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12/02/2013 à 12:47
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Le président soudanais Omar el-Béchir. Le président soudanais Omar el-Béchir. © Jenny Vaughan/AFP

Au Sheraton d'Addis-Abeba, chefs d'État, diplomates et courtisans se croisent, s'évitent ou bavardent. De la crise malienne à In Amenas en passant par la CAN, les sujets de conversation ne manquent pas.

Dans le lobby capitonné de l'hôtel Sheraton à Addis-Abeba, Boni Yayi ne laisse personne indifférent. À chacun de ses passages, les hôtes du superbe établissement de style éthiopien construit par le cheikh saoudien Al Amoudi ne manquent pas de gloser sur son goût prononcé pour les couleurs chatoyantes. Pour ses derniers jours à la présidence de l'Union africaine (UA), le Béninois a des allures de dandy : un costume bleu électrique pour l'ouverture du sommet des chefs d'État, et un autre, jaune d'or, pour la clôture. Celui qui s'est distingué par un discours-fleuve à la tribune de l'UA n'en finit pas de congratuler ses pairs. Il a aussi fait étalage de sa galanterie en offrant une gerbe de fleurs à Nkosazana Dlamini-Zuma, la présidente de la Commission, le jour de son anniversaire. On l'a vu chercher les apartés avec Laurent Fabius, le ministre français des Affaires étrangères, et se promener, goguenard, avec Denis Sassou Nguesso, le président congolais. Rien à voir avec les deux derniers sommets panafricains, où la dure campagne pour l'élection à la tête de la Commission avait gâché l'ambiance des retrouvailles entre dirigeants du continent.

Les grands absents

Ils étaient attendus mais n'ont pas fait le déplacement à Addis-Abeba. Parmi eux, Jean Ping, très présent dans les discours : plusieurs orateurs lui ont rendu hommage. Le Gabonais a aussi brillé par son absence le 27 janvier, lors de la remise des distinctions pour services rendus à l'Afrique. De même, nul n'a aperçu la silhouette du général Sékouba Konaté, ancien président intérimaire de Guinée. Le haut représentant pour l'opérationnalisation de la force africaine en attente a beaucoup manqué à ce sommet dominé par la guerre livrée aux terroristes occupant le Nord-Mali. C'est lui le responsable de la planification et de la gestion stratégique des opérations de soutien de la paix de l'Union africaine. Les mouvements touaregs, toutes tendances confondues, ne sont pas venus non plus. En revanche, le pouvoir intérimaire de Bamako a dépêché des lobbyistes, dont Aïchata Haïdara Cissé, la députée de Gao (Nord-Mali), venue réclamer de l'aide pour son pays. Georges Dougueli.

Le soir venu, c'est le chassé-croisé des limousines qui ramènent ces hautes personnalités au Sheraton. Sur le perron de l'hôtel, des valets en queue-de-pie et haut-de-forme les accueillent. Les courtisans se pressent sur leur passage. On cherche un regard bienveillant, une poignée de main chaleureuse, un mot gentil et, surtout, une audience privée. Si les mze et autres zaïms regagnent rapidement leurs suites, les diplomates restent volontiers dans le hall du palace à échanger entre eux ou avec les journalistes. On commente les dernières déclarations et frasques. Ban Ki-moon, lui, a choisi de s'isoler dans l'un des pavillons particuliers de l'hôtel, entouré d'un important dispositif de gardes du corps. « Venez trente minutes à l'avance, car les contrôles de sécurité sont très sévères avant d'accéder au secrétaire général », nous explique sa porte-parole après avoir confirmé le rendez-vous pour notre interview.

