Extension Factory Builder
13/02/2013 à 15:03
Diminuer la taille du texte Augmenter la taille du texte Imprimer Envoyer Partager cet article
Membres de la commission électorale indépendante, à la veille du scrutin. Membres de la commission électorale indépendante, à la veille du scrutin. © Sipa

Au lieu de sceller la volonté de changement affichée par le roi de Jordanie, les élections du 23 janvier sont apparues comme une nouvelle tentative de perpétuer un système arrivé en bout de course.

Autosatisfecit des autorités jordaniennes : les législatives du 23 janvier, premier test électoral dans le royaume depuis le déclenchement du Printemps arabe, se sont parfaitement déroulées, et la victoire des loyalistes a confirmé l'aptitude du roi Abdallah II à conduire le changement. La nouvelle Commission électorale indépendante a annoncé une participation de 56 %, contre 52 % au scrutin de 2010, un succès qui a démontré l'adhésion populaire au « programme de réformes évolutif » que la monarchie met en oeuvre depuis 2011.

Mais les Frères musulmans, principal groupe de l'opposition, ne l'ont pas entendu de cette oreille. « Les chiffres annoncés par le gouvernement ne sont pas exacts », ont-ils déclaré dans un communiqué, dénonçant « plusieurs irrégularités, dont l'achat de voix et le recours à de fausses cartes d'électeur ». Émanation locale de la confrérie, le Front d'action islamique (FAI) ne comptera aucun représentant parmi les 150 élus de la nouvelle chambre basse : avec le Front de réforme national (FRN, gauche), il avait décidé le boycott du scrutin, accusant la nouvelle loi électorale de favoriser les partisans du régime, et dénonçant la corruption et l'absence de réelles réformes.

Et de l'avis presque unanime des observateurs, le roi a raté là sa meilleure et peut-être dernière occasion de prouver sa volonté de démocratisation. Dans l'oeil du cyclone qui a emporté les régimes tunisien, égyptien, yéménite et libyen et qui broie depuis vingt-deux mois la Syrie, le royaume hachémite a néanmoins connu, en 2011 et en 2012, d'importants mouvements de contestation politique et sociale. Mais si quelques rares téméraires s'étaient enhardis à vouloir « dégager le régime », la plupart des manifestants espéraient de leur souverain la fin de la corruption et du clientélisme, qui gangrènent le sommet de l'État, et un Parlement plus représentatif qui désignerait le chef du gouvernement, jusqu'à présent nommé par le roi.

Anémie politique

« Depuis le début, nous avons vécu le Printemps arabe comme une opportunité », déclarait Abdallah II au début de janvier. Mais ses réformes en demi-teinte n'ont guère convaincu. La création d'un Conseil constitutionnel et d'une Commission électorale indépendante n'a eu jusqu'à présent que peu d'impact sur la gouvernance du royaume. La nouvelle loi électorale, qui devait renforcer le multipartisme en attribuant vingt-sept sièges à des listes nationales, n'a pas eu l'effet annoncé, notables et chefs de tribu locaux s'emparant in fine de la plupart de ces sièges.

Tout semble indiquer que le Palais cherche à jouer la montre en promulguant de vuages réformes.

Tout semble indiquer que le Palais, peu enclin à lâcher du lest, cherche à jouer la montre en promulguant de vagues réformes dont il semble contrôler à son bénéfice les effets. « La patience est mère de toutes les vertus », semble conseiller le souverain à ses compatriotes lorsqu'il prévoit « plusieurs cycles parlementaires » pour que soit pleinement mis en place un système de gouvernement parlementaire. « Le gouvernement et le Parlement jouent le rôle de fusible, explique Jalal al-Husseini, politologue français basé à Amman. À chaque dégradation de la situation, le roi se joint par ses critiques à l'opposition et fait sauter le gouvernement. Ce système perpétue une anémie politique qui renforce sa position. »

La carte maîtresse du monarque : se poser en garant de la stabilité, à la tête d'un royaume partagé entre Jordaniens-Palestiniens et Jordaniens de souche, écartelé entre l'Irak tourmenté, la Syrie en guerre et la Cisjordanie occupée. Pour Husseini, « l'essentiel en Jordanie ce n'est pas la démocratie et les droits de l'homme, mais la stabilité d'un pays au coeur des turbulences régionales et en proie à de nombreux clivages internes ». Une stabilité sociale et politique que la situation économique très dégradée pourrait remettre en question, suscitant une révolte fatale dans une région déshéritée, comme à Sidi Bouzid la Tunisienne ou à Deraa, en Syrie...

Abonnez-vous pour 11,25€ / mois
Tous droits de reproduction et de représentation ImprimerImprimer EnvoyerEnvoyer Partager cet articlePartager

0 réaction(s)

Réagir à cet article

Moyen-Orient

Documentaire : 'Eau argentée', contre la guerre

Documentaire : "Eau argentée", contre la guerre

Le documentaire "Eau argentée" de Ossama Mohammed et Simav, sorti en salles le 17 décembre à Paris, est un bouleversant témoignage sur le conflit syrien et un âpre réquisitoir[...]

État palestinien : comment la France a (presque) dit oui...

Après leurs homologues britanniques, irlandais et espagnols, les députés français ont à leur tour invité leur gouvernement  à reconnaître l'État de[...]

Le pétrole sera moins cher

L'année 2014 ne s'achève que dans trois semaines, mais 2015 occupe déjà tous les esprits. Je vous propose donc de commencer à nous interroger sur ce que promet de nous apporter[...]

Cisjordanie : un ministre de l'Autorité palestinienne meurt dans des heurts avec des soldats israéliens

Il manifestait pacifiquement contre les confiscations de terres, près de Ramallah, en Cisjordanie. Victime, selon un de ses collaborateurs, d'un coup de crosse porté par un soldat israélien, Ziad Abou[...]

Migration clandestine : la Méditerranée, "route la plus mortelle du monde" en 2014

En 2014, 3 419 migrants en quête d’un avenir meilleur ont perdu la vie en tentant de traverser la Méditerranée, selon un rapport rendu public mercredi par le Haut-Commissariat des Nations unies pour les[...]

Sous pression, le Qatar officialise son rapprochement avec l'Égypte

La crise ouverte au sein des monarchies pétro-gazières du Golfe par le soutien du Qatar aux Frères musulmans persécutés en Égypte est désormais officiellement refermée. Dans[...]

Islam : le cheikh d'Al-Azhar condamne la "barbarie" de l'État islamique

Ahmed al-Tayeb, le cheikh d'Al-Azhar, a condamné mercredi les "crimes barbares commis par le groupe État islamique (EI) en Irak et en Syrie" lors d'une conférence internationale.[...]

Les députés français adoptent une résolution en faveur de la reconnaissance de l'État palestinien

Les députés français ont adopté mardi une résolution en faveur de la reconnaissance de l'État palestinien. Ce texte n'est toutefois pas contraignant pour l'État français.[...]

Iran : Soleimani le magnifique

Coordinateur de la résistance chiite irakienne contre l'État islamique, le chef des opérations extérieures des Gardiens de la révolution a été élevé au rang de[...]

Israël : Benyamin Netanyahou entre deux feux

Le Premier ministre israélien veut éviter une troisième Intifada tout en satisfaisant ses alliés qui le poussent à plus de fermeté. Pas simple.[...]

Dernière Minute

Toutes les dépèches
Voir tous les dossiers