Un reportage sur "la menace salafiste" diffusé sur France 2 suscite la colère des Tunisiens, pour qui les médias français donnent de leur pays une image systématiquement négative.
Déjà agacés par la manière dont les médias français couvrent l'actualité de leur pays, les Tunisiens ne décolèrent plus depuis la diffusion le 17 janvier, sur la chaîne de télévision France 2, de « Tunisie : sous la menace salafiste », un reportage de l'émission Envoyé spécial, réalisé par l'agence Capa. Accusé de présenter une image biaisée de la réalité, désastreuse pour le tourisme local, le document a provoqué une vive controverse. Mais le pari est réussi pour France 2, dont l'émission a rassemblé 3,4 millions de spectateurs.
À l'origine, la chaîne voulait réaliser un reportage sur le salafisme aussi « vendeur » que celui diffusé sur M6 le 16 septembre 2012, deux jours après l'attaque de l'ambassade des États-Unis à Tunis. Le sujet est donné en sous-traitance à l'agence Capa. L'un de ses journalistes, Karim Baïla, contacte des spécialistes, dont l'islamologue Gilles Kepel, puis élabore un fil conducteur, prenant comme référence le reportage de M6. Objectif : montrer des barbus vociférants brandissant des drapeaux noirs. Mais une fois en Tunisie pour le tournage, Karim Baïla et son confrère Stephan Villeneuve jouent de malchance : les fondamentalistes ont adopté une position de repli et n'occupent plus la scène publique.
Forcer le trait
Les journalistes écument alors les quartiers où les salafistes sont censés être actifs et cherchent, via des médias locaux, à contacter des dirigeants de cette mouvance. Las, ceux-ci veulent monnayer leurs entretiens...
Les reporters profitent des Journées cinématographiques de Carthage pour interviewer des artistes, mais tous, à l'instar de la réalisatrice Sawssen Saya, refusent d'évoquer la menace intégriste : ils ont d'autres priorités. Pour répondre aux demandes de la rédaction d'Envoyé spécial, il faut néanmoins débusquer des salafistes, quitte à forcer le trait. Une algarade entre l'un de ces derniers et un soufi à la Foire internationale du livre de Tunis, puis une réunion de radicaux à Hammamet sont pain bénit pour une équipe qui peine à boucler son tournage faute de préparation, d'actualité et de contacts. Une trop maigre récolte pour que le résultat ne prête pas le flanc aux critiques...

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