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23/01/2013 à 15:51
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Ravalomanana (à g.) et Rajoelina tentent chacun d'imposer leur candidat. Ravalomanana (à g.) et Rajoelina tentent chacun d'imposer leur candidat. © AFP

Sous la pression internationale, Marc Ravalomanana et Andry Rajoelina ne se présenteront pas à l'élection présidentielle de 2013. La succession s'annonce incertaine à Madagascar.

Les Malgaches vont-ils gagner au change ? Depuis quatre ans, leur vie politique se résumait à un combat de coqs. Un duel entre deux tycoons transformés en un temps record en « présidents de la rue » : Marc Ravalomanana et Andry Rajoelina, son tombeur. La future élection présidentielle, dont le premier tour est prévu le 8 mai et qui est censée mettre fin à la crise politique, devait se jouer entre ces deux hommes qui s'exècrent. Les autres prétendants ne comptaient pas.

Mais, en l'espace de cinq semaines, la donne a changé. C'est d'abord Ravalomanana qui s'est désisté, le 10 décembre dernier. Le 15 janvier, Rajoelina l'a imité. « Je ne me présente pas. Je me sacrifie pour les 22 millions de Malgaches », a-t-il déclaré, regard sombre et mine défaite, dans une allocution retransmise par l'ensemble des télévisions et radios du pays, avant d'annoncer, 5 jour plus tard, son intention de se présenter en 2018.

Soumis par la communauté internationale à une pression insoutenable, les deux rivaux ont opté pour « la voie de la sagesse », estime un diplomate en poste à Tana. En cédant, ils ont ouvert la porte à l'inconnu. Bien malin celui capable de prédire aujourd'hui qui, au soir du 8 mai (et plus probablement au lendemain du second tour du 3 juillet), occupera le palais d'Ambohitsorohitra - si tant est que le calendrier soit respecté.

Certes, les prétendants ne sont pas des nouveaux venus. À commencer par deux des favoris, les ex-lieutenants de Didier Ratsiraka : Tantely Andrianarivo (son ex-Premier ministre) et Pierrot Rajaonarivelo (l'ancien patron de son parti, l'Arema, qui fut aussi son vice-Premier ministre).

Il n'est pas sûr qu'Andrianarivo, un polytechnicien respecté de 58 ans, bénéficie du soutien de Ratsiraka (lequel, définitivement hors jeu, ne se déclarera pas forcément en faveur d'un candidat). Mais il pourra compter sur son parti, l'Arema, qui dispose encore de bases solides.

Pour Rajaonarivelo, 66 ans, il s'agit certainement de la dernière chance. De retour au pays en 2009 après un exil de sept longues années en France, il s'est d'abord émancipé de la tutelle de l'Amiral rouge - le surnom de Ratsiraka - en créant le Mouvement pour la démocratie à Madagascar (MDM) et en délestant du même coup l'Arema d'un certain nombre de militants. Puis, il a adopté une position de neutralité, intégrant d'un côté les institutions de la Transition (il est ministre des Affaires étrangères), et gardant de l'autre une certaine liberté de ton. Son principal atout, c'est son origine : il est de l'Est. « La question ethnique reste importante, explique l'historien et journaliste Denis-Alexandre Lahiniriko. Mais cette fois, elle le sera plus encore, car la crise de 2009, c'est un combat entre deux Mérinas [ethnie des hauts plateaux, au centre du pays, NDLR], ce que les côtiers ne sont pas près d'oublier. »

Le problème qui se pose à « Tantely » comme à « Pierrot » (à l'instar d'autres prétendants, dont Roland Ratsiraka, le neveu de Didier), c'est leur casier judiciaire. Condamnés à des peines de prison sous le régime de Ravalomanana, ils ont besoin d'être amnistiés pour pouvoir se présenter. Prévue par la feuille de route de sortie de crise, la mise en oeuvre d'une amnistie générale piétine. Au lendemain de l'annonce de Rajoelina, la Communauté de développement de l'Afrique australe (SADC) a exhorté les autorités à accélérer le processus. Mais, du côté de la Transition, on traîne des pieds pour une raison simple : on ne veut pas accorder l'amnistie à Ravalomanana, condamné aux travaux forcés à perpétuité en 2010, pour empêcher son retour au pays avant les élections.

À bout de souffle

Malgré son exil en Afrique du Sud, ce dernier a gardé son pouvoir de nuisance. Son forfait pour l'élection de 2013 ne signifie pas qu'il se retire de la vie politique. « Il reviendra au pouvoir, c'est certain », clame-t-on dans son entourage. Mais pour voir son poulain remporter le scrutin, il lui faut rentrer. Un de ses conseillers en convient : « Notre parti est à bout de souffle, nous avons subi beaucoup de départs et de dissensions. Mais si notre président rentre, ce sera différent. Il a encore beaucoup de partisans et peut faire pencher la balance à lui tout seul. » Reste à trouver le bon candidat. Plusieurs noms circulent : Mamy Rakotoarivelo, le président du Congrès de la Transition, même s'il est issu, lui aussi, des hauts plateaux ; Pierrot Botozaza, l'actuel vice-Premier ministre chargé de l'Économie, qui a l'avantage d'être un côtier ; ou Guy Rivo Randrianarisoa, l'un de ses porte-parole.

Pour Rajoelina, le choix est tout aussi délicat - et contrairement à Ravalomanana, qui décide seul, il devra composer avec son entourage, notamment son très influent conseiller Norbert Ratsirahonana. Il doit trouver un candidat qui aura des chances de l'emporter -  alors que son parti, Tanora malaGasy Vonona (TGV), n'a pas de base solide hors de Tana -... sans lui faire de l'ombre. Dans ces conditions, un ticket avec Rajaonarivelo semble impossible. On parle plutôt de Hajo Andrianainarivelo, son vice-Premier ministre, à ses côtés depuis le début de la crise, ou du riche homme d'affaires Edgard Razafindravahy, qu'il a nommé à la tête de la capitale après sa prise de pouvoir en 2009. Mais il se méfie de ces deux ambitieux.

Jean de Dieu Maharante, son conseiller et homme de confiance, originaire de l'extrême sud, présente un profil plus sûr. Car l'objectif de Rajoelina, qui est encore jeune (il n'a que 38 ans alors que Ravalomanana en a 63), est de retrouver un jour Ambohitsorohitra, si possible dès 2018. « Je reviendrai ! a-t-il lancé le 16 janvier, après s'être comparé au général de Gaulle et à Nelson Mandela. Et je promets au peuple [...] que nous allons sauver ensemble ce pays. »

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