La photo d'un soldat français portant un foulard à tête de mort a créé une vive polémqiue.
© Issouf Sanogo/AFP
Comment les lecteurs de Jeune Afrique perçoivent-ils la guerre au Mali ? Voici quatre témoignages représentatifs des nombreuses lettres reçues par la rédaction de votre hebdomadaire.
La guerre à reculons
Certains pays africains brillent par leurs hésitations, leur silence, voire par leur indifférence. À l'image de l'Afrique du Sud, dont l'armée, moderne, organisée, parfaitement bien équipée et compétitive sur la scène mondiale, avance à reculons.
L'éloignement du Mali justifie-t-il cette attitude ? Je ne le pense pas. Pour obtenir l'élection de Nkosazana Dlamini-Zuma à la présidence de la Commission de l'Union africaine, les Sud-Africains n'avaient pas hésité à parcourir l'Afrique d'est en ouest et du nord au sud. Bamako leur paraissait alors très proche de Pretoria. Actuellement, le pays de Jacob Zuma semble davantage préoccupé par la CAN 2013. Croit-il que le coeur des Africains y soit vraiment ?
Latif Camara, Neuchâtel, Suisse
Silence coupable
Fidèle lecteur de Jeune Afrique, j'ai dévoré vos éditions consacrées aux armées africaines (J.A. n° 2709, du 9 au 15 décembre 2012) et au silence des ex-présidents maliens face à la crise que traverse leur pays (J.A. n° 2710, du 16 au 22 décembre 2012).
S'agissant notamment du mutisme de Moussa Traoré, d'Alpha Oumar Konaré ou encore d'Amadou Toumani Touré, il n'y a pas meilleur aveu de complicité. Le proverbe ne dit-il pas : « Qui ne dit mot consent » ? Ils ont forcément une part de responsabilité dans la déliquescence du Mali, comme quelques autres dirigeants africains, d'ailleurs. Reste à savoir si l'Afrique a besoin de ces prétendus hommes forts ou, plutôt, d'institutions fortes. Hormis le Sénégal, les pays francophones ont malheureusement toujours misé sur des hommes providentiels. Des personnalités troubles, qui, aujourd'hui, saluent l'intervention de l'armée française au Mali alors que, hier encore, elles étaient promptes à pointer du doigt une France « impérialiste », « colonialiste », voire « raciste », en particulier lorsque leur mode de gouvernance était mis en cause. Dans le cas malien, pourquoi n'entendons-nous pas crier à « l'ingérence dans les affaires intérieures d'un État souverain » ? Messieurs les dirigeants africains, soyez cohérents et évitez le ridicule.
Hervé Chastel Mabaté, Milan, Italie
Fierté française
Je suis français, j'aime l'Afrique, et la crise malienne m'interpelle. Que dois-je penser du Nigeria, prêt à y envoyer un contingent d'hommes participer à la force d'interposition ? N'y a-t-il pas déjà dans ce pays des activistes détenant un Français en otage ? Le Nigeria ne devrait-il pas commencer par faire le ménage chez lui ? Que dire de l'Algérie, qui devait fermer ses frontières et qui vient d'avoir maille à partir avec d'impitoyables preneurs d'otages ? Et qu'en est-il de l'Europe, ce géant économique ? Que gagne la France à y aller seule ? A priori, rien, si ce n'est un certain prestige. Mais, pour une fois, je suis particulièrement fier de mon pays .
Jean-Baptiste Chartier, Paron, France
Lents à la détente
Qu'ils sont lents, les dirigeants africains, à réagir aux crises qui s'abattent sur leurs pays. Figés dans des postures irréalistes, ils ne comprennent que le langage de la force. Parfois, hélas, trop tard.
L'ex-président ivoirien Laurent Gbagbo aurait ainsi pu épargner à son pays le tragique bain de sang qu'il a connu ; Joseph Kabila, président de la RD Congo, aurait pu, lui, éviter de se faire ridiculiser par le M23 en engageant des négociations ; le Centrafricain François Bozizé aurait rempli ses engagements qu'il n'aurait pas eu à affronter une énième rébellion ; quant au Mali, ses leaders ont eux aussi longtemps tergiversé, ouvrant la voie aux islamistes. Et il aura fallu attendre qu'un pays occidental, ex-colonisateur de surcroît, décide d'intervenir pour que les pays africains sortent, enfin, de leur léthargie. Pathétique, non ?
Franck Kakel Mbumb, Lubumbashi, RDC
Mali "L'Afrique sous le choc" à la une de J.A. n° 2716, en kiosques du 27 janvier au 2 février :

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