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09/02/2013 à 17:00
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Les unes des journaux à Bamako. Les unes des journaux à Bamako. © AFP/Issouf Sanogo

Sous contrôle étroit, les journalistes locaux obtiennent des informations au compte-gouttes. Et sont priés de soutenir l'armée.

« Comment couvrir un conflit quand on n'est pas maître du jeu ? » Abdoulaye Barry, rédacteur en chef de la chaîne Africable, ne cache pas sa frustration. Journaliste de terrain, il a suivi toutes les crises de la sous-région. Grèves du pétrole au Nigeria, crise postélectorale en Côte d'Ivoire... Il a même interviewé le premier le capitaine Amadou Haya Sanogo après le renversement d'Amadou Toumani Touré en mars 2012. Mais là, il s'est senti totalement démuni. « L'information était verrouillée et nous arrivait par bribes, depuis les chaînes françaises. »

Pour comprendre, il faut revenir au 10 janvier. À Konna (Centre), l'armée malienne affronte les jihadistes d'Al-Qaïda au Maghreb islamique (Aqmi), du Mouvement pour l'unicité et le jihad en Afrique de l'Ouest (Mujao) et d'Ansar Eddine. Le lendemain, dans le cadre de l'opération Serval, les frappes aériennes commencent. Les premières images du front viennent du service de communication de l'armée française, puis des reporters de la chaîne publique France 2, qui progressent aux côtés des troupes. Le déroulement des combats ? Les bilans ? On les apprend par France 24, de la bouche de Jean-Yves Le Drian ou de Laurent Fabius, respectivement ministre français de la Défense et des Affaires étrangères. À ce moment-là, les journalistes de l'Hexagone donnent le ton. « Durant deux semaines environ, la France a guidé la ligne éditoriale de la majorité des médias maliens », observe Alexis Kalambry, directeur de la rédaction des Échos, un grand quotidien du pays.

Le grand mystère

Car côté malien, rien n'a filtré. Le premier point de presse de la Direction de l'information et des relations publiques de l'armée (Dirpa) a lieu le 14 janvier. Le deuxième, le 28. Sur la guerre, on ne sait pas grand-chose : ni le nombre de soldats engagés ni ce qu'elle coûte au Mali. Même le nom de l'opération - Badenko (« une affaire de famille », en bambara) - semble être un secret d'État. Pour se rendre dans les zones de conflits, les journalistes maliens doivent attendre deux accréditations (de l'armée et du ministère de la Communication). Et le précieux sésame ne garantit en rien l'accès au théâtre des opérations : beaucoup sont refoulés à Ségou, à 250 km de Bamako. « Notre photoreporter a dû ruser pour accéder à Diabali. Il s'est fait passer pour un habitant de la ville, en ne montrant que son permis de conduire [la profession étant inscrite sur la carte d'identité malienne, NDLR] », raconte Kalambry.

Trois semaines après le début du conflit, la presse malienne a enfin repris la main sur l'actualité. Encadrés par l'armée, des journalistes se sont rendus dans les territoires « libérés ». Ils ont pu filmer la liesse populaire, les véhicules jihadistes détruits... et un enfant soldat hagard, passé en boucle sur la première chaîne de l'Office de radio-télévision malienne (ORTM). En collaboration avec l'ambassade de France, la Maison de la presse a monté, à Sévaré, une équipe de journalistes qui collectent les nouvelles du front pour leurs confrères restés à Bamako.

Mises en garde

Mais là encore, on est loin des schémas classiques. « Nous avons reçu une mise en garde de l'armée : chaque journaliste devra répondre des informations qu'il diffuse, déclare Boukary Daou, directeur de la rédaction du quotidien Le Républicain. Et le gouvernement a lancé un appel clair : il faut accompagner les efforts de l'armée. L'heure est au sursaut patriotique », ajoute-t-il.

Tête de pont du « sursaut », l'ORTM et son nouveau programme, Sur la ligne de front. Une demi-heure de news sur la guerre, après le 20-heures. Sa ligne est claire : galvaniser les troupes, redorer leur image et mobiliser les citoyens dans cette croisade contre les « bandits armés » et « les narcoterroristes ». « Nous travaillons en étroite collaboration avec l'armée, qui nous fournit parfois des images », explique Mahamadou Koné, directeur de l'information à l'ORTM. « C'est vrai que ce n'est pas vraiment le but premier du journalisme, déclare Daou. Mais le pays traverse une période difficile et on est maliens avant tout », se justifie-t-il. La presse malienne, prompte à défendre bec et ongles ses prérogatives, est aux prises avec sa déontologie. L'heure est au sursaut, donc. Pour le meilleur ? Cela reste à voir.

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Malika Groga-Bada, envoyée spéciale à Bamako

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