Extension Factory Builder
11/02/2013 à 09:38
Diminuer la taille du texte Augmenter la taille du texte Imprimer Envoyer Partager cet article
En faisant cavalier seul, Hamadi Jebali a aquis une stature d'homme d’État. En faisant cavalier seul, Hamadi Jebali a aquis une stature d'homme d’État. © AFP

Faute de consensus au sein de la troïka sur un remaniement ministériel, le chef du gouvernement tunisien, Hamadi Jebali, met sa démission dans la balance. Et menace de passer en force en affrontant ouvertement l'aile dure d'Ennahdha, son propre parti.

Hamadi Jebali a souvent affirmé que sa lettre de démission était prête. Mais, samedi 9 février, le chef de l’exécutif tunisien a pris tout le monde de court, surtout sa famille politique, Ennahdha, en la mettant dans la balance pour pouvoir former un gouvernement de technocrates « sans appartenance apolitique ». Les ministres de l'Intérieur, de la Justice et des Affaires étrangères sont en particulier concernés par cette décision, alors qu'Ennahda refuse depuis des mois de lâcher ces portefeuilles. Quant aux futurs membres du gouvernement, ils devront aussi s'engager à ne pas participer aux prochaines élections, affirme Jebali.

L’assassinat de Chokri Belaïd, secrétaire général du parti El Watad, le 6 février, aurait pu affaiblir sa position. Son gouvernement est plus que jamais critiqué pour la crise économique et son parti pointé du doigt pour avoir une responsabilité morale dans l’exécution du militant démocrate. Mais grâce à sa fermeté il pourrait gagner son pari, malgré les menaces d’agitation brandies par les radicaux de son camp, car il a non seulement l’appui des partis laïcs, mais aussi la force de la loi avec lui. Selon celle dite d'organisation provisoire des pouvoirs publics, le chef du gouvernement peut « créer, modifier et supprimer les ministères et les secrétariats d'État, et fixer leurs attributions et prérogatives, après délibération du Conseil des ministres et information du président de la République ».

Mini-putsh

Jebali presse aussi l’Assemblée nationale constituante (ANC) de fixer des élections au plus vite. Problème : la Constitution est encore en friche.

Le défi est de taille. Car si Hamadi Jebali a été parmi les premiers à reconnaître, en juillet 2012, le manque de performance de ses ministres et la difficulté de coordonner une équipe comptant pas moins de soixante membres, il peine depuis lors à opérer un remaniement convenant à Ennahdha, à Ettakatol et au Congrès pour la République (CPR), les trois partis à la tête de la Tunisie. Cet originaire de Sousse , incarcéré pendant 16 ans dont 10 en isolement sous Ben Ali, est certes monté au créneau avec courage, assurant avoir pris sa décision à l’insu de tous - y compris de son propre parti -, il n’a cependant rien révélé quant à cette nouvelle équipe ni à la date de son entrée en fonction.

Jebali presse aussi l’Assemblée nationale constituante (ANC) de fixer des élections au plus vite, mais la Constitution est encore en friche. Le type de régime politique n’a pas été choisi et il est nécessaire de préparer la loi électorale et de relancer les instances de gestion des élections. Reste qu'avec ses airs placides, Hamadi Jebali a opèré ce qui ressemble à un mini-putsch en se démarquant de l’emprise de Rached Ghannouchi et du Conseil consultatif d’Ennahda dans la gestion des affaires.

Ambiguités

Pourtant, l'ancien directeur du journal d'Ennahdha, El-Fajr, est d'abord un fidèle du parti islamiste, tout acquis à sa famille politique malgré ses divergences avec une aile dure qui refuse de céder le moindre centimètre sur les ministères régaliens. Mais le pays va trop mal, selon lui, pour tergiverser. Et en faisant cavalier seul, Jebali acquiert une stature d’homme d’État, tout en confirmant indirectement les dysfonctionnements d’une troïka gouvernementale qui aura du mal à survivre à un remaniement.

L’ancien prisonnier qui taillait des pièces d’échecs dans des savonnettes, pourrait changer la donne - ainsi que le devenir de l'islam politique - en Tunisie.

