Extension Factory Builder
31/01/2013 à 08h:45
Diminuer la taille du texte Augmenter la taille du texte Imprimer Envoyer Partager cet article
Dans un hôpital de Pékin, le 13 janvier. Dans un hôpital de Pékin, le 13 janvier. © AFP

La capitale de la Chine a connu en janvier les plus forts taux de pollution atmosphérique au pays depuis dix ans. Derrière leurs masques, les Pékinois suffoquent.

En ce mois de janvier, un épais brouillard de poussière grise nimbe tout le nord de la Chine. La visibilité ne dépasse pas cent mètres, les enfants sont confinés à l'intérieur des maisons, et les Pékinois, d'ordinaire résignés, grognent derrière leurs masques de protection. Les taux de pollution enregistrés dans la capitale atteignent des sommets : quarante fois plus que le seuil d'alerte fixé par l'Organisation mondiale de la santé !

Depuis le début de l'année, sous la pression de l'opinion, le gouvernement s'est résolu à publier chaque heure les taux de pollution dans les soixante-dix plus grandes villes du pays. Ils prennent en compte désormais les concentrations de particules fines d'un diamètre égal ou inférieur à 2,5 microns et capables de pénétrer jusqu'aux alvéoles pulmonaires et de migrer dans le sang. Ce sont ces poussières qui, au coeur de l'hiver, ont transformé Pékin en capitale mondiale de la pollution.

« La publication de ces nouvelles mesures est une bonne chose, explique Ma Jun, directeur de l'Institut des affaires publiques et environnementales, une ONG spécialisée. Le gouvernement sait qu'il n'a plus le monopole de l'information en ce domaine et que l'opinion peut enfin prendre la mesure du problème. »

Reste que ces résultats sont catastrophiques, et que, pour la première fois, les médias officiels se sont saisis du dossier. La télévision publique CCTV a ouvert ses journaux sur cette vague de pollution sans précédent, et mis en garde les personnes les plus vulnérables. « L'information du public est une bonne chose, mais le problème doit être réglé en amont, explique Ma Tianjie, le directeur de Greenpeace pour la Chine. Il nous faut davantage d'informations sur les usines les plus polluantes. Que produisent-elles ? Quels produits chimiques utilisent-elles et en quelles quantités ? Il faut mettre la pression sur les industries les plus polluantes. » Le gouvernement tarde à répondre. Li Keqiang, le futur Premier ministre (il prendra ses fonctions au mois de mars), a reconnu l'ampleur du problème, mais confessé qu'il « faudra du temps » pour en venir à bout.

Cauchemar

En attendant, les 20 millions de Pékinois suffoquent. Les chantiers de construction prolifèrent, libérant dans l'atmosphère des tonnes de poussière, tandis que le nombre des voitures en circulation grossit de 240 000 chaque année (on en recense au total 5 millions dans la capitale). Quatre-vingts pour cent de l'électricité et du chauffage sont fournis par des centrales à charbon souvent vétustes et polluantes. Ce sont ces centrales qui, contraintes de fonctionner à plein régime en raison de la baisse des températures, transforment la ville en cauchemar écologique. Malgré la mise en place de normes toujours plus strictes, le gouvernement peine en effet à contrôler l'ensemble de ses industries. Il rechigne également à munir de pots catalytiques les quelque 225 millions de véhicules que compte le pays.

Pourtant, il y a urgence. Le coût des dommages est estimé à près de 100 milliards de dollars (75 milliards d'euros). Selon la Banque mondiale, le nombre des décès directement provoqués par la pollution avoisine 750 000 par an. Au total, la Chine dépenserait l'équivalent de 3,8 % de son PIB à nettoyer les dommages infligés à l'environnement. « C'est catastrophique pour la santé, mais tout autant pour l'économie, commente Ma Jun. Jouer la prospérité économique au prix d'une énorme consommation d'énergie et de la dégradation de l'environnement est un cercle vicieux. Il est temps de nous réveiller. »

Tous droits de reproduction et de représentation ImprimerImprimer EnvoyerEnvoyer Partager cet articlePartager

0 réaction(s)

Réagir à cet article

International

États-Unis : la fusée Hillary sur orbite

États-Unis : la fusée Hillary sur orbite

L'ancienne secrétaire d'État songe très sérieusement à briguer la Maison Blanche en 2016. Son principal handicap ? L'embarrassante affaire de l'attaque du consulat à Benghazi, dont[...]

Football : les Qataris du PSG face au souhait d'Ancelotti de quitter le club

L'entraîneur du PSG, Carlo Ancelotti, a manifesté dimanche 19 mai son envie de rejoindre le Real Madrid en fin de saison, mais s'est heurté à une fin de non-recevoir du club de la capitale qui souhaite[...]

Quiz : êtes-vous vraiment à jour sur l'actualité africaine ?

Sahara occidental, présidentielle malgache, Festival de Cannes, manifestations en Côte d'Ivoire... l’actualité de la semaine passée a été riche. Testez vos connaissance en[...]

États-Unis : un business nommé Jay-Z

Rappeur, entrepreneur, mari de Beyoncé... Tout semble réussir à Jay-Z. Son nouveau champ d'action : le management sportif. Son système : vantardise et débrouille. Son objectif : gagner[...]

L'actualité de la semaine en images

Affrontements en République Démocratique du Congo, visite de Valérie Trierweiler au Mali, immolation par le feu de jeunes tunisiens... Revivez en image avec "Jeune Afrique" les moments forts de la[...]

Racisme : "Be my slave", la mode au centre d'une nouvelle polémique sur l'esclavage

Après la dernière controverse autour de la gamme "style esclave" de la marque Mango, une nouvelle polémique secoue le milieu de la mode. Cette fois-ci, c’est un shooting baptisé "Be[...]

Italie : Cécile Kyenge, un parcours de battante

Ophtalmologue de 48 ans, d'origine congolaise, Cécile Kyenge est le premier ministre noir de l'histoire de l'Italie. Et, malgré les attaques racistes dont elle est la cible, elle assume avec panache ses origine.[...]

France - Libye : bienvenue à Tripolar !

Argent, sexe, pouvoir... Durant les années Sarkozy et jusqu'à la chute de Kaddafi, plusieurs proches du président français et du "Guide" libyen ont grenouillé en eau trouble.[...]

Comores : un complot ourdi en France ?

Les autorités comoriennes qui enquêtent sur la récente tentative de coup d'État ont acquis la certitude qu'une partie du complot avait été ourdie en France.[...]

Algérie : cauchemar suisse pour Khaled Nezzar

Inculpé pour "torture" en Suisse en 2012, l'ancien ministre algérien de la Défense Khaled Nezzar a été auditionné pendant plus de sept heures. Et il pourrait bientôt[...]

Dernière Minute

Toutes les dépèches
Voir tous les dossiers

Jeune Afrique Emploi

Toutes les annonces