Extension Factory Builder
22/01/2013 à 11:59
Diminuer la taille du texte Augmenter la taille du texte Imprimer Envoyer Partager cet article
Shelly Yachimovich (au centre), chef de file des travaillistes. Shelly Yachimovich (au centre), chef de file des travaillistes. © AFP

Plombé par les ennuis judiciaires de son colistier, Avigdor Lieberman, et débordé sur sa droite par Naftali Bennett, le favori des élections législatives du 22 janvier est en perte de vitesse dans les sondages.

Le crâne largement dégarni recouvert d'une kippa tricotée, signe de reconnaissance des colons israéliens, Naftali Bennett incarne le renouveau de la mouvance sioniste religieuse. Il dirige la Maison juive (Habayit Hayehudi), héritière du Parti national religieux (PNR), disparu en 2008. Depuis plusieurs semaines, sa formation se voit créditée de 11 à 15 sièges aux élections législatives du 22 janvier, contre 3 dans l'actuelle Knesset. Le jeune quadragénaire est aujourd'hui l'attraction d'une campagne électorale où tout semblait joué d'avance.

Cette surprenante ascension s'explique par la personnalité de Bennett, dont le pedigree reflète bien des facettes de la société israélienne. Fils d'immigrants juifs américains, il fut officier supérieur dans les commandos de Tsahal avant de lancer une start-up spécialisée dans la protection des circuits bancaires. La vente de l'entreprise en 2005 pour quelque 145 millions de dollars (111 millions d'euros) a fait de Bennett l'une des plus jeunes fortunes du pays.

Après avoir accompagné Netanyahou jusqu'à son triomphe électoral de 2008, Bennett décide de poursuivre une carrière d'irrédentiste au sein du Yesha, le Conseil des implantations juives de Judée-Samarie (Cisjordanie). Tout en résidant dans la banlieue huppée de Tel-Aviv, il s'impose comme un farouche adversaire de l'État palestinien, « future base arrière du terrorisme », selon lui. Son alternative : le « plan Bennett », qui propose l'annexion de 62 % de la Cisjordanie, actuellement sous contrôle israélien. Mais la popularité de Bennett s'explique surtout par une volonté d'ouverture, inédite pour un parti religieux. Sur sa liste figurent par exemple des personnalités laïques ou d'autres connues pour leur engagement social. « Notre objectif est de devenir la deuxième force politique du pays », clame-t-il, au grand dam de Netanyahou, dont le parti assiste, impuissant, au grignotage de son électorat par Bennett.

Le Likoud paie sa propre radicalisation.

Même s'il reste largement favori, le Likoud ne recueillerait plus que 35 sièges au Parlement, contre 45 au moment de l'annonce de son alliance avec le parti d'extrême droite Israel Beitenou (« Israël, notre maison »), fin octobre 2012. Entre-temps, son leader russophone, Avigdor Lieberman, a été inculpé pour fraude et abus de confiance dans une affaire de nomination d'ambassadeur. Sa démission du poste de ministre des Affaires étrangères est un coup dur pour Netanyahou, qui en avait fait le numéro deux de sa liste.

Le retour de la gauche

Le Likoud paie également sa propre radicalisation. Ses primaires ont vu l'émergence d'une jeune garde d'ultranationalistes, à l'instar de Danny Danon et Moshé Feiglin, fervents supporteurs de la colonisation. « Ce parti n'est plus celui que nous connaissions », affirme Shelly Yachimovich, chef de file des travaillistes. Celle qu'on surnomme la « dame de fer » symbolise le retour au premier plan d'une gauche sur le déclin depuis l'assassinat d'Itzhak Rabin. Au discours sécuritaire de Netanyahou, l'ex-journaliste oppose une campagne résolument sociale, s'appuyant sur les revendications des Indignés, qui avaient battu le pavé en masse durant l'été 2011. Son principal atout : Stav Shaffir, 26 ans, l'une des figures de cette révolte des classes moyennes contre la vie chère, en passe de devenir la plus jeune députée de la Knesset.

Principal outsider avec 18 à 20 sièges, le parti travailliste a d'ores et déjà annoncé son refus de participer à une coalition qui compterait des formations d'extrême droite et ultraorthodoxes. « Il y a seulement deux possibilités. Soit le Parti travailliste, sous mon autorité, forme le prochain gouvernement, soit nous dirigerons l'opposition », a tranché Yachimovich, qui ambitionne par ailleurs de relancer le processus de paix avec les Palestiniens.

