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31/01/2013 à 15:17
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Le Premier ministre Abdelmalek Sellal, le 21 janvier 2013. Le Premier ministre Abdelmalek Sellal, le 21 janvier 2013. © Sipa

Attaque-surprise d'une ampleur exceptionnelle, répercussions internationales, violence inouïe... L'attaque sur le site gazier replonge l'Algérie dans les années noires.

À bien des égards, l'attaque terroriste contre le site gazier d'In Amenas (à 1 300 km au sud-est d'Alger) a des allures de 11 Septembre : une prise d'otages massive avec 790 captifs originaires de 27 pays (Algériens compris) par un commando déterminé et surarmé, composé, officiellement, de 32 kamikazes de sept nationalités différentes, dotés de ceintures d'explosifs, le tout sur un site stratégique pour l'économie algérienne. Avec une production quotidienne de plus de 20 millions de mètres cubes de gaz et quelques milliers de barils de pétrole, In Amenas représente 18 % des exportations d'hydrocarbures du pays, soit des revenus mensuels de plus de 1 milliard de dollars (750,8 millions d'euros).

À cette catastrophe économique s'ajoute un considérable impact médiatique. En raison du nombre de pays concernés par la prise d'otages et de l'effet collatéral de l'opération Serval lancée par la France au Mali - pays d'où est parti le commando terroriste, selon Abdelmalek Sellal, Premier ministre algérien : « plus précisément d'Aguelhok » avant de rejoindre la Libye -, In Amenas a fait la une des journaux. Les télévisions du monde entier ont couvert la prise d'otages du 16 janvier, premier jour de l'attaque, au 19 janvier, jour de l'assaut final de l'armée algérienne.

In Amenas a une autre singularité : comme toute prise d'otages, elle a provoqué l'apparition du syndrome de Stockholm. Mais à l'envers. Ce ne sont pas les captifs qui ont manifesté de la sympathie à l'égard de leurs ravisseurs au détriment de ceux qui étaient censés les libérer, mais leurs chancelleries et certains médias. Un officier des troupes d'élite ayant participé à l'intervention a du mal à contenir sa colère : « Diplomates et journalistes ont mis sur un pied d'égalité nos soldats et les terroristes, c'est dans la même veine que le "Qui tue qui ?" en vogue durant les années 1990, quand les massacres de villageois et d'intellectuels commis par les groupes islamistes étaient mis sur le dos de l'armée algérienne. »

Diabolisation

Cependant, à la décharge des chancelleries et de nos confrères, il faudrait préciser que durant les quatre-vingt-deux heures qu'a duré la prise d'otages, la seule source d'information émanait des ravisseurs à travers deux supports : la chaîne qatarie Al-Jazira et une agence privée d'information mauritanienne, l'Agence Nouakchott d'information (ANI). Cet argument ne calme pas pour autant notre officier. « Notre commandement et nos diplomates étaient en contact permanent avec les capitales des pays ayant des ressortissants sur le site en question, ils étaient informés heure par heure de l'évolution de la situation et des desseins néfastes des ravisseurs qui avaient exécuté une dizaine d'otages occidentaux aux premières heures de l'opération. » Des propos que confirme Abdelmalek Sellal : « Au cours de ces trois funestes journées, je n'ai pas quitté mon bureau pour tenir informés une vingtaine de chefs de gouvernement et de diplomatie sur la tournure des événements. »

Notre commandement et nos diplomates étaient en contact permanent avec les capitales étrangères.

Un officier algérien,

L'opinion publique et la classe politique algériennes ne sont pas tombées dans le panneau de la diabolisation de l'Armée nationale populaire (ANP). Hormis le leader salafiste Ali Benhadj, qui s'est singularisé en s'étonnant que « des militaires musulmans s'en prennent à des moudjahidine pour sauver des mécréants », l'ensemble des personnalités politiques et les chroniqueurs les plus en vue ont apporté leur soutien à l'ANP. Et comme c'est souvent le cas en Algérie, la démesure n'est pas très loin. Ainsi la trotskiste Louisa Hanoune évoque l'assaut de l'armée par cette formule : « C'est comme si on avait renationalisé nos hydrocarbures. » Quant à la télévision publique, elle a osé comparer, à l'occasion du Mouled (commémoration de la naissance du prophète de l'islam coïncidant avec le 24 janvier), la démarche de l'armée à celle de Mohammed. Pas moins.

