En quelques mois, l'ex-présentateur vedette de la télévision a fait de son parti la deuxième force politique du pays. Et se retrouve dans le rôle du faiseur de rois.
Aux législatives du 22 janvier, qui ont battu tous les records de participation (près de 70 %), le parti centriste Yesh Atid (« il y a un futur »), qui n'a que quelques mois d'existence, a créé la surprise en s'octroyant 19 sièges à la Knesset (sur 120), devenant la deuxième force politique du pays. Son fondateur, Yaïr Lapid, ex-présentateur vedette de la télévision, se retrouve ainsi en position de faiseur de rois, puisque c'est avec lui que devra composer Benyamin Netanyahou, qui sera vraisemblablement reconduit au poste de Premier ministre, pour former un gouvernement.
Yaïr Lapid est né à Tel-Aviv en 1963 d'une mère sabra*, dramaturge très appréciée, et d'un père originaire de Hongrie, rescapé des camps. Ce dernier, Tommy Lapid, fut également journaliste et éphémère homme politique à la fin de sa vie puisqu'il fonda le parti Shinoui (« changement »), qui créa également la surprise lors des élections de 2003 en obtenant 15 sièges. Yaïr Lapid démarre sa carrière d'éditorialiste en 1991 au quotidien Maariv, avant de passer chez son concurrent, Yediot Aharonot, dans lequel il exige, de manière répétée, mais avec beaucoup de doigté, une meilleure répartition des richesses, pavant ainsi la route du mouvement de protestation qui embrasera Israël durant l'été 2011. Le titre de l'un de ses éditos, « Où est l'argent ? », deviendra même son slogan de campagne, qui ralliera des milliers d'Israéliens las de travailler dur sans voir leur niveau de vie s'améliorer, ainsi qu'une jeunesse sans réelles perspectives d'avenir, malgré une économie en pleine expansion. À partir de 1994, Lapid commence à animer des talk-shows qui rencontreront tous un franc succès.
Bourgeois et laïc
Marié, père de trois enfants, Lapid est en rupture totale avec le profil traditionnel des hommes politiques israéliens. Non seulement il est issu de la haute bourgeoisie, mais il n'a pas derrière lui une carrière militaire héroïque, tremplin traditionnel vers les plus hautes marches du pouvoir. Il effectua d'ailleurs son service militaire comme correspondant pour le mensuel de l'armée. Ni de gauche ni de droite, il est l'incarnation de cette bourgeoisie qui a développé, au cours des deux dernières décennies, le goût de la bonne chère et du luxe, tout en se réfrénant face à la difficile réalité sociale.
En politique intérieure, Lapid soutient la solution de "deux États pour deux peuples".
Mais Lapid représente surtout ceux qui n'acceptent plus que les ultraorthodoxes soient exemptés du service militaire et du paiement de certaines taxes (du fait de leurs familles nombreuses), et qu'ils refusent de travailler au prétexte qu'ils doivent consacrer leur vie à l'étude de la Torah. Lapid a également beaucoup fait pour la cause des femmes. L'un de ses plus proches collaborateurs est un rabbin moderniste qui a fondé une association militant pour l'égalité des sexes dans tous les domaines, y compris le droit de prier au Kotel (le Mur des lamentations), ce que les rabbins traditionalistes refusent obstinément. Lapid a d'ailleurs prévenu qu'il ne siégerait jamais dans un gouvernement qui compterait des ultraorthodoxes, comme le parti Shas.
En politique intérieure, Lapid soutient la solution de « deux États pour deux peuples », mais s'oppose, comme Netanyahou, au partage de Jérusalem et au droit de retour des réfugiés palestiniens. Mais sa réussite spectaculaire s'explique surtout par le ras-le-bol général des Israéliens vis-à-vis des partis « traditionnels », qu'ils tiennent pour responsables de la situation économique difficile et de la dégradation de leur niveau de vie. Paradoxalement, Yaïr Lapid n'est guère à l'image de son électorat. D'après l'édition israélienne du magazine Forbes, le leader de Yesh Atid serait à la tête d'une fortune personnelle de 22 millions de shekels, soit l'équivalent de 4 millions et demi d'euros...
* Natif de la Palestine sous mandat britannique.

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