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28/01/2013 à 18:24
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Le président de transition Dioncounda Traoré, visitant les soldats français à Bamako. Le président de transition Dioncounda Traoré, visitant les soldats français à Bamako. © AFP

Si l'opération Serval profite d'un consensus national, les pouvoirs politique et militaire maliens sont loin d'avancer dans la même direction. Les différends entre le président par intérim Dioncounda Traoré et le capitaine putschiste Amadou Haya Sanogo sont en particulier loin d'être réglés.

Hôtel Salam, Bamako. Pour pénétrer dans l'un des seuls grands hôtels à avoir échappé à la crise du tourisme, il faut désormais subir une fouille en bonne et due forme, puis passer au détecteur de métaux. Dans le hall rafraîchi par l'air conditionné, politiciens, ministres, conseillers et journalistes se livrent au traditionnel ballet de la chasse aux information. Un téléviseur allumé en permanence sur une chaîne d'informations livre l'évolution des combats. Il n'y a que dans ce hall d'hôtel que la tension est vraiment palpable. Car ailleurs dans la capitale, on est décidé à ignorer la peur. La télévision nationale n'a pratiquement pas changé sa grille des programmes, et les points de la situation sur le théâtre des opérations sont inexistants. En ville, restaurants et bars ouvrent toujours aussi tard, aucun barrage de police ou de gendarmerie n'est dressé sur les principales artères, malgré l'État d'urgence décrété le 12 janvier. « Un état d'urgence à la malienne, s'en amuse Ibrahima Cissé, jeune juriste. On compte sur le ciel pour nous protéger. »

Il faut sauver le soldat Traoré ?

L’intervention française a-t-elle sauvé le pouvoir malien ? C’est qu’a révélé un proche du président de Dioncounda Traoré dans l’édition du 14 janvier du journal français Le Monde. Quelques jours avant que l'armée française ne se déploie au Mali, le renversement des fragiles autorités de transition semblait « pratiquement programmé », affirme-t-il. Selon la même source, des militaires auraient même envisagé d'arrêter ce dernier dans la nuit du mercredi 9 au jeudi 10 janvier, la veille de la prise de Konna par la coalition islamiste, poursuit ce proche du président par intérim.

Pourtant, le 13 janvier, un « suspect » a été interpellé - en toute discrétion - par les forces de sécurité dans un quartier populaire de la capitale malienne. Et Diabaly, où les combats se sont déplacés, le 15 janvier, ne se trouve qu'à 400 km. Les conversations en font peu de cas. Peut-être parce que succède à l'optimisme béat des premiers jours de nouvelles craintes sur l'avenir du pays.

Kati

Dans le même temps, la Coordination des organisations patriotiques du Mali (Copam), coalition politique favorable aux militaires à l’origine du coup d’État du 22 mars dernier, organisait une série de manifestations dans la capitale malienne pour demander le départ du président Traoré et la mise en œuvre de concertations nationales.

Bien qu'un petit drapeau tricolore orne son tableau de bord, Ibrahima Cissé ne pense pas que la présence de l'armée française et des troupes ouest-africaines suffira à régler - « d'un coup de baguette magique » - les problèmes du Mali. « L'armée française va-t-elle remettre sur les rails le processus politique ? Va-t-elle éloigner les militaires de Kati du pouvoir ? Je ne le pense pas. Chacun veut garder ses prébendes et ça, ça complique tout », s'emporte-t-il.

Comment ne pas comprendre ses inquiétudes ? Passé les trois premiers jours d'union sacrée qui ont suivi les premières frappes aériennes à Konna (Centre), l'exécutif et l'armée ont de nouveau donné des signaux contradictoires. Cela se passe le 16 janvier, à la base 101 de l'armée de l'air à Bamako. Dioncounda Traoré, président de la transition, accompagné de membres de son gouvernement, des chefs d'état-major ouest-africains et de Christian Rouyer, ambassadeur de France au Mali, rend visite aux militaires français. « Je vous dis toute la reconnaissance et les remerciements du peuple malien », a-t-il déclaré. La visite est courte - une demi-heure seulement. Mais juste ce qu'il faut pour en contrebalancer une autre, celle du capitaine Amadou Haya Sanogo, quatre jours plus tôt, à Sévaré (Centre).

Sanogo dans ses petits souliers

Chef du comité militaire de suivi des réformes de l'armée, le capitaine Amadou Haya Sanogo se fait très discret depuis l'arrivée des forces françaises au Mali. En dépit de son titre, il n'a jamais été consulté par les forces françaises sur la mise en oeuvre de l'opération Serval : les décisions sont prises entre l'état-major français, le Premier ministre Diango Cissoko et l'ambassadeur de France Christian Rouyer. La seule fois où il a demandé à utiliser un hélicoptère français pour rendre visite aux troupes maliennes stationnées à Sévaré, il s'est heurté à une fin de non-recevoir et a dû faire le voyage par la route. Sur place, le capitaine a été pris à partie par de jeunes militaires mécontents. « Il a même été mis en joue », confie un témoin de la scène. Commentaire amusé d'un diplomate ouest-africain : « Actuellement, Sanogo rase les murs. »

Le putschiste de mars 2012, accompagné du chef d'état-major général des armées, Ibrahima Dahirou Dembélé, a lui aussi rendu une visite éclair aux troupes maliennes pour leur apporter son soutien. Commentaire agacé d'un observateur : « On revient au stade des démonstrations de force. Sanogo veut prouver qu'il a encore la mainmise sur l'armée. Traoré veut montrer qu'il a de puissants appuis. »

Le capitaine Sanogo veut prouver qu'il contrôle l'armée ; le président Traoré veut montrer qu'il a des appuis.

Pour comprendre le bras de fer entre les deux hommes, il faut revenir aux manifestations violentes des 8 et 9 janvier. Des milliers de personnes battent le pavé et réclament la tenue de concertations nationales, prévues de longue date mais sans cesse reportées. Dans l'entourage du président, on a revu le film de son agression, en juin 2012. Et on est convaincus que les marches sont orchestrées par Kati, QG du capitaine Sanogo. « En mettant des gens dans les rues, il pensait contraindre le président à organiser des concertations dont les conclusions le mettraient à la tête du pays », accuse un conseiller de Traoré. Il faudra l'offensive jihadiste, la frayeur d'une nouvelle déroute et l'arrivée des forces françaises pour masquer temporairement ces divergences.

L'homme de la rue, lui, continue d'espérer que la France va sauver le Mali. Les sorties de plus en plus agacées de Christian Rouyer sur la nécessité de rétablir l'ordre y contribuent grandement. « Le front des agitateurs et autres ennemis au Sud est averti : l'armée française n'est pas venue pour amuser la galerie et aucune autre manifestation ne devra être tolérée à Bamako avant la libération du Nord. », a-t-il déclaré, à Bamako le 14 janvier. À bon entendeur...

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