Appel à l'union

Le positionnement de Yachimovich séduit Tzipi Livni, autre candidate phare. Battue par Shaul Mofaz lors des primaires de la formation centriste Kadima en mars 2012, Livni a relancé sa carrière politique en créant Hatnouah (« le Mouvement »). Elle rêve désormais de faire tomber Netanyahou, dont elle n'a pourtant été qu'une médiocre opposante ces quatre dernières années. Problème : ses 9 à 11 mandats annoncés ne lui permettent pas de faire cavalier seul. Après l'avoir un temps snobée, puis trahie en lui arrachant le très populaire Amir Peretz, ex-numéro trois de la liste travailliste, Livni souhaite trouver un terrain d'entente avec Yachimovich. « Si les électeurs nous voient tous unis, ceux qui désespéraient de tout changement iront voter, ce qui pourrait nous permettre de constituer un bloc plus important que celui du Likoud-Israel Beitenou », assure l'ex-ministre des Affaires étrangères.

Si le Parti travailliste approuve son appel à l'union, de plus en plus convaincu que « la victoire est possible », Yaïr Lapid et sa formation Yesh Atid (« Il y a un futur »), autre alternative centriste, ne sont pas convaincus du bien-fondé d'une telle stratégie. En plus de reprocher à Livni un « ego démesuré », l'ex-présentateur vedette de la télévision israélienne préfère combattre de l'intérieur le futur gouvernement Netanyahou, martelant toutefois qu'il ne sera pas « la cinquième roue du carrosse ». En attendant, même en perte de vitesse, le bloc de droite conserve une majorité de 66 à 67 députés face à une opposition de gauche et centriste toujours à l'état embryonnaire. 

Abonnez-vous pour 11,25€ / mois
Tous droits de reproduction et de représentation ImprimerImprimer EnvoyerEnvoyer Partager cet articlePartager

0 réaction(s)

Réagir à cet article

Moyen-Orient

Documentaire : 'Eau argentée', contre la guerre

Documentaire : "Eau argentée", contre la guerre

Le documentaire "Eau argentée" de Ossama Mohammed et Simav, sorti en salles le 17 décembre à Paris, est un bouleversant témoignage sur le conflit syrien et un âpre réquisitoir[...]

État palestinien : comment la France a (presque) dit oui...

Après leurs homologues britanniques, irlandais et espagnols, les députés français ont à leur tour invité leur gouvernement  à reconnaître l'État de[...]

Le pétrole sera moins cher

L'année 2014 ne s'achève que dans trois semaines, mais 2015 occupe déjà tous les esprits. Je vous propose donc de commencer à nous interroger sur ce que promet de nous apporter[...]

Cisjordanie : un ministre de l'Autorité palestinienne meurt dans des heurts avec des soldats israéliens

Il manifestait pacifiquement contre les confiscations de terres, près de Ramallah, en Cisjordanie. Victime, selon un de ses collaborateurs, d'un coup de crosse porté par un soldat israélien, Ziad Abou[...]

Migration clandestine : la Méditerranée, "route la plus mortelle du monde" en 2014

En 2014, 3 419 migrants en quête d’un avenir meilleur ont perdu la vie en tentant de traverser la Méditerranée, selon un rapport rendu public mercredi par le Haut-Commissariat des Nations unies pour les[...]

Sous pression, le Qatar officialise son rapprochement avec l'Égypte

La crise ouverte au sein des monarchies pétro-gazières du Golfe par le soutien du Qatar aux Frères musulmans persécutés en Égypte est désormais officiellement refermée. Dans[...]

Islam : le cheikh d'Al-Azhar condamne la "barbarie" de l'État islamique

Ahmed al-Tayeb, le cheikh d'Al-Azhar, a condamné mercredi les "crimes barbares commis par le groupe État islamique (EI) en Irak et en Syrie" lors d'une conférence internationale.[...]

Les députés français adoptent une résolution en faveur de la reconnaissance de l'État palestinien

Les députés français ont adopté mardi une résolution en faveur de la reconnaissance de l'État palestinien. Ce texte n'est toutefois pas contraignant pour l'État français.[...]

Iran : Soleimani le magnifique

Coordinateur de la résistance chiite irakienne contre l'État islamique, le chef des opérations extérieures des Gardiens de la révolution a été élevé au rang de[...]

Israël : Benyamin Netanyahou entre deux feux

Le Premier ministre israélien veut éviter une troisième Intifada tout en satisfaisant ses alliés qui le poussent à plus de fermeté. Pas simple.[...]

Dernière Minute

Toutes les dépèches
Voir tous les dossiers