Le lobbying de Fatou Bensouda

Dans les couloirs du palace, se croisent des personnes qui cherchent pourtant à s'éviter, comme Saadeddine El Othmani, le ministre marocain des Affaires étrangères, et Mohamed Abdelaziz, le président de la République arabe sahraouie démocratique (RASD), à qui ses amis algériens offrent le gîte et le couvert. Il y a aussi Salva Kiir, le président sud-soudanais, et son frère ennemi du Nord, Omar el-Béchir, dont les gardes du corps se regardent en chiens de faïence. Ce dernier est sous le coup d'un mandat d'arrêt de la Cour pénale internationale (CPI). La procureure gambienne Fatou Bensouda, qui est descendue à l'hôtel pour faire du lobbying auprès des chefs d'État, pourrait presque le ramener à La Haye. On aperçoit aussi Joyce Banda, la très demandée présidente du Malawi, qui avait promis de faire arrêter el-Béchir s'il posait les pieds dans son pays et avait contraint l'UA à déplacer un sommet qui devait s'y tenir.

Dans la capitale éthiopienne, on a largement commenté les événements du Mali et d'Afrique du Nord (attaque d'In Amenas, manifestations contre le président Mohamed Morsi en Égypte...). Les dirigeants arabes n'ont pas manqué de se réconforter. Abdelmalek Sellal, le Premier ministre algérien sur le départ, a ainsi souhaité bon courage au ministre égyptien des Affaires étrangères. Mais on a aussi beaucoup commenté la Coupe d'Afrique des nations. Entre deux sollicitations ou après la longue journée de travail, les chefs d'État ont suivi les matchs des sélections nationales avec leurs ministres, conseillers et invités. Les Ouest-Africains, avec sept équipes qualifiées sur huit en quarts de finale, ont affiché leur supériorité du moment. Il y a ceux qui se sont émerveillés des prouesses techniques de l'Ivoirien Didier Drogba, du Togolais Emmanuel Adebayor, du Malien Seydou Keita ou encore du Burkinabè Alain Traoré. Et ceux qui se sont emportés face aux bourdes commises par des gardiens de but ou des défenseurs. Le ballon rond, dont les dirigeants sont de grands adeptes, a finalement été le grand sujet de discussion en marge de ce sommet dominé par l'entrée sur le terrain malien des forces françaises.

Au service de sa majesté

Première visite à Addis-Abeba de Saadeddine ?El Othmani, le ministre marocain des Affaires étrangères. Si le royaume n'a toujours pas réintégré l'Union africaine (UA), son chef de la diplomatie a néanmoins siégé dans l'enceinte de l'organisation panafricaine le 29 janvier, pour la conférence des donateurs du Mali. Le Maroc, qui a promis 5 millions de dollars (3,7 millions d'euros), a obtenu que la République arabe sahraouie démocratique (RASD) ne participe pas à l'événement. Pour faire avaler la pilule à Mohamed Abdelaziz, son président, les dirigeants de l'UA lui ont donné la parole lors de la clôture du sommet des chefs d'État.

En Éthiopie, Othmani a également rencontré les présidents tunisien Moncef Marzouki, béninois Boni Yayi, sénégalais Macky Sall et la présidente malawite Joyce Banda, sans oublier douze de ses homologues. Il a défendu, bien entendu, la proposition marocaine de régionalisation dans le cadre du règlement du conflit du Sahara, parlé de la crise malienne, des relations bilatérales et du sommet de la Communauté des États sahélo-sahariens (Cen-Sad) qui se déroulera les 15 et 16 février prochain. Absent de l'UA depuis l'entrée de la RASD en 1984, le royaume compte sur la dynamisation de la Cen-Sad pour porter ses messages continentaux. Lors des huis clos entre chefs d'État, la question du Sahara occidental a par ailleurs été évoquée. La présidente de la Commission de l'UA, Nkosazana Dlamini-Zuma, a été mandatée pour demander au Maroc d'organiser un référendum d'auto­détermination pour les Sahraouis. « Si Rabat accepte, il pourra faire son retour à l'UA », a expliqué un dirigeant de la Commission. Un prêche dans le désert... Pascal Airault.

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