir au Caire. © AFP

Au lendemain des affrontements meurtriers qui ont marqué le deuxième anniversaire du déclenchement de la révolution égyptienne, le président Morsi tente de recoller les morceaux. Tant bien que mal.

Deux ans après le soulèvement populaire qui a poussé le président Hosni Moubarak à démissionner, la révolution égyptienne piétine. Après avoir exigé le départ du dictateur, puis celui du Conseil suprême des forces armées (CSFA), les manifestants de la place Al-Tahrir réclament aujourd'hui la démission du président islamiste, Mohamed Morsi. Issu de l'influente confrérie des Frères musulmans, ce dernier n'a pas réussi à lancer les réformes attendues par une partie de la population. « Il est clair qu'il y a un vrai problème de gestion, déclare le blogueur The Big Pharaoh. Le seul objectif des Frères est de contrôler l'État et toutes les institutions. » Pour Bassem Sabry, écrivain et blogueur, le président aurait dû jouer le rôle de médiateur entre les différentes forces politiques du pays afin de permettre l'émergence d'un compromis. « Au lieu de cela, il a choisi de ne représenter qu'un seul courant, et de ne s'adresser qu'à lui. Il a divisé le pays », regrette-t-il.

C'est dans un contexte tendu que l'Égypte a célébré le deuxième anniversaire du déclenchement de la révolution, le 25 janvier. Un contexte marqué par deux accidents de train meurtriers, en novembre 2012 et en janvier, venus rappeler aux citoyens l'état de délabrement des services publics, et par l'adoption d'une nouvelle Constitution, votée dans la précipitation fin novembre 2012 par une Constituante dominée par les islamistes. Deux événements qui ont attisé la colère d'une partie de la population, déjà épuisée par deux années de transition démocratique chaotique, et qui expliquent en partie la violence des manifestations de la semaine écoulée.

Doigt menaçant

Accusés d'immobilisme et de mauvaise gestion des affaires publiques, les Frères musulmans rejettent toute critique. « Ils suivent le principe du "plaignez-vous autant que vous voulez, nous faisons ce que nous voulons" », déplore Rawi Camel-Toueg, membre du bureau politique du Parti des Égyptiens libres (libéral). Pour sa défense, la confrérie invoque la difficulté de sa tâche et rappelle qu'elle arrive au pouvoir après trente années de gestion calamiteuse et de corruption endémique. Elle accuse la « contre-révolution », orchestrée par les caciques de l'ancien régime, d'être responsable des violences, et reproche aux médias et à l'opposition de jeter de l'huile sur le feu. Pour tenter de reprendre le contrôle d'une situation qui lui échappe, elle a opté pour la fermeté. Le 28 janvier, le Sénat a ainsi ratifié une loi autorisant l'armée à assurer le maintien de l'ordre aux côtés des forces de police jusqu'aux prochaines législatives, prévues d'ici à quelques mois. La veille, après deux jours d'affrontements meurtriers, Morsi avait décrété un couvre-feu dans trois villes du canal de Suez lors d'un discours télévisé où il est apparu l'air grave et le doigt menaçant. Dès le lendemain, les habitants de ces villes ont manifesté par milliers, bravant ouvertement le couvre-feu et scandant des slogans hostiles au président et à la confrérie. « Les Frères n'arrivent pas à comprendre que les Égyptiens veulent une démocratie. Ils n'accepteront plus le mode autoritaire qui prévalait sous l'ancien régime », estime Tewfik Aclimandos, chercheur associé à la chaire d'histoire du monde arabe contemporain au Collège de France.

Pour mettre fin aux violences, l'opposition a finalement accepté l'offre de dialogue des autorités.

Si le soulèvement populaire qui a renversé Hosni Moubarak avait un caractère relativement pacifique, les dernières manifestations ont très vite dégénéré en de violents affrontements qui ont fait une cinquantaine de morts en quelques jours. « Les millions de personnes qui sont sorties en décembre protester pacifiquement contre la Constitution se sont rendu compte que cela ne payait pas », observe The Big Pharaoh. Dans plusieurs villes du pays, les protestataires, dont certains sont désormais armés, ont bloqué d'importants axes routiers, quand ils n'ont pas essayé d'envahir des bâtiments officiels. À Port-Saïd, des postes de police ont été attaqués à plusieurs reprises par des manifestants en colère. Sont apparus les Black Blocs, groupe révolutionnaire dont l'objectif affiché est de protéger les protestataires et de répliquer en cas d'abus des forces de l'ordre. « Le ministère de l'Intérieur n'a pas été réformé, les officiers responsables de la mort de manifestants n'ont pas été jugés, cela a créé des tensions avec les jeunes », explique Bassem Sabry. D'autres estiment que les partisans des Frères musulmans ont ouvert la voie à ces violences en recourant les premiers à des méthodes d'intimidation en assiégeant le 2 décembre la Haute Cour constitutionnelle pour l'empêcher de poursuivre ses travaux et de se prononcer sur la légalité de la commission constituante et du Sénat, ou en s'en prenant trois jours plus tard aux opposants du chef de l'État qui avaient organisé un sit-in aux abords du palais présidentiel du Caire.