La position de cet homme de 63 ans – atteint de troubles cardiaques et spécialiste des lapsus malencontreux – sera quand même délicate car il demeure Secrétaire général d'Ennahdha. Dans ces conditions, comment envisage-t-il de conduire une équipe d’indépendants ?  « Hamadi Jebali représente une tendance moderne et modérée mais, étant minoritaire, il ne pèsera pas lourd lors des grandes prises de décision », avaient prédit des observateurs. Ils se sont trompés.

L’ancien prisonnier qui taillait des pièces d’échecs dans des savonnettes, pourrait rallier les modérés, les conservateurs et changer la donne - ainsi que le devenir de l'islam politique - en Tunisie. Certains rappellent cependant que l'impopularité gouvernementale n'est pas due à un simple manque de compétences, mais également aux ingérences politiques dans les affaires judiciaires et aux positions liberticides du gouvernement.

________

Par Frida Dahmani, à Tunis

Abonnez-vous pour 11,25€ / mois
Tous droits de reproduction et de représentation ImprimerImprimer EnvoyerEnvoyer Partager cet articlePartager

Article suivant :
Algérie : un an pour réussir

Article pr�c�dent :
Serval et nous

Réagir à cet article

Tunisie

Documentaire : trois garçons, une fille et la révolution

Documentaire : trois garçons, une fille et la révolution

Mêlant fiction et réalité, la réalisatrice Raja Amari raconte les prémices et le déroulement de la révolution tunisienne à travers quelques documents d'archives, mai[...]

Marzouki : "Mohamed Bouazizi est devenu un symbole qui a franchi les frontières tunisiennes"

Le président tunisien Moncef Marzouki a tenu un meeting de campagne pour sa réélection à Sidi Bouzid, mercredi, jour anniversaire de l'immolation de Mohamed Bouazizi, un des symboles de la[...]

Tunisie - Aziz Krichen : "Marzouki est l'esclave de sa propre passion dévorante du pouvoir"

À quelques jours du second tour du scrutin présidentiel prévu le 21 décembre, Aziz Krichen, ancien ministre-conseiller en affaires politiques de Moncef Marzouki, analyse les récents changements[...]

Tunisie : Hamadi Jebali, à droite toute !

Déçu des orientations prises par Ennahdha, le dirigeant islamiste tunisien claque la porte du parti. Et prépare la suite... en essayant de doubler Marzouki sur sa droite.[...]

Tunisie : Nidaa Tounes dit avoir trouvé une majorité sans les islamistes

Le parti anti-islamiste Nidaa Tounès est en mesure de former une coalition majoritaire au Parlement pour gouverner sans avoir à nouer une alliance contre-nature avec les islamistes d'Ennahdha, a affirmé[...]

Mali : le Tunisien Mongi Hamdi nommé à la tête de la Minusma

Le ministre tunisien des Affaires étrangères, Mongi Hamdi, remplace le Néerlandais Bert Koenders à la tête de la Minusma, a annoncé vendredi un communiqué des Nations unies.  [...]

Tunisie : l'ancien Premier ministre Hamadi Jebali démissionne d'Ennahdha

C'est un petit tremblement de terre au sein d'Ennahdha. L'un de ses fondateurs, l'ancien Premier ministre Hamadi Jebali, a annoncé jeudi sa démission du parti islamiste.[...]

CAN 2015 : les dix buteurs africains qui affolent les compteurs

Des valeurs sûres, des révélations et des come-back inespérés… Alors que la fin de l’année approche, certains joueurs africains squattent le haut du classement des buteurs des[...]

CAN 2015 : calendrier des matchs, groupes et résultats

La Coupe d'Afrique des nations (CAN) 2015 débute le 17 janvier. Consultez le calendrier complet et les résultats des matchs de la compétition qui s'achèvera le 8 février en Guinée[...]

Présidentielle tunisienne : la cohabitation de tous les dangers

Si Moncef Marzouki remportait l'élection présidentielle, l'enchevêtrement des attributions entre les deux têtes de l'exécutif tunisien pourrait conduire à une paralysie[...]

Dernière Minute

Toutes les dépèches
Voir tous les dossiers