L'opération de libération des otages a été pilotée par le général-major Abderrezak Cherif, patron de la IVe région militaire (Ouargla), de la compétence territoriale de laquelle relève In Amenas. En session ouverte depuis le 9 janvier, date de l'avancée jihadiste vers la ville malienne de Sévaré (lire encadré), le Conseil national de sécurité convoqué par Abdelaziz Bouteflika lui avait donné carte blanche pour la gestion de la crise. Toutefois, l'ordre d'assaut a été donné par ce même conseil dès les premières heures de la prise d'otages, quand les ravisseurs ont commencé à exécuter les employés occidentaux travaillant pour le consortium BP-Sonatrach-Statoil exploitant le site gazier.

Doctrine

Si In Amenas a des allures de 11 Septembre, Abdelaziz Bouteflika n'a rien d'un George Bush Jr. « Il n'est pas question de dépêcher un contingent expéditionnaire au Mali pour traquer Mokhtar Belmokhtar, commanditaire de l'opération, comme ce fut le cas pour la traque d'Oussama Ben Laden en Afghanistan en novembre 2001 », assure-t-on au palais d'El-Mouradia. C'est dire qu'il y a très peu de chances pour que l'Algérie revienne sur sa doctrine de non-intervention de l'armée en dehors du territoire national. Abdelmalek Sellal le répète à l'envi. « Je vous renvoie à la lecture de l'article 26 de notre Constitution », a-t-il déclaré lors de sa conférence de presse qui a suivi la prise d'otages. Cet article stipule que « l'Algérie se défend de recourir à la guerre pour porter atteinte à la souveraineté légitime et à la liberté d'autres peuples. Elle s'efforce de régler les différends internationaux par des moyens pacifiques ».

Conseil national de sécurité, mode d'emploi

Cette structure ne se réunit que sur convocation du président de la République, chef suprême des armées. Outre le chef de l'État, qui en assure la présidence, elle est composée, pour les autorités civiles, du Premier ministre, du ministre de l'Intérieur délégué (le titulaire du maroquin est Abdelaziz Bouteflika lui-même). Le commandement militaire est représenté par le chef d'état-major, le général de corps d'armée Gaïd Salah, le patron des services de renseignements, le général de corps d'armée Mohamed Médiène, les patrons des trois corps (forces terrestres, aviation et marine) ainsi que les commandants des six régions militaires. CH.O.

Mais alors, qu'en est-il de l'autorisation de survol du territoire accordée aux avions militaires français se rendant au Mali ? « Les aéronefs que nous avons autorisés à emprunter notre espace aérien n'avaient pas vocation à bombarder la population malienne, assure un conseiller d'Abdelmalek Sellal, mais à stopper une offensive terroriste qui menaçait l'existence même d'un État voisin et ami, et, par voie de conséquence, notre sécurité intérieure. » L'appui apporté par le président François Hollande, premier chef d'État étranger à soutenir la démarche d'Alger (« l'Algérie a opté pour les solutions les mieux adaptées »), devançant les traditionnels alliés de l'Algérie dans la lutte antiterroriste que sont les États-Unis et la Grande-Bretagne, n'est pas perçu comme un renvoi d'ascenseur.

Depuis, plusieurs capitales ayant exprimé leur réticence à l'endroit de la gestion algérienne de cette crise sont revenues à de meilleurs sentiments. De Londres à Tokyo, d'Ankara à Kuala Lumpur et de Bucarest à Manille, les hommages succèdent aux critiques. Quant à In Amenas, elle devrait retrouver très vite ses habitudes et ses expatriés. Selon Youcef Yousfi, ministre algérien de l'Énergie et des Mines, la production reprendra très rapidement. Seule victime algérienne dans cette opération, Mohamed Lamine Lahmar, agent de sécurité abattu par les assaillants pour avoir déclenché la sirène d'alarme, est entré dans le panthéon des héros de l'Algérie moderne. 

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Par Cherif Ouazani, envoyé spécial à Alger

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