Huit revendications

Dans une tentative d'apaisement, la présidence a annoncé une possible révision de la Constitution, après avoir appelé, le 27 janvier, à un dialogue national entre toutes les forces politiques. Une initiative d'abord boycottée par le Front du salut national (FSN), fondé fin novembre 2012 par des figures de l'opposition telles que l'ancien directeur de l'Agence internationale de l'énergie atomique (AIEA), Mohamed el-Baradei, ou encore le troisième homme de l'élection présidentielle de juin 2012, le nassérien Hamdine Sabahi. Mais la coalition a infléchi sa position initiale, Mohamed el-Baradei expliquant sur son compte Twitter que « l'arrêt de la violence est une priorité », après avoir appelé à une rencontre avec le président, le ministre de l'Intérieur et celui de la Défense, et les responsables du Parti de la liberté et de la justice, organe politique des Frères. Le Front s'est par ailleurs entendu avec le principal parti salafiste, Al-Nour, qui joue le rôle de médiateur avec le pouvoir, sur une liste de huit revendications parmi lesquelles la formation d'un gouvernement de salut national, la création d'une commission juridique indépendante chargée de réviser la Constitution et la nomination d'un nouveau procureur général.

Prudence à Washington

L'armée et les États-Unis ont réagi avec prudence à la situation en Égypte, évitant de critiquer ouvertement le président Morsi. Le 29 janvier, le ministre de la Défense, Abdel Fattah al-Sissi, mettait en garde contre un effondre­ment de l'État si les partis ne trouvaient pas un terrain d'entente pour résoudre la crise politique. La veille, la Maison Blanche avait condamné les violences meurtrières, appelant les Égyptiens à s'exprimer de manière pacifique. Selon le site d'information Ahram Online, qui cite une source à Washington, un autre communiqué du département d'État, plus sévère à l'égard du chef de l'État égyptien, aurait été écarté au profit de celui de la Maison Blanche. « Les États-Unis estiment que les Frères peuvent stabiliser le pays, que leur programme économique est plus raisonnable que celui des autres forces », explique le chercheur Tewfik Aclimandos, qui ajoute que Washington redoute l'arrivée au pouvoir des salafistes et ne parie pas sur les forces libérales et démocrates du pays. T.G.G.

Ce revirement illustre les tergiversations du Front, qui ne sont pas sans exaspérer une partie de l'opinion publique, certains critiquant également la présence dans ses rangs de figures de l'ancien régime, telles que l'ex-secrétaire général de la Ligue arabe, Amr Moussa, et le caractère élitiste de la coalition, perçue comme déconnectée de la population. Et même si le Front est « un représentant du spectre politique libéral et porteur des demandes de la révolution, plus la révolution se radicalisera, plus il lui sera difficile de représenter les forces révolutionnaires », analyse Bassem Sabry. C'est pourquoi les Frères, malgré une baisse de leur popularité, restent la première force politique du pays, la plus organisée et la mieux financée. « Ils ont rallié une grande partie du patronat et ils ont une base sociale importante, explique Tewfik Aclimandos. Quand Baradei ou Sabahi lancent des appels à manifester, ils ne savent pas s'ils vont rassembler 500 ou 5 millions de personnes, alors que les Frères peuvent faire descendre dans la rue 1 million d'Égyptiens quand ils le veulent. »

Mohamed Morsi, qui ne rate pas une occasion de rappeler qu'il est le premier président civil démocratiquement élu du pays, serait bien avisé de prêter attention au message de la rue. N'a-t-il pas assuré après son élection : « Je vais faire de mon mieux pour concrétiser les promesses que j'ai faites. Je n'ai aucun droit, je n'ai que des responsabilités [...]. Si je n'obéis pas à Dieu et si j'échoue [...], ne m'obéissez pas » ? Il semblerait que les Égyptiens l'aient pris au mot. 

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