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31/01/2013 à 13h:04
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Pendant l'exécution de l'hymne national à Abou Dhabi, le 15 janvier. Pendant l'exécution de l'hymne national à Abou Dhabi, le 15 janvier. © Bertrand Langlois / AFP

Sondages en berne, élections partielles perdues... L'année avait mal commencé pour François Hollande. La guerre au Mali a permis au chef de l'État français de retourner la situation en sa faveur. Embellie fugace ou début de la reconquête ?

Les voeux de nouvel an à la presse seraient-ils pour les présidents français l'occasion exceptionnelle d'une sorte de confession publique ? Nicolas Sarkozy avait évoqué l'intimité de sa relation avec Carla Bruni : « Vous avez compris que, cette fois, c'est du sérieux. » Dans un tout autre registre, François Hollande a voulu faire comprendre aux Français que le pays est « dirigé », ajoutant qu'il s'efforçait de trouver « la bonne posture » entre un chef d'État trop proche au risque d'être banal, ou au contraire isolé dans la solitude du pouvoir.

Il avait mal commencé l'année avec d'inquiétantes dégringolades dans les sondages, y compris chez les sympathisants de gauche et les ouvriers, suivies de trois élections législatives perdues. Pis que les records d'impopularité de Nicolas Sarkozy aux mêmes échéances. L'ancien président n'avait connu qu'une brève embellie au début de l'intervention franco-britannique en Libye. François Hollande peut-il bénéficier à son tour de l'unanimité nationale qu'il s'est aussitôt acquise en engageant au Mali une guerre appelée pour une fois par son nom. Assistera-t-on alors chez le président chef des armées à une métamorphose de son personnage et de son image capable de lui faire regagner peu à peu la confiance perdue ?

Ses amis et conseillers l'espèrent, qui voient dans la rapidité de sa décision d'intervention comme dans sa fermeté morale face au cas de conscience des otages un véritable tournant dans le quinquennat. En politique, où les faux durs sont légion, constituerait-il un cas, beaucoup plus rare, de faux mou ? Quand on demande à Bernard Accoyer si Hollande a enfin endossé les habits de la fonction élyséenne, l'ancien président UMP de l'Assemblée répond : « Nécessairement. »

Les deux tiers des Français font confiance au pouvoir pour "mener l'opération militaire" (enquête BVA). Mais qui peut répondre avec certitude à la question : la mener où ?

Et de fait, les interventions des dirigeants sur la scène internationale leur sont toujours favorables en leur conférant une stature d'homme d'État. Au moins au début. Comment l'opinion évoluera-t-elle si le conflit malien dure puis s'enlise dans une occupation sans fin, avec ses dramatiques et coûteux déplacements de réfugiés, et, en France, la résurgence du cauchemar des attentats ? Les deux tiers des Français font confiance au pouvoir pour « mener l'opération militaire » (enquête BVA). Mais qui peut répondre avec certitude à la question : la mener où ? Jean-Yves Le Drian, le ministre de la Défense, ne peut que prévenir : « Ce sera long. »

Défi

Jusqu'à la fin du précédent quinquennat, les sondages ont toujours placé Sarkozy assez loin devant Hollande pour la capacité à lutter contre la crise mondiale. Ils n'ont cessé pourtant de lui préférer son rival pour la protection des Français contre ses conséquences. Ce fut la raison principale de la victoire du candidat socialiste. Sans surprise : dans toutes les grandes démocraties, les batailles électorales se gagnent toujours sur la politique intérieure.

Pour le chef de l'État, le défi reste le même. Quelles que soient la durée et l'issue de l'affaire malienne, qui lui vaut aujourd'hui le soutien de 48 % des Français, c'est sur d'autres batailles, économiques et sociales, qu'on l'attend. Et qu'il devra confirmer sa nouvelle dimension. Non plus le Hollande dont chaque décision était systématiquement critiquée par les deux oppositions, de gauche et de droite ; qui entretenait avec une apparente indifférence son image de pusillanimité ; qui hésitait à trancher sous prétexte de synthèse ; qui reproduisait en somme à l'Élysée le personnage et les méthodes de ses onze années de gouvernance du PS. Jusqu'à son air permanent de jovialité débonnaire qui le déphasait dangereusement par rapport aux angoisses du pays !

Dans tous les domaines, il reprend la main, quitte à s'aventurer dans des engagements pour le moins incertains, à commencer par le plus emblématique de tous : la baisse du chômage.

Posture

A-t-il trouvé enfin « la bonne posture » qu'il évoquait lors de ses voeux aux journalistes ? Dans tous les domaines, il reprend la main, quitte à s'aventurer dans des engagements pour le moins incertains, à commencer par le plus emblématique de tous : la baisse du chômage, alors que l'économie est depuis quinze mois à l'arrêt voire en recul et qu'il faudrait un point et demi de croissance pour « inverser la courbe ». Il peut se targuer du succès in extremis de la conférence sociale, qui aura bien mérité son appellation d'« historique » si elle met fin à la peur de la précarité chez les salariés et à la peur de l'embauche chez les employeurs. Et si, surtout, elle réussit à remplacer progressivement les réflexes d'affrontement de classe par les compromis du dialogue social.

Sarkozy admirait le modèle allemand, Hollande l'applique avec « de la justice en plus » pour le distinguer de l'agenda Schröder, dont il reprend néanmoins les objectifs comme les méthodes : la réindustrialisation par la compétitivité, l'abaissement du coût du travail pour relancer la recherche et l'innovation, le retour à l'équilibre budgétaire par la plus périlleuse des réformes : ces 60 milliards de réduction des déficits publics qui, cette fois, l'obligeront à tailler dans le vif des clientèles du PS.

Pour l'historien Jacques Julliard, le problème de François Hollande est qu'en donnant la priorité à l'économie plutôt qu'au social « il ne pratique pas une politique naturelle à la gauche »*. Un problème dont il entend faire au contraire une solution, en assumant le pragmatisme gestionnaire d'un nouveau socialisme ni social-démocrate ni libéral social, mais revendiqué comme « le plus à gauche de l'Europe » par Pierre Moscovici, son ministre des Finances. Et en se l'appliquant d'abord à lui-même. « Un quinquennat, dit-il, se juge à ses débuts et se sanctionne à la fin. » 

*Le Monde du 20 janvier 2013

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