Extension Factory Builder
28/01/2013 à 12:24
Diminuer la taille du texte Augmenter la taille du texte Imprimer Envoyer Partager cet article
Tahir ul-Qasri dans un contenueur à l'épreuve des balles. Tahir ul-Qasri dans un contenueur à l'épreuve des balles. © Muhammed Muheisen/AP/Sipa

Rentré inopinément du Canada fin décembre, le prédicateur Tahir ul-Qadri a aussitôt engagé une virulente campagne anticorruption qui a failli emporter le gouvernement élu du Pakistan.

Souvent décrié, le gouvernement pakistanais présidé par Asif Ali Zardari, veuf de Benazir Bhutto, vient de marquer des points importants en réussissant à mettre un terme aux manifestations populistes qui paralysaient Islamabad depuis le début de l'année. Plus de cinquante mille personnes battaient en effet le pavé devant le Parlement pour réclamer la démission des dirigeants « corrompus » et la mise en place d'un gouvernement transitoire de « technocrates » chargés de préparer les législatives du mois de mai.

Cette campagne était orchestrée par un religieux modéré de 61 ans surgi de nulle part. Enfin, presque. Tahir ul-Qadri, c'est son nom, est un ancien professeur de droit à l'université du Pendjab, à Lahore. En 1999, il soutint le coup d'État militaire du général Pervez Musharraf, avant de rompre avec lui avec fracas, et, en 2005, de s'installer à Toronto et de prendre la nationalité canadienne. Adepte du soufisme, c'est un prédicateur charismatique, fondateur de Minhaj ul-Quran, une organisation caritative implantée dans quatre-vingt-dix pays.

Injonctions

Rentré au Pakistan quelques jours avant Noël 2012, Qadri a aussitôt lancé une coûteuse campagne télévisuelle contre la corruption des politiques et pour la mise en oeuvre de réformes électorales. Le 23 décembre, il a rassemblé sur ce thème cent mille personnes à Lahore. Deux semaines plus tard, il lançait ses partisans à l'assaut de la capitale et appelait le gouvernement démocratiquement élu à démissionner avant le 15 janvier...

Les militaires veulent reprendre le contrôle du jeu politique. Travaille-t-il pour eux en secret?

Celui-ci n'avait vraiment pas besoin de ça. Déjà sapée par le terrorisme et les violences ethniques, ces maux endémiques de la société pakistanaise, son autorité est de surcroît bafouée par la Cour suprême, dont les injonctions érodent peu à peu le pouvoir des élus. Le 15 janvier, celle-ci est allée jusqu'à ordonner l'arrestation du Premier ministre, Raja Pervez Ashraf, impliqué dans une affaire de pots-de-vin. Comment, dans ces conditions, s'étonner que les accusations lancées par Qadri contre le gouvernement et la démocratie aient mobilisé les foules ?

Erreur stratégique

Manifestement, le prédicateur se voyait déjà à la tête de l'équipe de transition dont il appelait la constitution de ses voeux ! Son plan était de rassembler autour de lui des technocrates, des magistrats et des militaires. Grosse erreur stratégique, tant l'animosité contre l'armée reste vive dans la classe politique. Abonné aux coups d'État militaires depuis sa création, en 1947, le Pakistan n'a fait le choix de la démocratie qu'en 2008. Malgré ses faux pas et ses maladresses, le nouveau régime est parvenu à l'enraciner, en limitant les pouvoirs du président et en accroissant les compétences des assemblées provinciales. Si les élections ont bien lieu comme prévu au printemps, le gouvernement Zardari sera le premier à achever son mandat de cinq ans. Pouvoir comme opposition tiennent à cette échéance comme à la prunelle de leurs yeux. Or ils soupçonnent Qadri d'agir en sous-main pour le compte de militaires désireux de geler le processus démocratique afin de reprendre le contrôle du jeu politique.

Pour Qadri, le vent a commencé de tourner quand l'opposition a refusé de se joindre à son sit-in devant le Parlement. « On ne peut pas interpréter l'échec de ce gouvernement comme celui de la démocratie », a estimé Nawaz Sharif, le leader de la Ligue musulmane. Ledit gouvernement a sauté sur l'occasion pour ouvrir des négociations. Du coup, Qadri a été contraint d'appeler ses supporteurs à se retirer d'Islamabad sans avoir obtenu la dissolution du Parlement. C'est donc la démocratie qui a fini par l'emporter.

Abonnez-vous pour 11,25€ / mois
Tous droits de reproduction et de représentation ImprimerImprimer EnvoyerEnvoyer Partager cet articlePartager

0 réaction(s)

Réagir à cet article

International

Stanley Nelson : 'Obama n'a rien changé à la situation des Noirs'

Stanley Nelson : "Obama n'a rien changé à la situation des Noirs"

Le réalisateur américain, Stanley Nelson, a présenté pour la première fois en France son documentaire "Freedom Summer" au Festival international des films de la diaspora africai[...]

Inde : la nouvelle usine du monde ?

"Made in India" : c'est le mot d'ordre du nouveau gouvernement nationaliste, qui s'inspire du modèle chinois pour relancer l'emploi, la croissance et les exportations. Plus facile à dire qu'à[...]

Libye - France : un cousin de Kadhafi accuse Sarkozy d'avoir perçu des fonds du "Guide" en 2007

Dans un entretien publié mercredi par "L’Express", l'ancien diplomate Ahmed Kadhaf al-Dam, un cousin de l’ancien "Guide" libyen Mouammar Kadhafi, affirme que Nicolas Sarkozy a bel et bien[...]

Ebola : le plan d'Obama en six questions

Barack Obama a annoncé mardi soir le déploiement de 3 000 militaires américains en Afrique de l'Ouest pour lutter contre la propagation d'Ebola. Point par point, voici ce que prévoit Washington pour[...]

#BurnISISFlagChallenge : pourquoi la flamme s'est éteinte

Largement relayé dans les médias, le #BurnISISFlagChallenge - qui consiste, sur le principe du #IceBucketChallenge, à brûler un drapeau de l’État islamique (ISIS en anglais) en[...]

Sanctions de l'UE contre la Russie : Mugabe soutient Moscou

À l'issue d'un entretien accordé mardi à Sergueï Lavrov, le ministre russe des Affaires étrangères, le président zimbabwéen, Robert Mugabe, a apporté son soutien[...]

Ebola : Washington va déployer 3 000 militaires américains en Afrique de l'Ouest

Le président américain, Barack Obama, va annoncer, mardi, le déploiement de quelque 3 000 militaires en Afrique de l'Ouest pour "faire reculer" l'épidémie d'Ebola.[...]

Najat Vallaud-Belkacem : bulldozer de charme

Depuis son arrivée au ministère de l'Éducation nationale, cette icône de la gauche d'origine marocaine suscite la haine de l'extrême droite. Mais Najat Vallaud-Belkacem n'en a cure : elle[...]

Francophonie - Philippe Suinen : "Voir émerger de nouvelles idées grâce au français"

Philippe Suinen, l'actuel Commissaire général du Forum mondial de la langue française, organisé par l'Organisation internationale de la francophonie, a répondu aux questions de "Jeune[...]

Racisme : un homme politique mexicain compare Ronaldinho à un singe

À peine arrivé au Querétaro FC, un club mexicain, l'emblématique joueur brésilien Ronaldinho a reçu un accueil bien singulier de la part d'un membre du "Partido Acción[...]

Dernière Minute

Toutes les dépèches
Voir tous les dossiers
Buy VentolinBuy Antabuse Buy ZithromaxBuy Valtrex