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31/01/2013 à 15:40
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Louise Mushikiwabo est la ministre rwandaise des Affaires étrangères.

Il est, par les temps qui courent, devenu difficile pour un homme politique ou un diplomate d'afficher qu'il travaille main dans la main avec le Rwanda. « Le Rwanda soutient le M23 », répètent les médias et les ONG, qui modèlent le discours occidental sur l'Afrique - une formule énoncée comme s'il était impossible d'apporter la preuve du contraire. Des redresseurs de torts partisans ont décidé qu'ils avaient raison et que tous ceux qui osaient penser différemment se trompaient ou étaient financés par le Rwanda. Ce harcèlement doit cesser.

Après le génocide, le Rwanda a compris que, pour se rétablir durablement, il devait nouer de solides alliances régionales et mondiales. Tout en relevant de nombreux défis urgents et complexes à l'intérieur de notre pays, nous avons réussi, à l'extérieur, à nous engager activement au sein de la Communauté d'Afrique de l'Est (EAC), de l'Union africaine (UA), de la Francophonie et du Commonwealth.

En dépit du fait que beaucoup de Rwandais éprouvent toujours de la colère contre les Nations unies et leur incapacité à les protéger en 1994, le Rwanda ne s'est pas dérobé et a déployé (malgré sa modeste population de 11 millions d'habitants et ses moyens limités) la plus grande force africaine de maintien de la paix. Avec ardeur et succès, nous nous sommes engagés sur la voie des Objectifs du millénaire pour le développement ; nous avons accepté la direction de la commission chargée d'étendre l'accès à l'internet haut débit sur le continent ; nous avons organisé à Kigali une conférence de l'ONU sur le rétablissement de la paix en situation de post-conflit. S'agissant de la Grande-Bretagne et des États-Unis, le Rwanda a développé des liens très étroits avec de nombreux dirigeants, et nous leur sommes reconnaissants de leur soutien aux progrès économiques et sociaux du Rwanda.

Le Rwanda ne s'est pas engagé pour gagner l'approbation du reste du monde mais, comme notre élection au Conseil de sécurité de l'ONU l'atteste, cela nous a valu un minimum de respect. Dans ces conditions, pourquoi certains médias et certains défenseurs des droits de l'homme se croient-ils infaillibles quand il s'agit du Rwanda ?

Tout est lié aux allégations publiées dans une série de rapports préparés, pour le Conseil de sécurité de l'ONU, par un groupe d'experts sur la RD Congo. Selon les témoignages très indirects mentionnés dans ces rapports (et en grande partie issus de sources militaires et des services de renseignements congolais), le Rwanda soutiendrait une rébellion dans la partie est de la RD Congo.

En réalité, peu de gens se sont penchés sur ces documents, qui accumulent confusément sigles et anecdotes. Toute l'attention s'est focalisée sur un résumé retravaillé par des ONG et diffusé ensuite par les médias. Quand je demande à des journalistes de citer des éléments précis, je fais toujours face à des regards vides. Le gouvernement rwandais a passé beaucoup de temps à mettre au point la réfutation détaillée des accusations formulées par le « groupe d'experts », mais, en fait, personne ne semble savoir exactement ce que l'on nous reproche.

À Washington, l'ancienne secrétaire d'État adjointe aux Affaires africaines Jendayi Frazer a dit ce qu'il en était en décembre dernier : « Je ne pense pas que les éléments de preuve contenus dans ce rapport soient convaincants, a-t-elle affirmé sur la chaîne de télévision Al-Jazira. Je ne sais même pas qui sont ces experts. Il y a comme un nuage d'anonymat sur leur identité et leur agenda. » Manifestement surpris, le journaliste qui l'interrogeait a bafouillé quelques noms parmi les accusateurs du Rwanda, comme si cela pouvait être une preuve en soi. « Ce n'est pas parce que beaucoup de gens disent une chose, a répondu Frazer, que cela la rend vraie. »

Quand les médias occidentaux portent leur attention sur l'Afrique, elle est trop souvent superficielle et négative. Le contexte n'y est pas, l'histoire est balayée. Qui en est la victime tragique cette semaine ? Qui est le tyran du jour ? Il est exaspérant que nous soyons ainsi caricaturés, et c'est contre-productif quand cela se traduit par des réductions d'aide qui affectent notre capacité à fournir des services à notre peuple. Mais cela ne nous fera pas dévier du droit chemin.

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